Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XIV

Anton

La pénombre avait peu à peu envahi le bureau de Goran, mais ce dernier pouvait encore lire sur le visage de la jeune femme qui lui faisait face une détermination qu’il avait malheureusement déjà vue sur le visage de son ancêtre. Il l’avait sans doute  beaucoup trop sous estimée et il commençait amèrement à regretter d’en  avoir trop dit. Il avait voulu l’effrayer, il n’avait réussi  qu’à la braquer encore davantage contre lui :

–          Vous ne comprenez pas, Anya. Si un sorcier traduit cette formule et l’utilise, il s’appropriera les mêmes pouvoirs que ceux de votre famille. Et les choses risquent d’échapper à tout contrôle.

–         Raison de plus pour que ne remettiez jamais la main dessus. A chaque fois que ces incantations sont en votre possession, il semblerait que vous vous les fassiez dérober, reprit-elle en se redressant et en s’apprêtant à partir.

–          Et comment comptez-vous trouver l’endroit où Klaus  cache le grimoire ? Il y a de grandes chances pour qu’il vous tue à la minute où il vous mettra la main dessus.

 Anya ne prit la peine de lui répondre. Elle tourna les talons et sortit du bureau. Goran, soucieux, resta assis à son bureau dans l’obscurité qui avait pris peu à peu possession des lieux. Ses doigts tambourinaient frénétiquement le bois de son bureau. Il ne pouvait pas  laisser cette famille rentrer à nouveau en possession de ces pouvoirs.

« Aussi têtue que sa grand-mère », maugréa-t-il pour lui-même.

–          Anton ! hurla-t-il en direction de la porte restée ouverte après le départ d’Anya.

Le jeune homme brun apparut quelques secondes plus tard dans l’encadrement de la porte :

–          A voir ta tête, je suppose que la belle ne s’est pas laissée manipuler comme tu l’espérais, commença-t-il avec un sourire moqueur.

–          Cesse de dire des stupidités. Il n’est pas question de manipulation mais de respect des règles. Elle les a enfreintes et s’apprête à recommencer et  à se mettre sciemment en danger.

–          Elle veut protéger ceux qu’elle aime contre cette ordure, quel qu’en soit le prix. Je ne vois pas ce qu’il y a  de mal à cela, reprit-il.

Le vieil homme se releva péniblement de son siège et alluma la lampe posée sur son bureau. La pâle lueur vint éclairer le visage soudain devenu grave de son fils.

–          Je veux que tu la suives au cas où Klaus réapparaîtrait comme je le suppose. Mais reste sur tes gardes, tu ne peux rien faire contre lui.

La mâchoire d’Anton se crispa en attendant prononcer le nom du vampire. Il acquiesça d’un simple signe de tête et sortit du bureau paternel sans un mot. Une fois dans les couloirs, il accéléra le pas pour tâcher de rattraper la jeune femme avant que cette dernière ne quitte la propriété.

Dehors la nuit était complètement tombée, Anya avait franchi la grille depuis quelques mètres seulement  quand elle sentit un frisson lui parcourir la nuque. Elle se retourna vivement avec le sentiment d’être suivie ou épiée. Ses yeux tentèrent de percer l’obscurité qui l’entourait et que les faibles rayons de la lune parvenaient à peine à dissiper. La propriété était à l’écart des premières habitations qui encerclaient les murailles de la ville et il n’y avait à cette heure du soir pas âme qui vive sur les routes. Aucun bruit suspect ne venait perturber  le concert des criquets et des batraciens du fleuve tout proche. Elle n’entendait que le sifflement de sa respiration qu’elle tentait de maîtriser. En voyant, la silhouette d’Anton surgir de l’obscurité, elle poussa un cri de surprise.

–          N’ayez pas peur, c’est moi Anton, la rassura-t-il.

–          Je n’ai pas eu peur, vous m’avez surprise, répliqua-t-elle froidement. Que me voulez-vous ?

–          Vous raccompagner et surtout vous parler.

–          J’ai suffisamment parlé à votre famille pour les dix prochaines années au moins, dit-elle en tournant les talons pour reprendre sa route.

–          Je veux vous aider à récupérer la pierre et le livre, Anya, reprit-il en la suivant. Et à récupérer vos pouvoirs…

Anya se figea et se tourna surprise vers le jeune homme dont elle essayait de distinguer malgré l’obscurité les expressions du visage pour s’assurer qu’il ne se moquait pas d’elle.

–          Mon père est quelqu’un de bien et il ne vous veut aucun mal mais il suit scrupuleusement les principes et les règles de notre ordre. Contrairement à lui, je pense que dans certains cas la fin justifie les moyens. Je veux mettre Klaus hors d’état de nuire par n’importe quel moyen.

–          Pourquoi ? demanda Anya suspicieuse.

Anton inspira profondément avant de répondre :

–           Il a quelque chose qui m’appartient et que je veux récupérer. Mais ne restons pas là,  ce n’est pas prudent. Je vous expliquerai tout en chemin, répondit-il en l’invitant d’un geste de la main à reprendre leur route.

Anya hésita un instant. Elle n’avait aucune confiance en cet homme qui lui avait fait mauvaise impression dès les premières minutes mais elle ne pouvait raisonnablement pas s’opposer à Klaus sans aucune protection et elle ne pouvait pas passer à côté d’une occasion de recouvrer ses pouvoirs. Et puis surtout, elle ne parvenait pas à se débarrasser de ce malaise ressenti quelques minutes plus tôt. La présence d’Anton la rassurait malgré tout.

A une centaine de mètres de là, deux ombres regardaient les deux jeunes gens s’éloigner dans la nuit.

–          Quand voulez-vous intervenir ?

–          C’est trop tôt, elle est surveillée par ces sorciers. Quant à l’autre, elle est avec Elijah pour le moment. Nous nous chargerons d’elles plus tard,  décréta Viktor.

–          Que faisons-nous alors ?, demanda Stanislas.

–          Ils sont pour le moment, tous autant qu’ils sont, préoccupés par la pierre et le livre,  et Goran pense que je veux les aider. Nous avons le champ libre pour nous occuper des enfants.

–          Je préviens mes frères?

–          Non, c’est inutile d’éveiller les soupçons. Nous devons avant tout découvrir où ils se cachent…

Anya et Anton parcoururent le long chemin qui séparait leurs deux habitations d’un pas rapide. Sans s’être concertés, Anya remarqua que le jeune homme également était sur ses gardes, scrutant chaque ruelle devant laquelle ils passaient et se retournant à chaque bruit suspect.  Arrivés à destination, Anya n’avait pas réussi à tirer davantage d’informations sur le jeune  homme qui restait évasif dans chacune de ses réponses. Et les motivations qui le poussaient à agir contre l’assentiment paternel n’étaient pas plus claires :

–          Si je résume : vous détestez Klaus parce qu’il vous a pris quelque chose dont vous ne voulez pas me parler mais que je suis censée vous aider à récupérer ?

–          J’ai conscience que je ne suis pas très doué pour plaider ma cause, dit-il en baissant la tête comme un enfant qui avoue une bêtise. Il ne s’agit pas d’une chose, il s’agit de quelqu’un. Mais avant de vous en parler, nous devons faire en sorte que  vous entriez à nouveau en possession de vous pouvoirs.

–          Comment ? demanda la jeune sceptique. Je pensais que seul votre père pouvait me les rendre.

–          Vos pouvoirs dépassent les siens. Il ne vous les a pas pris, juste bridés.

Anya poussa la lourde porte et pénétra dans la sombre cour intérieure de la maison.

–          Nous n’avons pas de temps à perdre,  Klaus saura bientôt que je suis en vie et il sera bientôt là, reprit-elle.

–          Et il sera là plus vite que tu ne le crois.

Anya sursauta en voyant la silhouette d’Elijah sortir de l’ombre.

–          Elijah ? Que fais-tu là ? Où est Noura ? demanda-t-elle en cherchant un indice de la présence de sa sœur.

–          Qui est-ce ? demanda le vampire en désignant Anton, resté dans l’embrasure de la porte, d’un geste du menton.

–          Euh …un ami. Anton voulez-vous bien nous laisser un moment ?

Elijah et Anton  échangèrent  un regard hostile avant que ce dernier ne ressorte de la cour.

–          Ça me dépasse…. Tu sais que Klaus peut arriver d’un moment à un autre et tu passes la soirée avec un… ami au lieu de t’enfuir. J’ai laissé Noura avec Klaus pour venir te prévenir et toi, tu…., s’emporta-t-il.

–          Tu as laissé Noura avec Klaus ?! l’interrompit brusquement Anya.

Elijah tâcha de garder son sang-froid et surtout de faire taire ce sentiment de culpabilité grandissant depuis son départ de l’auberge à l’idée d’avoir laissé Noura aux mains de son frère. Il n’avait certainement pas besoin que cette ingrate lui rappelle que la parole de Klaus était une mince protection pour Noura et il n’avait qu’une hâte, c’était de repartir au lieu de rester là à perdre son temps à convaincre cette femme butée qu’elle devait rester en vie pour protéger son fils.

–           Il ne lui fera pas de mal tant qu’il est persuadé d’avoir besoin d’elle.

–          Mais que fait-il avec vous ?

–          C’est justement ce que je suis venu te dire. Je t’attends depuis des heures pour te prévenir qu’il nous avait rejoints et qu’il sera là dès demain matin, répondit-il hors de lui.

–          Je sais ce que j’ai à faire et ce que je risque, Elijah. Je n’avais pas besoin que tu viennes. Retourne là-bas et ramène-moi ma sœur !

Elijah s’approcha imperceptiblement de la jeune femme, les lèvres pincées par la colère qui l’envahissait :

–          Tu ne peux pas savoir à quel point je regrette d’avoir cédé à sa demande de venir te sauver encore une fois la mise. Va au diable Anya…, souffla-t-il avant de disparaître tel un courant d’air.

Anya resta un moment abasourdie devant la colère soudaine et incompréhensible du vampire qu’elle avait toujours connu maître de lui-même.  Reprenant peu à peu ses esprits, elle sortit dans la rue afin de rejoindre Anton. Ne le voyant pas, elle arpenta la rue dans les deux sens mais le jeune homme restait introuvable.

 Petit mot: Vous l’aurez sans doute remarqué:  la Anya de ce tome 2 a beaucoup changé par rapport au tome 1. La jeune fille amoureuse et fragile du premier et devenu avec les épreuves plus froide et plus déterminée que jamais.  Une préférence pour l’une d’entre elles? 

 

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