Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre VI

Contre-temps

Noura et Elijah avaient pris la route très tôt le matin. Quelques heures plus tôt, les deux sœurs n’avaient échangé que de brefs adieux. Devant l’attitude renfrognée de sa sœur à son égard, Anya avait compris que sa manœuvre de la veille pour l’obliger à utiliser ses pouvoirs n’avait pas échappée à sa cadette.

–          Je suis désolée mais il le fallait, lui chuchota-t-elle à l’oreille en l’étreignant pour ne pas être entendue d’Elijah qui se trouvait à quelques mètres de là.

Noura se dégagea sans lui rendre son étreinte.

–          Tu t’es jouée de moi Anya et pour le moment je ne suis pas disposée à écouter tes raisons, murmura-t-elle avant de s’éloigner pour rejoindre le vampire.

Elle monta sur le cheval qu’Elijah lui présenta et devança le vampire sans se retourner. Elijah, à qui la scène et les propos échangés n’avaient pas échappé, lança un dernier regard à Anya en se demandant ce qu’elle pouvait bien manigancer. Mais la jeune femme lui tourna ostensiblement le dos et disparut derrière la lourde porte. Agacé de ne pouvoir éclaircir ce point avant de partir, le vampire tourna d’un geste brusque la bride de son cheval et l’éperonna pour rejoindre Noura qui avait déjà disparu dans les étroites ruelles.

 Ils chevauchaient maintenant depuis plusieurs heures dans un silence absolu. Autour d’eux, les nombreuses habitations de la ville avaient laissé la place à de rares fermes isolées et depuis quelques kilomètres ils n’avaient croisé âme qui vive. Le chemin qu’ils avaient emprunté s’étendait à perte de vue dans la plaine. Le soleil atteignait son zénith et la chaleur suffocante qui s’abattait sur eux soulevait des nuages de poussière sous les pas des chevaux. Noura s’essuya le front du revers de la main et dégagea les mèches qui s’étaient échappées de sa coiffure. Elle lança un coup d’œil furtif et agacé à l’élégante silhouette qui chevauchait près d’elle et qui ne semblait pas souffrir le moins du monde de la chaleur.

Devinant le malaise de la jeune femme qui se tortillait de plus en plus sur sa selle, Elijah détacha une gourde et la lui présenta. Noura regarda l’objet en fronçant le nez.

–          C’est de l’eau pas du sang, s’amusa le vampire.

La jeune femme lui prit l’objet des mains d’un geste brusque et se désaltéra avidement sans prendre la peine de le remercier.

–          Ne croyez pas que je m’en plaigne mais vous n’avez pas ouvert la bouche depuis que nous sommes partis. Ça ne vous ressemble pas, la taquina-t-il.

Noura lui lança un regard indéfinissable qui, sur le moment, perturba le vampire.

–          Comment pouvez savoir ce qui me ressemble ou non ? Nous nous sommes croisés que trois ou quatre fois et au cours de ces brèves rencontres, votre frère et vous,  vous vous êtes attaqués à ma sœur, Klaus a tué mon père et Viktor ma grand-mère, répondit –elle avec un calme qui déconcerta Elijah.

–          Effectivement, les circonstances n’étaient pas idéales pour faire connaissance, admit-il plus ironiquement qu’il l’aurait voulu.

–          Ça vous amuse ? répliqua-t-elle outrée.

Elijah s’en voulut de sa maladresse  et détourna les yeux  pour ne pas faire fasse au regard perçant de la jeune femme.

–          Bien sûr que non. Nous avons perdu l’un et l’autre beaucoup d’êtres chers ce soir là…. Nous avons finalement beaucoup de choses en commun, finit-il par dire au bout d’un bref moment.

–          Excusez-moi mais j’en doute ! affirma-t-elle d’un air buté.

–          Ah oui ? Nous avons perdu d’une manière ou d’une autre notre famille. Et l’un comme l’autre  nous avons choisi de rester fidèles à notre sœur ou frère malgré leurs erreurs respectives, malgré leurs décisions que nous n’approuvons pas toujours. Pourquoi ne pas avoir déjà fondé votre propre famille au lieu de rester avec Anya et son mari ?

Noura le dévisagea froidement :

–          A cause de vous et de toute votre satanée famille. Votre ombre plane sur nous depuis sept ans. Je savais très bien que tôt ou tard vous alliez refaire surface et à nouveau tout détruire, répondit-elle d’une voix à peine audible.

Elijah regarda, avec une compassion qui le surprit lui-même, la jeune femme qui avait baissé la tête et fixait ses mains crispées sur les rênes.  Son profil délicat à moitié dissimulé par des mèches folles ne parvenait pas à dissimuler son désarroi aux yeux du vampire.

–           Je ne vous veux aucun mal ni à vous ni à Anya, tenta-t-il de la rassurer.

Noura releva brusquement la tête :

–          Vous ne nous voulez pas aucun mal mais vous vous apprêtez à livrer Anya et Ivan à votre frère !  Vous l’aidez  en sachant très bien ce qui va se produire et qu’on ne peut pas lui faire confiance. Et la misérable concession que vous avez faite à Anya en lui laissant le temps de fuir n’a pour but que de vous donner bonne conscience. Vous n’êtes qu’un être méprisable ! s’emporta-t-elle en éperonnant son cheval qui s’élança sur la route.

Elijah regarda la silhouette gracile de la jeune femme s’éloigner dans un nuage de poussière sans rechercher à la retenir ou à la rattraper. Il l’avait retrouvée depuis une journée seulement et c’était déjà la seconde fois qu’elle le remettait à sa place sans qu’il puisse répliquer quoi que ce soit.

« Les prochains jours risquent d’être très longs » pensa-t-il en ne pouvant réprimer un sourire amusé.

Mais son visage se ferma brusquement. Serait-il vraiment en mesure d’empêcher Klaus les tuer, Anya et elle, lorsqu’il apprendrait la vérité ?   Malgré tout ce qui s’était passé, jamais il ne le laisserait s’en prendre à Anya et il ne pouvait plus se cacher qu’il éprouvait une tendresse particulière pour cette jeune femme au caractère impulsif et franc qui galopait devant lui.

Mais soudain Elijah se redressa, scrutant le chemin qui s’étendait devant lui. Noura venait de disparaître de son champ de vision. Le vampire talonna les flancs de son cheval qui accéléra le pas. Mais il n’eut pas à aller très loin. Il s’arrêta quelques centaines de mètres plus loin pour constater que Noura avait quitté la route pour se diriger vers la rivière qui coulait en contrebas.

«  Qu’est-ce qu’elle va encore m’inventer ? », pensa-t-il en soupirant bruyamment.

–          Noura ! Où allez-vous ? lui cria-t-il du chemin.

–          Je suis fatiguée, j’ai chaud et j’ai faim, répliqua-t-elle en poursuivant sa route sans même se retourner.

Dépité, Elijah descendit de cheval et l’entraîna par la bride par le sentier emprunté par la jeune femme. Lorsqu’il arriva à  la rivière, Noura était agenouillée au bord de l’eau. Avec des gestes intentionnellement lents, elle se rafraîchit longuement le visage et les bras avant de prendre place sur un rocher pour déjeuner. Elijah, adossé à un tronc d’arbre, les bras croisés sur la poitrine, contemplait le manège de la jeune femme avec un agacement grandissant.

–          Vous le faites exprès ? demanda-t-il aussi calmement que possible.

–          Je ne vois pas de quoi vous parlez. Vous n’avez pas faim ? demanda-t-elle sur un ton faussement innocent.

–          Ne me tentez pas…

–          Vous ne pouvez pas me mordre. Premièrement  à cause de la verveine et deuxièmement parce que vous pourrez dire adieu à la pierre, le provoqua-t-elle avec un air malicieux.

Elijah quitta son poste d’observation et s’approcha lentement pour se planter devant elle, la dominant de toute sa hauteur. Noura se leva d’un bond pour faire face au vampire et soutenir son regard qui se voulait menaçant mais dans lequel elle lisait également quelque chose d’indéfinissable.

–          Si c’est à ce jeu-là que vous voulez jouer, je vous garantis que je peux faire de ces prochains jours un véritable enfer.

–          J’en ai déjà un aperçu en voyageant avec un mort vivant !

–          Remontez à cheval sur le champ sinon…, gronda-t-il

–          Sinon quoi ? l’interrompit-elle les poings sur les hanches l’air buté.

Devant ces grands yeux bruns qui le fixaient et dans lesquels brillait une lueur de défi,  Elijah  se troubla et contre toute attente il ne put réprimer un sourire qui décontenança Noura. Il plongea longuement son regard dans celui de la jeune fille avant de reprendre doucement :

–         Nous devrions y aller si nous voulons arriver avant la nuit.

Mal à l’aise, devant ce regard insistant qu’il posait sur elle, Noura ne se fit pas prier et passa rapidement devant le vampire  pour rejoindre sa monture, en espérant qu’il n’ait pas remarqué le rouge qu’il lui était soudain monté aux joues.

« Encore deux jours…. » se dit-elle en remontant à cheval.

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