Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XXI

–          Je ne sais pas à quel jeu tu joues, Vera, mais si ton but était de me mettre en rogne, c’est réussi, souffla Klaus hors de lui en empoignant violemment la gorge d’Anya.

La jeune femme, prise au piège sous le poids du vampire, tentait désespérément de reprendre son souffle mais plus elle se débattait, plus les doigts qui lui meurtrissaient le cou s’enfonçaient dans sa chair. Elle sentit la panique l’envahir mais avec elle, également,  une étrange sensation qu’elle n’avait pas ressentie depuis longtemps. Les paroles d’Anton au sujet des pouvoirs de Vera lui revinrent subitement en mémoire. C’était le moment ou jamais de voir si elle avait bien pris possession des pouvoirs de la sorcière. Elle ferma les yeux et tâcha de se concentrer afin de les maîtriser au mieux, compte tenu de la position délicate dans laquelle elle se trouvait. Elle se sentit soudain libérée de l’emprise et du poids du vampire. Acculé au mur contre lequel il avait été violemment projeté, Klaus mit quelques secondes avant de réaliser ce qui venait de se produire. Profitant de ce moment de répit, Anya se releva prestement pour se réfugier dans le coin opposé de la pièce, le souffle court. Mais avant qu’elle n’ait pu recouvrir ses esprits ou même envisager un moyen de fuir, Klaus était à nouveau à quelques centimètres d’elle la dominant de toute sa hauteur, le regard froid et menaçant :

–          Tu oses utiliser tes pouvoirs contre moi ! fulmina-t-il. Tu es soit inconsciente soit complètement stupide.

Une colère indicible la traversa. Elle mourait d’envie de rappeler à cet arrogant personnage qu’il ne serait pas ce qu’il était sans elle. Mais leur affrontement était déjà allé beaucoup trop loin. Si elle continuait à le provoquer de la sorte, elle diminuait fortement ses chances de retrouver la pierre et le livre et augmentait celles de voir son cadavre finir en bas de la falaise. Elle opta pour une autre stratégie qui la répugna par avance :

–          Je suis désolée, murmura-t-elle du bout des lèvres tout en maudissant intérieurement le vampire.

Elle baissa la tête pour dissimuler le dégoût que lui inspiraient ces excuses forcées. Confondant ce geste avec un signe de sincère repentir, la colère de Klaus s’apaisa légèrement :

–          Où as-tu entendu ce nom ? lui demanda-t-il froidement.

Elle garda un bref moment le silence pour trouver l’explication la plus convaincante possible.

–          Elijah…j’ai entendu Elijah t’appeler ainsi, dit-elle dans un souffle en priant pour que la réponse convainque le vampire.

Sceptique, Klaus la dévisagea un instant, les sourcils froncés. Il hésita un moment puis s’écarta pour se diriger en silence vers la porte de sa chambre. Anya émit un soupir de soulagement. Avant d’en franchir le seuil, il se retourna une dernière fois vers elle :

–          Si tu t’avises de m’appeler à nouveau de cette manière ou d’utiliser tes pouvoirs contre moi ne serait-ce qu’une fois, je t’arracherai le cœur sans la moindre hésitation. Est-ce que c’est clair ? menaça-t-il.

Anya acquiesça d’un signe de tête en apparence docile. En apparence seulement, car intérieurement elle bouillonnait de rage d’être contrainte de jouer une pareille comédie alors qu’elle savait, qu’à défaut de le tuer, elle avait le pouvoir de s’opposer à lui. Lorsqu’il quitta enfin la pièce en claquant la porte derrière lui, elle inspira profondément de soulagement et s’approcha lentement de la cheminée dans laquelle avaient été empilées quelques bûches. D’un simple regard de la sorcière, elles s’embrasèrent soudainement.  La pièce s’illumina d’une vive lumière et projeta sur les murs et sur le visage de la jeune femme des ombres inquiétantes. Un sourire de satisfaction se dessina sur ses lèvres.

Dans la chambre voisine, Klaus faisait frénétiquement les cent pas pour se calmer. Quelque chose le dérangeait dans l’attitude de la sorcière. Elle ne s’était jamais laissée faire et avait toujours fait preuve de caractère et c’était justement cela qui l’amusait chez elle. Mais là, c’était différent. Quelque chose dans son regard et dans sa manière d’être le troublait sans qu’il puisse en définir la cause. Passablement énervé par les événements de la soirée, il décida de quitter le château et d’aller passer ses nerfs sur les habitants du village voisin.

Le lendemain tard dans l’après-midi, le vampire n’était toujours réapparu, à la grande satisfaction d’Anya qui avait pu explorer le château à sa guise. Malheureusement, son inspection n’avait fait que la mettre face à  l’ampleur de la tâche qui l’attendait encore. Les lieux étaient immenses. A l’étage, de chaque côté de vastes et nombreux couloirs étaient alignées des dizaines de pièces dont certaines étaient verrouillées. Le rez de chaussée présentait, lui, de grandes salles surchargées de meubles et de malles qu’elle ne put inspecter de peur d’être surprise par les domestiques qui allaient et venaient sans cesse. Découragée par ses vaines recherches, Anya se laissa tomber dans le large fauteuil  de sa chambre, les coudes sur les genoux et la tête entre les  mains.

«  Je n’y arriverai jamais sans son aide », se lamenta-t-elle.

S’adossant contre le dossier du fauteuil, la tête renversée en arrière, son regard se porta sur la porte de la chambre voisine. Elle n’avait pas encore osé pénétrer  dans l’antre du vampire de peur de le voir débarquer à tout moment  mais elle ne pouvait pas faire l’impasse sur ce lieu. Hésitante, elle entrouvrit la porte et jeta un coup œil furtif à l’intérieur de la pièce avant d’y pénétrer. La chambre était quasiment identique à la sienne mais plus lourdement meublée. Anya inspecta la pièce du regard et fut immédiatement attirée par le vaste bureau qui occupait l’un des coins et auprès duquel se trouvait une lourde malle fermée par d’imposantes serrures. Elle s’apprêtait à inspecter le contenu des tiroirs du bureau dans l’espoir d’y trouver les clés lorsque des pas résonnèrent dans le couloir. Elle referma vivement le tiroir qu’elle venait d’ouvrir et s’éloigna rapidement de la malle en maudissant le sort qui manifestement s’acharnait contre elle. Elle aurait voulu rejoindre au plus vite ses appartements mais elle ne se trouvait qu’à mi-chemin lorsque le cliquetis de la serrure de la porte de la chambre la fit se figer.

–          Qu’est-ce que tu fais là ? demanda froidement Klaus en pénétrant dans la chambre.

***

 Dans une ferme isolée, à quelques kilomètres de Sofia, régnait un silence religieux. La nuit était tombée depuis plusieurs heures mais Ivan ne parvenait pas à trouver le sommeil. Le petit garçon descendit doucement de son lit pour ne pas réveiller sa jeune sœur qui dormait à ses côtés. A pas de loup, il se dirigea vers la porte en tâchant de ne pas faire grincer les lattes du vieux parquet et s’engagea dans le couloir plongé dans l’obscurité. Il passa devant la porte de l’une des chambres, la poussa avec d’infinies précautions pour ne pas la faire grincer et passa la tête par l’entrebâillement. Sa tante Noura était toujours profondément endormie.

D’ailleurs, elle avait dormi toute la journée au lieu de jouer avec eux. Elle était restée enfermée là, alors qu’il avait fait si beau dehors. Lorsqu’il l’avait vue ce matin dans la cuisine avec son père et Elijah, il avait éprouvé un véritable soulagement sans vraiment savoir pourquoi. Ils étaient partis en catastrophe de leur maison et son père avait l’air si inquiet depuis qu’il n’avait pas osé poser de questions. Pourtant, il en avait des questions, des questions plein la tête : pourquoi avaient-ils tout quitté en laissant presque toutes leurs affaires ? Pourquoi maman et tante Noura n’étaient pas parties avec eux ? Pourquoi papa s’était-il énervé contre Elijah et pourquoi avait-il serré tante Noura si fort dans ses bras?

Oui des questions, il en avait plein mais pas beaucoup de réponses.

Il referma doucement la porte et se dirigea vers l’escalier qui menait à la cuisine. En bas, Milan et Elijah discutaient encore devant la cheminée. Le jeune garçon s’assit sur la première marche pour regarder les deux hommes. Il était rassuré de les voir réconciliés malgré leur dispute du matin. Il aimait bien Elijah, il était gentil.

–          Je crois qu’on nous espionne, murmura Elijah à Milan en regardant en haut de l’escalier.

Milan suivit le regard du vampire et sourit en voyant son fils se recroqueviller maladroitement dans l’ombre.

–          Viens Ivan, descends, l’encouragea-t-il avec bienveillance.

Le garçonnet ne se fit pas prier : il dévala l’escalier à toute vitesse pour venir s’asseoir sur les genoux paternel sous le regard attendri d’Elijah. Malgré l’accueil un peu brutal que Milan lui avait réservé en apprenant la transformation de Noura, il avait rapidement sympathisé avec cet homme honnête et droit prêt à tout pour protéger sa famille.

–          Pourquoi est-ce que tu ne dors pas encore ? demanda Milan en ébouriffant les boucles blondes de son fils. Qu’est-ce qui te tracasse ?

–          Maman va bientôt revenir ?

Milan tacha de dissimuler l’inquiétude qui le rongeait depuis des jours avant de répondre avec un sourire réconfortant :

–          Elle sera là bientôt, rassure-toi.

–          Et tante Noura, qu’est-ce qu’elle a ? Elle est malade ? Pourquoi elle a dormi toute la journée ?

 Devant le malaise de Milan face à la question, Elijah posa ses coudes sur les genoux pour s’approcher du garçon comme pour lui faire une confidence.

–          Ne t’inquiète pas : ta tante Noura est en pleine forme….un peu trop même. Mais je suis d’accord avec toi : elle a assez dormi pour aujourd’hui. Viens on va la réveiller, proposa-t-il en se levant et en tendant une main que le jeune garçon  s’empressa d’agripper.

 En entrant dans la chambre, l’oncle et le neveu trouvèrent Noura allongée mais éveillée. Un sourire se dessina sur ses lèvres en voyant le jeune garçon se précipiter vers elle et bondir sur le lit.

–          Tu devrais être couché depuis longtemps, le gronda-t-elle gentiment.

–          Je voulais jouer avec toi, se plaignit le jeune garçon en faisant une moue de déception.

–          Demain, je te promets. Maintenant va te coucher.

 Ivan sourit de contentement et se précipita hors de la chambre en manquant de bousculer Elijah resté dans l’embrasure de la porte.

–          Une vraie tornade… Il doit tenir ça de sa tante, lança Elijah en regardant le garçonnet bondir dans le couloir.

–          Il lui arrive aussi d’être buté, désagréable et de se fermer comme une huître : il doit tenir ça de son oncle, répliqua-t-elle en se laissant à nouveau tomber sur son oreiller et en tournant ostensiblement le dos au vampire.

Elijah ne put réprimer un rire moqueur. Il pénétra dans la chambre, referma la porte derrière lui et vint s’asseoir près d’elle.

–          Tu dois mourir de faim, non ? demanda-t-il doucement en caressant les cheveux épars et emmêlés de la jeune femme qui acquiesça en silence. Je t’accompagne si tu veux.

–          Plus tard et je préfère y aller seule, répondit-elle en fixant obstinément le mur en face d’elle.

–          Je ne suis pas le seul à être buté et désagréable apparemment.

Noura se retourna vivement et le dévisagea les sourcils froncés :

–          Parce que je n’ai aucune raison de l’être peut-être ? répliqua-t-elle vivement. Je suis dans le flou le plus complet, Elijah, concernant mes pouvoirs, ma famille et …te concernant, toi aussi. Tu es tendre et attentif et la minute d’après tu sembles me rendre responsable de tout en oubliant que le seul fautif c’est ton frère. J’ai besoin de savoir de quel côté tu te trouves et j’ai besoin de le savoir rapidement !

 Incapable de répondre à l’injonction de la jeune femme, le vampire détourna le regard. Devant l’obstination du vampire à ne pas répondre, elle se leva d’un bond et quitta la pièce  folle de rage.

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