Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XXXII

Seuls les cliquetis réguliers du pendentif d’Anya sur l’accoudoir en bois du fauteuil résonnaient dans la vaste salle. Assis dans une semi-obscurité, Klaus fixait, sans les voir, les flammes danser dans l’âtre. A la rage qui s’était emparée de lui après s’être fait avoir aussi stupidement par Véra, une soudaine lassitude l’avait submergé. Le silence qui régnait dans cet endroit immense et vide, dans lequel il était prisonnier, l’oppressait et semblait s’insinuer dans chaque parcelle de son être. Il ferma les yeux, rejeta sa tête en arrière et vint la poser sur le dossier du siège. Il laissa un moment son esprit vagabonder. Il se vit à l’air libre, arracher le cœur de Véra et s’en nourrir. Cette idée lui arracha un bref sourire.

D’un geste machinal, il faisait toujours rouler entre ses doigts le bijou qui soudainement lui échappa des mains et tomba au sol  dans un bruit cristallin. Le vampire ouvrit brutalement les yeux et regarda atterré  l’objet qui avait atterri près de la grille pare feu. Pourquoi le gardait-il ? Anya allait se livrer d’elle-même pour récupérer le livre et il était hors de question de la laisser s’échapper à nouveau. Il se pencha pour le ramasser  et   l’envoya rageusement dans le feu qui crépitait dans l’âtre. Il regarda un bref moment les flammes  valser autour de l’objet avant d’y plonger la main et de le retirer d’un geste vif. Consterné devant cet élan de repentir, il lança le bijou à travers la salle et se laissa retomber à nouveau dans son siège les yeux fermés, la tête contre le dossier. Il chercha derrière ses paupières closes à retrouver les images qui lui avaient, quelques minutes plus tôt, apporté un bref réconfort mais d’autres s’imposèrent à lui.

Huit ans auparavant, plusieurs jours après leur première rencontre.

 

Les deux femmes piétinaient dans la boue provoquée par un dégel soudain. Elles tentaient tant bien que mal de se  frayer  un chemin  parmi la foule qui avait envahi les rues du village en ce jour de foire.

– Anyanka, dépêche-toi ! Tu étais pressée d’arriver et maintenant tu lambines ! gronda Waleda suffisamment fort pour couvrir le bruit assourdissant qui les entourait.

La vieille femme s’arrêta  pour la énième fois pour attendre sa petite fille qui jetait des regards insistants autour d’elle comme si elle cherchait quelque chose.

– Anyanka ! s’énerva-t-elle en voyant que la jeune fille ignorait totalement son injonction et continuait à se retourner sans cesse.

– Pardon grand-mère mais nous ne sommes jamais venues et ce village est très différent du nôtre, mentit Anyanka en feignant d’être fascinée par les étales qui bordaient la rue principales.

En réalité, elle se fichait pas mal de tout le remue-ménage qui l’entourait. Lorsque Waleda avait annoncé son intention de venir au village pour se procurer les herbes dont l’hiver l’avait privée, elle avait sauté sur cette occasion inespérée de quitter leur village. Depuis que l’hiver s’était abattu et que les attaques de loups affamés s’étaient multipliées, il lui avait été interdit de quitter l’enceinte de leur village sans escorte, et malgré quelques tentatives hasardeuses, elle n’était pas parvenue à échapper à la vigilance familiale. Elle mourait d’envie de se libérer de ce carcan imposé et surtout nourrissait le secret espoir que cette fête de village lui permettrait de le revoir.

Alors que Waleda demandait le chemin de l’herboristerie à un camelot, plus préoccupé par la vente de ses ustensiles que par le fait de se montrer serviable, Anyanka continuait son inspection des villageois qui fourmillaient autour d’elle.  Elle se haussa sur la pointe des pieds et tendit le cou pour tenter de dominer la foule. Son regard se promenait sur les visages inconnus, tentait de reconnaître une silhouette familière.

– Allons-y Anyanka, ordonna Waleda d’un ton bourru.

La jeune fille s’apprêtait à obtempérer de mauvaise grâce lorsque son cœur fit un bond dans sa poitrine en apercevant des boucles blondes familières qui se déplaçaient rapidement malgré la cohue et qui se dirigeaient vers une ruelle désertée par les badauds. Anya maudit à ce moment tous ces gens amassés devant elle et qui l’empêchaient de voir quelle direction précise il avait prise et elle maudit encore davantage Waleda qui la tira brusquement par le bras pour l’entraîner à sa suite.

Arrivées devant la porte de l’herboristerie, la vieille femme la fit rentrer d’un geste autoritaire avant elle et referma aussitôt la porte au grand damne d’Anya qui alla très vite se réfugier dans un coin sombre de la boutique pour pester intérieurement en paix. Après quelques minutes de palabres interminables, qui promettaient des négociations sans fins,  entre l’herboriste et la vieille femme, elle se sentit perdre définitivement patience et se lança dans une ultime tentative pour s’échapper quelques instants de ce lieu.

– Grand-mère, je ne me sens pas très bien. Je vais sortir quelques minutes, mentit-elle en feignant un moment de faiblesse.

Waleda accaparée par son marchandage répondit par un geste vif d’agacement en direction de la porte qui arracha un sourire de contentement à Anya.

– Anyanka ! Tu as intérêt à te trouver devant la porte quand je sortirai ! prévint la vieille femme alors que sa petite fille avait filé à toute vitesse vers la sortie et s’apprêtait déjà à franchir le seuil.

Celle-ci acquiesça de la tête avant de refermer rapidement la porte et de s’éloigner en direction de la ruelle où elle avait cru le voir disparaître.

Nilkaus, qu’à lui, n’eut pas l’occasion d’aller très loin. A peine avait-il réussi à échapper à son frère aîné Stanislas, qu’il se trouva face à la silhouette paternelle qui se dirigeait vers lui dans l’étroite ruelle. Les traits crispés et la démarche raidie par la colère, Viktor s’avançait à grands pas vers son fils qui, se trouvant dans une impasse, s’était résigné à subir les foudres paternelles.

– Où étais-tu ? hurla-t-il arrivé à sa hauteur. Tu étais censé venir présenter tes excuses  à Ludwik et à ses fils pour ton exploit de l’autre jour !

– Je vous ai dit qu’il en était hors de question, lâcha Niklaus entre ses dents et en fuyant le regard qui le foudroyait.

Exaspéré par l’insolence de son fils, Viktor l’agrippa et le poussa violemment contre le mur :

– Je ne te laisserai pas compromettre davantage l’honneur de notre famille. Tu feras ce que je te dis de faire !

Nilklaus sentit une rage sourde l’envahir. Il repoussa brutalement ces mains qui serraient le col de son  pourpoint au point de lui couper la respiration. De haine, il leva instinctivement le poing pour frapper ce père intolérant qui l’avait jugé coupable sans prendre la peine d’écouter sa version des faits. Viktor resta un moment abasourdi devant ce geste de rébellion avant de lâcher un rire  méprisant :

– Vas-y si tu l’oses. Donne-moi une bonne raison de te bannir à jamais de ma maison, souffla-t-il.

Troublé par la menace, Nilklaus suspendit son geste, se redressa et finit par renoncer.

– C’est bien ce que je pensais… , lâcha Viktor en lui tournant dédaigneusement le dos. Dans trois jours, tu viendras présenter tes excuses à Ludwik devant tout le conseil. Et tu as intérêt à faire profil bas !

Lorsque  la silhouette paternelle disparut, avalée par  la foule de la rue principale, Niklaus laissa échapper toute la colère contenue et projeta de manière irréfléchie son poing contre le mur qui lui faisait face et lâcha un grognement de rage et de douleur mêlées. Pour tenter de retrouver son calme, le jeune homme plaqua sa main aux phalanges ensanglantées  à plat  sur la paroi et posa son front la surface froide. Il inspira profondément pour maîtriser sa respiration haletante. Il sentait la douleur se propager le long de son bras lorsqu’un contact léger sur sa main blessée le fit se redresser brusquement.

Il crut un instant à une hallucination. Comme à chaque fois qu’il la croisait, elle semblait débarquer de nulle part comme un mirage. Elle n’osa pas rompre la première le silence. Elle se contenta de lui adresser un sourire réconfortant qu’il lui rendit une fois sa surprise passée.

– Vous avez vraiment un don pour apparaître toujours au moment où je suis le plus pitoyable, commença-t-il avec un air désolé en frottant sa main endolorie.  Que faites-vous là ?

– J’ai accompagné ma grand-mère, dit-elle simplement pour ne pas se perdre dans des explications longues et laborieuses.

Elle regarda un moment le jeune homme, hésitante, avant de reprendre :

– Si c’est en rapport avec ce qui s’est passé dans la forêt. Je pourrais peut- être aller voir votre père pour lui expliquer ce que j’ai vu…

– Non ! s’exclama-t-il si vivement qu’elle en sursauta.

En voyant le visage interloqué de la jeune femme, Niklaus regretta sa réaction trop vive :

– Je ne veux pas que vous l’approchiez, reprit-il doucement.

Un silence embarrassé s’installa entre les deux jeunes gens. Chacun fuyait le regard de l’autre tout en se jetant des coups d’œil furtifs.

– Je ne peux pas rester longtemps : ma grand-mère ne va pas tarder à se rendre compte  de mon absence, dit-elle à regret.

 Elle s’apprêtait à partir mais elle se sentit retenue par le bras :

– Non attendez, je ne peux pas vous laisser partir à nouveau comme cela. La dernière fois, déjà, vous vous êtes envolée avant que nous ayons pu vraiment parler.

– Avec l’hiver et les loups qui rôdent, je ne peux pas quitter le village comme je le voudrais, s’expliqua-t-elle.

– L’hiver vient seulement de commencer….je ne peux pas…, s’embrouilla-t-il. Et puis au diable les bonnes manières, je n’ai pas de patience pour ça ! Je meurs d’envie de vous…

– ….alors faites-le, bon sang, au lieu de perdre du temps à parler ! l’interrompit-elle vivement.

Niklaus, qui ne s’attendait pas à une réaction aussi spontanée, resta un moment interloqué. Puis se ressaisissant, il prit le visage rosi par le froid et s’approcha de ces lèvres d’où s’échappa  un léger soupire qui troubla l’air d’un infime nuage de buée. Il y déposa avec d’infinies précautions les siennes comme pour compenser la brutalité de sa déclaration. Ce baiser délicat fut pourtant de courte durée. Ils s’écartèrent brusquement dans un même mouvement et se dévisagèrent avec la même perplexité face à la violence de leurs émotions provoquée par ce léger contact.

Ils restèrent ainsi un moment qui leur sembla une éternité. Puis, ni tenant plus ni l’un et ni l’autre, leurs bouches s’unirent de nouveau mais avec brutalité et impatience. Niklaus enlaça la taille de la jeune fille et l’attira fermement à lui. Anyanka détacha légèrement ses lèvres :

– Il faut que je parte…., articula-t-elle en mettant dans ces propos aussi peu de conviction que Nilklaus lorsqu’il acquiesça de la tête pour la forme avant de la réduire à nouveau au silence par un baiser.

Baiser auquel ils s’abandonnèrent totalement, ignorant la foule toujours plus dense et bruyante qui envahissait la grande rue à quelques pas d’eux.

– Il faut vraiment que je parte, décréta à nouveau Anyanka en s’écartant doucement de son étreinte le souffle court.

Niklaus la lâcha et la laissa s’éloigner de mauvaise grâce.

– Je trouverai un moyen de te retrouver rapidement cette fois, lâcha-t-il dans le dos de la jeune femme qui se trouvait déjà à l’entrée de la ruelle.

Elle se figea et se retourna avec un sourire malicieux aux lèvres :

– J’espère bien ! répliqua-t-elle avec un air de défi avant de disparaître dans la foule.

Anyanka ne se doutait pas, alors, que Niklaus s’ingénierait à relever rapidement le défi.

Deux jours plus tard, la veille du jour où il devait se présenter devant Ludwik et le conseil, il quitta, sans être vu, le domaine familial en milieu de journée pour s’enfoncer dans la forêt. Il avait pleinement conscience que cet acte de rébellion aurait sans aucun doute des conséquences fâcheuses. Malgré tout, cela n’entachait en rien le plaisir qu’il éprouvait, à ce moment là, de retrouver Anyanka. Mais surtout il jubilait à l’idée que son absence pour la seconde fois à ces excuses forcées allait placer son cher père dans une situation plus qu’inconfortable.

Au village, Anyanka se dirigeait d’un pas rapide entre les habitations hétéroclites, croisant sur son passage les silhouettes fantomatiques des autres villageois qui, emmitouflés dans leurs capes, se hâtaient d’aller se mettre à l’abri du froid mordant qui s’était à nouveau abattu sur la région. Alors qu’elle levait l’épaisse peau qui cachait la porte d’entrée de sa hutte, une main  vint se poser par derrière sur son épaule. Elle sursauta et se retourna vivement. Une main plaquée sur sa bouche étouffa un cri de peur qu’elle tenta de pousser en voyant devant elle un homme  dont elle ne distinguait pas les traits.

– Chut ! C’est moi, dit une voix grave et familière.

Anyanka écarquilla les yeux lorsque l’homme fit retomber la capuche qui dissimulait son visage.

– Niklaus mais tu es complètement fou ! Si quelqu’un te trouve ici…

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que la voix grave de son père parvint jusqu’à elle. Horrifiée à l’idée que les deux hommes se retrouvent face à face, elle ouvrit rapidement la porte de la hutte et poussa l’imprudent à l’intérieur avant de la refermer  tout aussi brusquement.

– Anyanka ? Que fais-tu là ? demanda Zoran  qui arrivait juste au moment où elle lâchait la poignée.

– Je …Enfin , je rentrais ….me coucher. Je ne me sens pas très bien, bredouilla-t-elle.

– Tu ne te joins pas à nous pour le repas ? Milan n’est là que pour quelques jours, j’aurais aimé que vous preniez le temps de discuter de votre…

– …demain, le coupa-t-elle. Ce soir, je ne me sens vraiment pas bien, je préfère aller me coucher.

Contrarié par la mauvaise volonté qu’y mettait sa fille à se plier à ses projets de mariage, qu’il avait soigneusement planifiés depuis des années, Zoran la regarda un moment les sourcils froncés.  Mais comme souvent devant les grands yeux bruns expressifs qui tentaient de l’amadouer, il capitula :

– Très bien. Bonne nuit. Mais demain je veux que tu acquittes de ton devoir d’hôtesse. répondit-il simplement en déposant un baiser sur le front de sa fille  avant de s’éloigner au grand soulagement d’Anyanka.

La jeune femme pénétra précipitamment dans la hutte et referma la porte derrière elle. L’intérieur était plongé dans une quasi-obscurité. Seul un pâle halo de lumière provenant du feu mourant de la cheminée, qui trônait au centre de la pièce, éclairait très faiblement les lieux. Elle laissa ses yeux s’habituer à l’obscurité et chercha dans l’ombre son visiteur imprévu. Elle sursauta en sentant ses bras passer autour de sa taille pour la retourner vivement. La bouche du jeune homme plaquée brutalement sur la sienne ne lui laissa pas le temps de répliquer quoique ce soit. D’ailleurs elle n’aurait probablement protesté que pour la forme. Lorsqu’il s’écarta, il chercha à capter dans l’ombre le regard de la jeune femme :

– Qui est-ce ce Milan ? demanda-t-il curieux.

– Personne. Ça n’a plus d’importance maintenant, répondit-elle en enlaçant le cou du jeune homme qui s’empara sans retenue de ces lèvres qui s’offraient à  lui.

Lorsqu’il l’entraina vers le lit et qu’elle se trouva prisonnière de son poids, elle prit conscience qu’elle était en train de jouer à un jeu dont elle ne connaissait pas entièrement les règles. Sa  naïveté et son innocence devinrent soudain une évidence sous les caresses de cet homme qui, lui, n’avait rien de naïf ni d’innocent. Elle était partagée entre le désir de se laisser guider par ces mains expertes et une appréhension grandissante au fur et à mesure que celles-ci se faisaient plus audacieuses. Lorsqu’il glissa une main dans son corsage,  elle retint sa respiration et tenta de se redresser pour tâcher de reprendre  le contrôle sur les sens de plus en plus égarés. Mais soudain, l’un et l’autre se figèrent en entendant des pas s’approcher derrière la porte.

– Anyanka ? appela Waleda en frappant à la porte.

La jeune femme écarquilla les yeux et, prise de panique, repoussa brutalement Niklaus qui retomba sans ménagement entre le lit et le mur. Une épaisse couverture en peau qu’elle lui lança vint couvrir ses tentatives de protestations. En entendant la porte s’ouvrir, il jugea malgré tout plus opportun de garder le silence et cette position, certes peu flatteuse, mais qui avait au moins le mérite de le dissimuler aux yeux de la vieille femme. Anyanka s’était relevée hâtivement et avait tenté de remettre un minimum d’ordre dans sa tenue et sa chevelure emmêlée avant d’ouvrir la porte.

– Ton père m’a dit que tu te sentais mal, expliqua Waleda en passant devant la jeune femme sans cérémonie.

– Je me sens juste fatiguée. Ça ira mieux demain, répondit Anyanka en jetant des coups d’œil inquiet vers le lit et en interposant entre sa grand-mère et celui-ci.

– Hmmm…Tu as dû attraper un mal quelconque dans ce maudit village quand tu m’as faussé compagnie, maugréa –t-elle en inspectant le visage de sa petite fille pour y déceler une trace de ce qu’elle disait.

– Non … ce n’est pas vraiment un mâle quelconque …, lâcha Anyanka en détournant la tête et en se mordillant la lèvre pour réprimer un sourire.

– Oui, il vaut mieux être prudent, je vais te préparer quelque chose qui te remettras d’aplomb. C’est le genre de cochonnerie qui peut te clouer au lit pendant une semaine.

Anyanka feignit une quinte de toux pour couvrir sa propre hilarité et le ricanement qu’elle avait entendu s’échapper de sous la couverture.

– Ne t’en fais pas grand-mère ça peut attendre demain, insista-t-elle en reprenant son sérieux devant le visage de plus en plus grave de Waleda.

Cette dernière la dévisagea un moment, soupçonneuse, avant de se diriger, au grand soulagement d’Anyanka, vers la porte.

En entendant cette dernière se refermer, Niklaus se débarrassa de la couverture qui l’étouffait littéralement. Lorsqu’il fut à nouveau à découvert, le visage d’Anyanka, allongée à plat ventre sur le lit, le surplombait avec un sourire malicieux.

-Je devrais peut-être garder cette position. Combien d’autres membres de ta famille risquent de débarquer pour prendre de tes nouvelles ?

– Prions pour que ma jeune sœur ne vienne pas sinon c’en est fini de nous deux. Mais je suis  sûre que Waleda l’empêchera de venir… au cas ou le « mal » serait contagieux, répondit-elle dans un éclat de rire.

Nilkaus se redressa pour venir caresser les joues empourprées penchées au-dessus de lui.

– Ta famille est très….

-….envahissante. Je sais, l’interrompit-elle.

– Non j’allais dire attentionnée….. C’est très enviable ce genre de liens, avoua-t-il avec un sourire las.

La jeune femme, émue par l’amertume  qu’elle devinait dans le ton de sa voix, se redressa et l’invita à venir s’allonger près d’elle :

– Pourquoi restes-tu dans cette famille dans laquelle tu ne te sens manifestement pas à ta place ? demanda-t-elle sans ambage en  blottissant sa tête au creux de son épaule.

– Ils ne sont pas tous comme mon père. J’ai un frère et une sœur dont je n’ai pas envie de me séparer. Et puis où irais-je ? Je ne vais pas m’exiler Dieu sait où pour me retrouver seul.

– Qui parle d’exil et de te retrouver seul ? Tu n’as pas besoin d’aller très loin pour fonder ta propre famille. Une famille qui t’acceptera tel que tu es,  répondit-elle en relevant la tête pour lui faire face.

Un sourire narquois se dessina sur les lèvres du jeune homme qui haussa un sourcil interrogateur avant de demander :

– C’est tentant. C’est une proposition ? Une promesse ?

– Les deux, admit sans hésitation Anyanka. Mais chaque chose en son temps : je crois que l’on a suffisamment brulé d’étapes comme ça pour aujourd’hui. Essayons être un peu plus …conventionnels et faisons les choses dans l’ordre, tu veux bien ?

Niklaus se redressa soudain et  la fit basculer sans ménagement sur le côté pour l’emprisonner à nouveau sous son poids.

– Je suis quelqu’un d’impatient et toi tu adores manifestement jouer avec le feu et enfreindre les règles. Alors au diable les convenances! décréta-t-il avant de s’emparer fougueusement de ses lèvres.

~* ~

 Derrière ses yeux clos, Klaus revoyait avec une netteté qui le déconcerta chaque moment de cette première nuit : le parfum de ses cheveux, la douceur de sa peau, ce corps qui se donnait à lui avec une confiance totale. Mais soudain, il rouvrit brutalement les yeux en se demandant si ses sens ne lui jouaient pas des tours.  Le bruit léger de ses pas raisonnait sur les dalles de pierre du vestibule. Elle était là, prête à le cueillir une nouvelle fois dans un de ses moments de faiblesse. Klaus s’agrippa rageusement les cheveux, furieux contre lui-même de s’être laissé aller à une telle nostalgie. Il lui fallait chasser au plus vite ces souvenirs et toutes les émotions qui venaient brutalement de faire surface pour ne retenir que la trahison, pour ne garder que la haine qu’il devait lui porter à cet instant s’il voulait mener à bien son projet.

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