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Seven – Chapitre 2

~L’ENVIE~

Klaus fut pris de court par cette entrée inopinée et s’immobilisa, surpris moins par le culot de la jeune femme que par son attitude. Le goulot de la carafe de bourbon en cristal resta en suspens au dessus de son verre pendant qu’il la détaillait de la tête au pied. Pour toute parure, elle s’était plaqué sur le visage une expression hautaine et méprisante, celle-là même qu’elle lui adressait encore quelques mois plus tôt. Toutefois, tout dans sa posture trahissait son malaise. Ses poings s’étaient crispés involontairement sur le tissu de sa robe. Ses doigts de pieds se recroquevillaient dans ses sandales comme s’ils tentaient de creuser le sol pour pouvoir se soustraire à cette inspection silencieuse qu’il prolongeait sans s’en rendre compte. Le temps s’était comme suspendu dans cette chambre alors que, tout autour, s’élevaient les bruits plus ou moins distincts de la ville : les clients exaspérants dans le couloir, les flonflons de la parade que l’on entendait encore confusément en haut de la rue, un air de jazz, les rires et les conversations des passants… Mais, elle, elle restait silencieuse, plantée sur le seuil de la porte à attendre, presque résignée.

Klaus reposa trop brutalement la carafe sur le guéridon qui jouxtait le canapé de la suite. Bien qu’il ait tenté de lui tordre le coup, la voilà qui refaisait surface, cette désagréable sensation, celle qui avait pointé le bout de son nez dès qu’il lui avait soumis cette proposition indécente. De la culpabilité ? Des remords ? Quel que soit son nom, elle commençait sérieusement à entamer son peu de patience.

— En toute franchise, je ne pensais pas que tu aurais eu le courage de venir.

Il avait sorti cette phrase avec détachement, en hybride sûr de lui. Pourtant, il n’arrivait même pas à se leurrer lui-même. Il porta nonchalamment son verre à sa bouche en espérant qu’elle ne remarquât pas son propre malaise.

— Je n’ai pas vraiment eu le choix.

— Bien sûr qui si, tu l’as eu et tu l’as toujours.

— Si je repars, qu’adviendra-t-il de Tyler ?

Les doigts de Klaus se crispèrent aussitôt sur la surface irrégulière de son verre. Qu’avait-elle besoin de prononcer le nom de l’avorton responsable de tout ce fiasco ? Cela le mit hors de lui. Comme le soir de la remise des diplômes, il lui avait suffi de l’entendre l’évoquer pour perdre tout bon sens. Imaginer ce traître à Mystic falls, déambulant comme un roi auprès d’elle, lui avait été intolérable. Il serait à nouveau à ses côtés, pourrait la toucher, sentir son parfum, embrasser ses lèvres au sourire radieux alors que, lui, serait, là, à la Nouvelle Orléans, à se débattre avec ses propres démons, à courir après une gloire qui ne le comblerait aucunement. Ce soir-là, une seule pensée l’avait obsédé: il ne connaîtrait jamais le goût de sa bouche, celle de sa peau, ne verrait jamais de désir dans ce regard clair qui le suppliait à cet instant de lui accorder la grâce de Tyler sans rien demander en échange. Il était l’hybride originel, l’autre n’était rien de plus qu’un sous-fifre âgé de quelques mois et pourtant il avait tout ce que Klaus désirait. Il s’était surpris l’espace d’un instant à envier cet adolescent insignifiant et s’était dégoûté d’éprouver ce genre de chose. Cette nuit-là, son impulsivité et son orgueil avait pris le pas sur sa raison. Jamais il n’aurait cru qu’elle accepterait une pareille proposition. Pourtant, elle l’avait fait, presque sans hésiter. Il en avait été aussi étonné que blessé. Elle était prête à tout pour l’autre même à accepter l’inacceptable.

Qu’à cela ne tienne : elle assumerait. Klaus se drapa dans sa fierté et étouffa sa culpabilité. Il s’avança vers elle, volontairement trop près, pour la surplomber. Elle leva son regard clair dans lequel brillait comme une lueur de défi qui le troubla. Elle connaissait ses sentiments pour elle. Elle tenterait peut-être d’en jouer, essaierait sans doute de le manipuler pour le faire changer d’avis. Il se ressaisit rapidement. Par pure provocation, il baissa les yeux sur le liseré de sa robe et sur la peau blanche de sa poitrine que sa respiration inquiète faisait se soulever. Il se devait de paraître détaché et froid, ne pas révéler une quelconque faille dans laquelle elle pourrait s’engouffrer. Il avait déjà été beaucoup trop faible avec elle comme avec les autres. Dès son arrivée à Mystic Falls, il avait exhibé malgré lui ses faiblesses, bien en évidence, et tous avaient tenté d’en profiter. Cela ne se reproduirait pas.

— Si tu pars, je le traquerai. C’était le marché.

— Je nous pensais amis, tenta-t-elle en désespoir de cause.

Il ne put retenir un ricanement plus dédaigneux qu’il n’aurait voulu devant la naïveté de sa phrase.

— Je n’ai pas envie de m’en contenter.

Elle avait reculé instinctivement lorsqu’il tendit la main vers son cou pour le dégager ses mèches blondes puis se ravisa. Elle se laissa faire avec une passivité qu’elle voulait certainement vexante. Elle voulait paraître indifférente mais Klaus sentit néanmoins sa mâchoire se crisper tandis qu’il dessinait de son index l’ovale de son visage. Elle avait cette fois baissé les yeux, visiblement furieuse. Il lui releva le menton. Il put alors lire dans son regard tout ce qu’elle s’interdisait de dire à haute voix. Sans doute quelque chose comme «Vas-y, salopard, dépêche-toi qu’on en finisse et que je parte d’ici » supposa à juste titre Klaus. Il faillit alors renoncer et la congédier.

Mais les lèvres de Caroline s’entrouvrirent pour laisser s’échapper un bref soupir et plus rien ne compta plus que cette bouche dont il devinait la douceur, cette bouche dont caressa le galbe de son pouce, cette bouche qui laissait s’échapper un souffle chaud et humide. Une onde familière et délicieuse lui parcourut les reins. Il lui fallait cette femme. Son baiser fut aussi brutal que son brusque désir. Sa main se perdit dans ses cheveux et s’y agrippa pour ne pas qu’elle rompît ce contact qui lui avait arraché une plainte de surprise. Ses lèvres avaient le goût de fraises mures mais aussi la saveur de la frustration, de l’attente et de la revanche. Elle résista un instant, tenta de le repousser. Il s’y attendait. Elle n’était pas prête malgré ses airs froids et sûrs d’elle. Par ses mains posées sur son torse, elle maintenait entre eux une distance dérisoire qu’il ne chercha pas à réduire à néant. Il s’éloigna d’elle et la lâcha au moment où elle s’y attendait le moins. Libérée de ces bras qui la maintenaient fermement quelques secondes plus tôt, elle chancela presque. Lorsqu’elle reprit ses esprits, il avait retrouvé sa place près du guéridon. Il porta son verre à ses lèvres et la gratifia d’un regard narquois.

— Je te souhaite une bonne nuit Caroline. A demain, la congédia-t-il.

Elle resta un moment penaude, ne sachant si elle devait partir ou non. Finalement, elle profita de l’aubaine et du sursis qui lui était accordé. Elle referma la porte derrière elle aussi brusquement qu’elle ne l’avait ouverte quelques minutes plus tôt. A nouveau seul, Klaus fixa cette dernière avec une certaine satisfaction.

Oui, il lui fallait cette femme. Mais elle serait entièrement et pleinement consentante. Quoi qu’il doive mettre en œuvre pour l’obtenir…

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4 Commentaires

  1. coucou, je l’attendais ce chapitre, et je l’ai trouvé super !!
    trois niveau dans l’envie: au début, on essaye d’amoindrir la réussite d’autrui. Ensuite, soit on jubile d’avoir amoindrit la réussite de l’autre. La dernière étape est la haine, ceci ressemble tout à fait à notre hybride préféré !!!
    On ressent une telle tension sexuelle entre eux, moi je serai à la place de Caroline j’ aurai sauté sur Klaus depuis un certain temps déjà !!
    Tu as su décrire à merveille ce qu’est l’envie et ce petit baisé à la fin juste parfait

    Vivement samedi, j’ai hâte de découvrir le prochain pêché que tu vas faire « subir » à nos tourtereaux

  2. Vraiment intéressant ce nouveau chapitre sur L’Envie. On sent bien que Klaus désire plus que tout notre Caroline Adorée mais que celle-ci est réticente, prête à garder son intégrité alors qu’elle aimerait sauver son cher et tendre. Cruel dilemme qui s’offre à elle.
    Mais surtout à lui. Est-il prêt à contraindre Caroline pour obtenir ce qu’il veut au détriment du bonheur de cette dernière ?
    Mmh, pas si sûr que ça le Klaus finalement ! ^^

    Un chapitre plein de tension qui me laisse sur ma faim ! Vite, la suite ! 🙂

    1. J’aimais bien le Klaus des premiers temps:le vampire impulsif qui savait ce qu’il voulait et le prenait. Mais là avecCaro c’est un peu différent. Il ne sera pas aussi sentimental que dans la série, il sera plus entreprenant et…filou :p

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