Les Damnés: Les Origines du mal – Chapitre 17

Petites précisions:  L’hydride qu’était Klaus dans cette fiction se transformait à la pleine lune contrairement à ce que l’on avait appris dans la série par la suite donc ne soyez pas étonnés de la tournure du chapitre. De plus, les vampires originaux pouvaient encore à ce stade de la fic’ entrer où bon leur semblait ;).

L’heure de la vengeance

Niklaus resta un long moment silencieux à dévisager à son frère. Les paroles de ce dernier résonnaient dans sa tête au milieu d’un déferlement de sentiments contradictoires. Depuis sa transformation, le jeune vampire menait une bataille qui lui semblait perdue d’avance. Toute la colère et l’amertume accumulées et refoulées au cours de ces années, et qu’Anyanka avait réussi à apaiser, étaient soudain amplifiées et devenaient incontrôlables. Sa résurrection en vampire, le sang d’Anyanka, le meurtre de Zoran, sa métamorphose imminente et maintenant cette nouvelle, Niklaus se sentit littéralement submergé par les évènements. Le jeune vampire plaqua ses paumes sur ses tempes comme pour faire taire le vacarme assourdissant de ses pensées confuses.

–        Qu’est ce que je dois faire, Elijah ? demanda-t-il désemparé.

–         Elle ne te pardonnera jamais ce que tu as fait mais cet enfant est sans doute le dernier lien qui te reste avec ton humanité. Tiens-toi loin d’elle pour le moment pour éviter de la blesser.

–         Aide-moi, Elijah… Quoi qu’il arrive ce soir, empêche-moi de lui faire du mal. Je n’ai pas ta maîtrise, je ne contrôle plus rien.

Elijah détourna le regard. Le souvenir du sang d’Anyanka se répandant en lui s’imposa soudain et le fit frémir. Il ferma les yeux pour chasser cette pensée et contenir son trouble. Comment pouvait-il aider son frère alors que lui-même n’avait pas réussi à se maîtriser ?

– Nous ne devrions pas rester là. La nuit commence à tomber. Il faut trouver un endroit où je pourrai t’enfermer pour que tu ne blesses personne.

– Je ne vois que les sous sols de la maison mais je ne crois pas que notre père… Viktor soit d’accord.

– Nous n’avons pas d’autre choix.

Les deux vampires arrivèrent en quelques minutes seulement dans la cour désertée de la propriété. Le ciel s’était soudain dégagé en cette fin de journée pour dévoiler une pleine lune que les derniers  rayons de soleil mourants derrière l’horizon teintaient d’une couleur pourpre. Les deux frères pénétrèrent dans la maison où régnait un silence oppressant. Les lieux semblaient totalement abandonnés. Ils restèrent un moment dans le vaste et sombre vestibule guettant le moindre bruit.  Un sanglot étouffé provenant du salon résonna soudain dans le silence. Elijah poussa doucement la lourde porte qui grinça lugubrement sur ses gonds. Assise devant l’imposante cheminée dans un large fauteuil qui accentuait la fragilité de la frêle silhouette, Suria fixait sans les voir les flammes mourantes dans l’âtre. Son visage accablé était sillonné de larmes qu’elle laissait choir sur ses mains posées sur ses genoux et qu’elle tordait dans un mouvement compulsif.

–  Mère ? Que s’est-il passé ? Où sont-ils tous passés ? demanda Elijah en s’approchant doucement et en posant une main sur les siennes pour en calmer les tremblements.

– Partis chez Ludwik, murmura-t-elle d’une voix presque inaudible.

Son regard embrumé se posa alors sur Nilkaus, resté dans l’embrasure de la porte. Elle se leva péniblement et s’avança lentement vers son fils.

– Je suis tellement désolée ! sanglota-t-elle en l’enlaçant.

Niklaus resta figé, incapable de lui rendre son étreinte. Brusquement, il se dégagea et s’écroula à genoux sur le sol. Une douleur cuisante lui déchira les entrailles.

– Ça commence. Descendons dans les caves, intervint Elijah en écartant sa mère qui ne pouvait détacher ses yeux de son fils recroquevillé sur le sol.

Il tenta de l’aider à se relever mais Niklaus balaya son frère d’un revers de main. Le vampire fut projeté violemment en arrière. Il resta un instant au sol,  interloqué par la force de son cadet.

Un terrible hurlement retentit. La tête et le corps du vampire s’allongèrent. Ses épaules se voûtèrent. Des poils apparurent sur son visage et ses mains qui se recourbèrent pour former des pattes dotées de griffes. Lorsqu’il releva la tête, des yeux ardents se posèrent sur sa mère qui recula d’effroi les deux mains posées sur la bouche pour étouffer un cri.  Lorsque la métamorphose fut achevée, le loup-garou se cabra sa fourrure dressée sur son échine.

Elijah s’interposa entre sa mère et la bête pour la protéger des crocs menaçants qui s’avançaient vers eux. Puis de manière inattendue, l’animal recula et disparut soudain dans la nuit.

– Je dois le suivre, mère ! s’écria Elijah.

– Va, retrouve-le, gémit Suria en caressant la joue de son fils avant que celui-ci ne disparaisse de la même manière que la bête quelques secondes plus tôt.

~*~

A quelques lieux de là, devant une imposante bâtisse, Viktor et ses quatre autres fils étaient à l’affût du moindre mouvement, du moindre bruit qui pourraient trahir la présence de Ludwik et de ses frères. Le patriarche s’approcha de la vaste et unique fenêtre éclairée et ornée de lourdes tentures et regarda discrètement à l’intérieur du riche salon. Il observa la scène quelques minutes en silence. La famille de Ludwik était réunie pour la veillée autour deux imposantes lanternes qui faisaient danser des lueurs chaleureuses sur chacun des visages. Il n’y avait aucune trace de Ludwik, ni de ses frères. La mère, un sourire bienveillant emprunt de tristesse regardait son plus jeune enfant s’endormir sereinement dans ses bras. Près d’elle deux jeunes filles vêtues de robes presque similaires brodaient tout en riant avec leurs deux frères qui se tenaient adossés chacun d’un côté de la cheminée. Aucun d’eux ne se doutait du danger qui rôdait dehors. Etaient-ils seulement  au courant de la malédiction qui frappait Ludwik et ses frères ? En voyant les regards chaleureux et sereins que s’échangeaient chacun des membres, Viktor en déduisit que les trois hommes leur avaient dissimulé la vérité.

La mère se leva lentement et sortit de la pièce portant l’enfant endormi qui avait posé sa tête contre son épaule. Viktor suivit le mouvement lent et gracieux de la jeune femme dont les traits fins lui rappelèrent soudain ceux de Suria. Il se souvint alors de sa femme quelques années plus tôt berçant Niklaus. Il se souvint du regard tendre qu’elle posait tour à tour sur l’enfant et sur lui. Il sentit alors une haine aveugle au goût de trahison l’envahir. Il se retourna vers ses fils restés en retrait, les fixa un moment et donna l’ordre fatidique :

–         Tuez-les tous…

~*~

Viktor resta sur le perron de la maison. Il avait laissé à ses fils le soin de s’occuper de la famille de Ludwik. Il scrutait l’obscurité s’attendant à tout moment à voir son ennemi surgir de l’ombre. A l’intérieur, les hurlements et les pleurs firent rapidement place au silence. Leur besogne terminée, les quatre fils rejoignirent leur père à l’extérieur.

–         Rentrez maintenant. Je vais les attendre, ordonna-t-il.

–         Ils sont trois, père. Laissez-nous vous aider, proposa Stanislas.

Le patriarche lança un regard qui signifiait à son fils aîné que toute discussion était inutile. Les quatre frères, à contre cœur, laissèrent leur père et s’évanouirent dans la  nuit. Cependant le vampire ne resta pas seul très longtemps. Franchissant le large porche à pas feutrés, une silhouette noire dont Viktor n’aperçut d’abord que les yeux luisants,  se détacha progressivement de l’obscurité. Chacun de ses pas faisait crisser le gravier de la cour. Le vampire regarda par-dessus les épaules de l’animal pour voir s’approcher à sa suite ses deux frères.

Les créatures se firent alors face. Ludwik huma l’air frais de la nuit et perçut l’odeur de sang qui lui était désormais si familière et qui émanait de l’intérieur de la maison. Un grognement sourd s’échappa de ses babines retroussées et souillées du sang de ses victimes de la nuit. Les deux autres s’avancèrent dangereusement et vinrent encadrer Ludwik. Viktor les jaugea les uns après les autres, impassible, guettant le moindre mouvement de leur part. Le premier à s’élancer,  fut Marcus. D’un bond, griffes en avant, il agrippa  le vampire qui le saisit aussitôt à la gorge d’une main alors qu’il plongeait l’autre dans la poitrine du loup pour en arracher brutalement le cœur. L’animal émit un jappement aigu avant de s’effondrer  au sol avec un bruit sourd.

Ludwik fixa la poitrine béante de son frère et s’apprêtait à attaquer à son tour, lorsqu’un grognement rauque résonna dans l’enceinte de la cour. Tous les regards se tournèrent vers le porche d’où émergea le pelage noir de jais d’un quatrième loup.

–         Niklaus…, dit Viktor stupéfait de voir l’imposant animal s’avancer vers eux.

Les trois créatures, sur leur garde, le toisèrent avec méfiance. Chacun d’eux s’attendait à être la prochaine cible de la bête qui les fixait tour à tour avec la même lueur de haine dans le regard. Pourtant l’hybride indécis ne bougea pas. Entre Viktor dont l’animosité à son égard ne faisait que croître et qui n’hésiterait sans doute pas une seconde à le tuer, et ce père naturel qui avait revêtu le visage d’un assassin froid et cruel, Niklaus n’eut cependant pas à choisir car déjà Henrik s’élançait vers lui, les babines retroussées et écumant de rage.

Niklaus se cabra en faisant claquer ses puissantes mâchoires. Ils étaient à présent accrochés l’un à l’autre, mâchoire contre mâchoire, leurs griffes se déchirant violemment les flancs. Soudain, les crocs de l’hybride agrippèrent le cou d’Henrik qui laissa s’échapper un gémissement de douleur avant de s’affaler lentement sur le sol.

Devant le corps sans vie de son deuxième frère, Ludwik recula d’effroi et prit soudain la fuite, laissant le père et le fils face à face.  Les deux créatures s’affrontèrent un moment du regard :

–          Eh bien, vas-y ! Je sais que tu en meurs d’envie, provoqua Viktor.

Les babines ensanglantées de Niklaus frémirent, ses griffes grisèrent contre les cailloux. Il tentait de se contenir mais l’arrogance de Viktor exacerbait  sa colère.

–         Ne fais pas ça, Niklaus, intervint Elijah qui venait soudain de pénétrer dans la cour pour s’interposer entre son frère et son père.

–         Ne te mêle pas de cela, Elijah. Va-t-en, répondit Viktor en s’avançant vers Niklaus.

–         Notre famille a déjà subi assez d’épreuves comme cela. Ne faites rien que vous pourriez regretter, tenta de raisonner Elijah d’une voix ferme en retenant son père par le bras.

–         Je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi, ni de quiconque, s’écria Viktor en repoussant violemment Elijah qui retomba au sol quelques mètres plus loin.

En voyant son frère au sol, Niklaus perdit alors toute retenue et se précipita sur son père. La puissance du choc fut telle que le vampire perdit l’équilibre et se vit acculé au sol à la merci de son fils.

–         Non Niklaus ! Ne fais pas ça ! s’écria Elijah .

L’hybride suspendit soudain son mouvement et s’écarta du corps de son père qu’il considéra d’un œil froid :

–         Disparais de ma vue ! lui intima Viktor fou de rage en se relevant.

Le loup jeta un dernier regard à son frère avant de disparaître dans la nuit.

 

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