Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XVII

Noura, adossée au mur, se laissa glisser jusqu’au sol, les jambes branlantes. La tête entre les mains pour  comprimer le sang qui  battait dans ses tempes, elle  tentait en vain de  maîtriser les battements de son cœur qui battait si fort qu’elle crut un moment qu’il allait lui sortir de la poitrine. Elle sentait cette même force qui l’avait envahie la première fois qu’elle avait utilisé ses pouvoirs se répandre en elle par vagues. Mais tout était différent, tout était plus intense, plus irrépressible, plus incontrôlable.

–          Noura ? demanda Elijah de plus en plus inquiet en s’approchant de la jeune femme.

–          Ne t’approche pas ! lui ordonna-t-elle.

Mais Elijah passa outre le conseil de la jeune vampire et vint s’accroupir devant elle. Au moment où il allait poser ses mains sur ses épaules, il fut brutalement projeté en arrière et heurta une lourde armoire de chêne qui vola en éclat sous le choc. Noura releva brusquement la tête, atterrée par ce qu’elle venait de faire sans le vouloir mais surtout sans qu’elle sache comment. L’originel, encore sonné par la force de l’impact, émit un grognement de douleur en retirant un éclat de bois qui s’était planté dans son épaule. Noura  considérait la scène pétrifiée.

–          Nom de…. Noura ! C’était quoi ça ? gronda –t-il   en se relevant.

–          Je …suis …désolée, bafouilla—t-elle de manière à peine audible au travers de ses mains qu’elle avait portées à sa bouche.

–          Il n’y a pas quelque chose que tu aurais oublié de me dire par hasard? dit-il en s’approchant avec méfiance.

–          …un léger détail peut-être, bredouilla-t-elle en se relevant.

–          Un léger détail !? reprit-il en écarquillant les yeux. Tu te moques de moi ? Depuis quand possèdes-tu ce genre de pouvoirs ?

–          Avant notre départ, j’ai dû les utiliser pour la première fois mais …je n’arrive pas à les maîtriser, se justifia-t-elle tant bien que mal en se tenant  toujours au mur pour garder un semblant d’équilibre.

–          Et tu ne t’es pas dit qu’en devenant vampire ce serait pire ? Pourquoi ne pas me l’avoir dit avant ? s’énerva-t-il en pensant aux catastrophes, que le « léger détail » omis par Noura, pourraient engendrer maintenant qu’elle possédait également les pouvoirs des vampires.

–          Arrête de me crier dessus ! s’emporta-t-elle en levant malencontreusement les mains.

Geste anodin qui associé à la panique qui l’envahissait n’eut d’autres conséquences que de faire voler en éclat la vitre de la chambre dont les morceaux de verre,  projetés violement dans toute la pièce, frôlèrent Elijah qui se déplaça  assez vite et de justesse pour pouvoir les éviter. Noura se recroquevilla dans un coin de la chambre, totalement désemparée et paniquée par la violence de ce qu’elle ressentait.

–          Je ne maîtrise plus rien ! trembla-t-elle.

Elijah, lui aussi totalement dérouté par les événements  s’approcha prudemment de la jeune femme en se faisant la réflexion que son frère mériterait de se trouver à cet instant face à cette créature qu’il avait créée pour faire les frais de sa cruauté aveugle et de sa stupidité. Il s’agenouilla devant elle et lui prit fermement les mains tant pour la rassurer que pour éviter de se faire à nouveau éjecter par un geste malheureux de sa part.

–          Tes pouvoirs semblent liés à ce que tu ressens, il est normal que tout soit amplifié maintenant que tu es devenu vampire. Le temps que tu t’habitues à cette nouvelle condition, je pense qu’il est préférable que tu utilises notre capacité à faire taire nos émotions. Ferme les yeux et fais le vide, lui conseilla-t-il.

Noura lui jeta un œil sceptique mais s’exécuta. Elle ferma les yeux et inspira profondément. Quand elle les rouvrit, elle fit face au visage inquiet et interrogateur d’Elijah :

–          Ça va mieux ? Comment te sens-tu ?

–          Je ne sais pas trop. Mieux je crois, répondit-elle en se relevant mais en restant dans le coin sombre dans lequel elle s’était réfugiée pour éviter les rayons du soleil qui inondaient maintenant la pièce. Qu’est-ce l’on fait maintenant ?

« Bonne question… », se dit Elijah qui s’était mis à arpenter la chambre pour tâcher de faire le point. Son frère ne devrait pas tarder à arriver à Sofia alors qu’ils étaient coincés dans cet endroit sordide jusqu’au coucher du soleil avec « un léger détail » qui risquait de leur exploser à la figure à tout moment. Soudain très las, il se passa la main sur sa nuque encore endolorie.

–          Je t’ai fait mal, s’enquit Noura qui le suivait des yeux.

–          Non.., mentit-t-il piqué dans son amour-propre.

–          Bien sûr que non…. Comment pourrais-je blesser un vampire originel ? ironisa-t-elle avec un sourire malicieux. En tout cas, c’est bon à savoir.

Elijah se figea soudain en dévisageant la jeune femme.

–          J’espère que tu ne comptes pas faire quelque chose de stupide comme t’en prendre directement à Klaus, s’inquiéta-t-il.

–          Et pourquoi je ne le ferais pas ? Après ce que cette ordure m’a fait subir ! reprit-elle vivement.

–          Il y a une ou deux raisons qui me viennent à l’esprit, là tout de suite. La première est qu’il reste un vampire originel et toi une simple copie qui n’aura jamais ses pouvoirs. Et quant aux tiens : tant que tu ne sauras pas les maîtriser, ils ne sont bons qu’à refaire la décoration intérieure, s’impatienta-t-il devant l’inconscience de la jeune femme en montrant le désordre qui régnait dans la pièce avec un geste d’exaspération.

Vexée, d’être rabaissée de la sorte, Noura le fusilla du regard et si Elijah ne lui faisait pas face à ce moment-là, il aurait sans doute pu voir les flammes des nombreuses bougies disposées par Klaus sur les tables de nuit s’activer dangereusement. Noura s’approcha du vampire, furieuse :

–          Je suis tout à fait capable de les….

Elle n’eut pas le temps d’achever sa phrase que les flammes prirent de telle proportion qu’elles déséquilibrèrent les bougies qui tombèrent au sol  et sur le couvre-lit qui s’enflamma aussitôt.

–          ….de les maîtriser, c’est ça que tu allais dire ? acheva Elijah en considérant dépité la piètre tentative de maîtrise de la sorcière. Eh bien on n’est pas sortis de l’auberge…

Noura poussa un gémissement de dépit en voyant les flammes ravager entièrement le lit et se propager rapidement embrasant également le paquet vermoulu.

–          ….tout compte fait : on doit absolument sortir de l’auberge …et rapidement avant de finir carbonisés, reprit-il en l’entraînant vers la sortie.

–          Mais je ne peux pas sortir, il fait jour dehors !

–      On va se réfugier dans l’écurie en espérant que l’incendie ne l’atteigne pas et que tu ne causes pas d’autres catastrophes d’ici ce soir !

Sofia- chez Anya.

En entendant le plan qu’Anton venait de lui exposer Anya resta un moment médusée et sans voix. Au bout d’un long moment, elle finit par sortir de son mutisme :

–          J’espère que vous n’êtes pas sérieux ! Vous me proposez de prendre la place de Vera auprès de Klaus et de partir avec lui !

–          C’est à vous de décider Anya….Grâce à ce sort vous prendrez possession de son corps et de ses pouvoirs aussi, et elle du vôtre. Klaus n’y verra que du feu et de cette manière vous pourrez trouver l’endroit où il cache le livre et la pierre.

Anya regarda tour à tour Anton et Vera, toujours inconsciente, complètement indécise. L’occasion était effectivement inespérée mais comportait des risques considérables.

–          Qu’allez-vous faire d’elle pendant ce temps ? demanda Anya en désignant Vera. Quand elle se réveillera, elle fera tout pour le rejoindre.

–          Je l’enfermerai en lieu sûr. En prenant possession de votre corps, ses pouvoirs seront bridés comme les vôtres.

–          Je ne sais pas Anton…. Et s’il s’en rendait compte ?

–          Vera était une femme de caractère qui ne se laissait pas faire. Elle n’aimait pas se laisser dicter sa conduite par le conseil et revendiquait haut et fort son indépendance. Vous vous ressemblez beaucoup finalement. Mais, elle est partie depuis plusieurs mois et  je ne peux pas vous dire si elle a changé ni comment elle agit avec lui, admit-il avec regret.

Son visage se ferma soudain en imaginant la femme qu’il aimait avec ce vampire qu’il haïssait plus que tout. Devant la détresse du jeune homme, les dernières réticences Anya vacillèrent.

–          Une dernière chose : s’il m’arrivait quelque chose ?… demanda Anya hésitante.

–          Vous êtes liées : tout ce qui vous arrivera, lui arrivera et inversement.

Anya se détourna un moment pour réfléchir. Si elle refusait, elle n’aurait aucun autre moyen d’approcher Klaus sans « risque » pour récupérer le livre et la pierre.

–          J’ai un service à vous demander en échange, commença-t-elle. Lorsque ma sœur Noura reviendra, prenez soin d’elle et aidez-la à retrouver mes enfants.

–          Je veillerai sur eux, Anya. C’est le moins que je puisse faire. Une fois que tout sera fini, je ferai en sorte que personne ne puisse vous retrouver…pas même le conseil.

Anya regarda un instant Vera étendue dans son lit. Elle hésita un moment avant de reprendre :

–          Rien ne l’obligera à revenir vers vous….

–          Je le sais bien, répondit Anton tête basse. Mais je peux l’empêcher de nuire  nouveau. Il existe dans le grimoire de votre grand-mère un sort qui la privera à jamais de ses pouvoirs.

–          J’ai l’impression d’entendre votre père…, reprit Anya.

Anton lâcha un rire sonore qui fit sursauter la jeune femme. Elle ne put s’empêcher de sourire à son tour devant le visage bienveillant du jeune homme. Elle commençait à apprécier cet homme qui cachait sa détresse derrière une désinvolture désarmante et en qui elle avait envie de placer sa confiance.

–          Le jour se lève. Klaus ne devrait tarder à arriver. Hâtons-nous, décréta-t-elle.

 


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