– Qu’est-ce que tu fais là ? demanda froidement Klaus en pénétrant dans la chambre.
– Je t’ai entendu entrer. Je voulais te dire que je n’avais pas réussi à localiser Anya, improvisa-t-elle extrêmement mal à l’aise de se retrouver à nouveau face au vampire dans cet endroit.
Le visage impassible, Klaus balaya instinctivement la chambre du regard :
– Vraiment ? C’est étonnant…, dit-il sur un ton énigmatique qui mit immédiatement Anya sur ses gardes.
Le vampire referma la porte de la chambre et s’approcha lentement de la jeune femme. Elle s’efforça de ne pas reculer malgré le malaise qui l’envahissait face au regard insistant qu’il posait sur elle.
– Et comment tu expliques cela ? reprit-il.
– Elle s’est probablement mise sous la protection du conseil.
Elle espérait que l’explication lui paraisse suffisamment convaincante et dissuasive pour qu’il ne s’acharne plus à la retrouver mais manifestement Anya connaissait Klaus beaucoup moins bien que lui ne la connaissait. Il lâcha un ricanement et se détourna d’elle à son grand soulagement.
– Anya se mettre sous la protection de personnes qui lui dicteraient sa conduite et l’empêcheraient de faire ce qu’elle veut ? Ça m’étonnerait beaucoup…, reprit-il en se débarrassant de son pourpoint maculé du sang de sa dernière victime.
– Si tu la connais si bien, tu devrais pouvoir la retrouver sans mon aide et deviner où elle se trouve, lâcha-t-elle de manière irréfléchie, passablement irritée d’être percée aussi facilement à jour.
En le voyant se retourner et revenir vers elle, un rictus mauvais au coin des lèvres, Anya se figea et regretta aussitôt ses propos. Elle tressaillit lorsqu’il la saisit fermement par la nuque pour l’attirer à lui.
– Tu ne peux pas t’empêcher de jouer avec le feu et de te mettre dans des situations impossibles, n’est-ce pas ? reprit en plantant froidement son regard dans le sien. Qu’est-ce que tu cherches au juste?
Devant l’ambiguïté des propos, Anya resta pétrifiée, envahie soudain par le sentiment d’avoir été démasquée : à qui s’adressait-il ? A Véra ou à elle ?
~*~
Quelques heures plus tôt, assis à une table de la taverne, Klaus tachait de faire abstraction du brouhaha ambiant pour faire le point sur les événements des derniers jours. Ils avaient décidément tous décidé de lui pourrir la vie, au moment même où tout allait pour le mieux et qu’il avait enfin remis la main sur la pierre : d’abord Anya qui était revenue miraculeusement à la vie, ensuite Elijah qui le trahissait. Et maintenant Véra qui se rebellait sans raison.
S’il n’avait pas encore besoin d’elle pour découvrir le fin mot de l’histoire au sujet de cette mystérieuse clé liée aux Pétrova, il l’aurait probablement tuée pour ce qu’elle avait osé faire la vielle. Ou peut-être pas… Après tout jusqu’ici, elle l’avait plutôt amusé et distrait. Elle avait rapidement saisi son mode de fonctionnement et semblait elle-aussi y trouver son compte. Tout ceci rendait son attitude encore plus étrange et incompréhensible pour le vampire.
Klaus fut tiré de ses réflexions par les cris de deux jeunes garçons qui avaient déboulé dans la salle, des épées en bois à la main, et qui entamèrent un duel au beau milieu des clients passablement agacés par leur irruption. Le vampire, lui, contempla la scène avec amusement se remémorant soudain ces mêmes combats avec ses frères lorsqu’ils étaient enfants. Leurs jeux finissaient immanquablement de la même manière : tôt ou tard ils finissaient par se disputer parce qu’il refusait obstinément d’obéir aux ordres de son frère aîné, Stanislas. Et comme à chaque fois, Elijah venait à sa rescousse et prenait sa défense. C’était un schéma bien rôdé et il en avait joué bien souvent, profitant de la protection de ce frère toujours prêt à le soutenir pour faire les pires coups bas aux quatre autres.
Ce souvenir lui arracha un bref sourire. Finalement, en grandissant les choses n’avaient pas vraiment changé. Du moins jusqu’à ce qu’Elijah s’entiche de cette insupportable peste. A bien y réfléchir : la transformer en vampire n’avait pas été la meilleure de ses idées, cela allait sincèrement lui compliquer la tache pour convaincre son frère de revenir auprès de lui.
Une fois de plus, les cris des deux garçons qui s’étaient élancés dans une course folle au milieu des tables le ramenèrent à la réalité.
« Ils doivent avoir l’âge d’Ivan », pensa Klaus, troublé de penser pour la première fois à son fils en le nommant par un nom qu’il ne connaissait pas il y a encore quelques jours. Le visage d’Anya s’imposa soudain à lui et une bouffée de colère l’envahit en pensant à tout ce que cette femme lui avait pris : son humanité, sa famille d’une certaine manière et son fils. Elle pouvait toujours se cacher, il la retrouverait tôt ou tard et ce jour-là elle devrait lui rendre des comptes et son fils.
Chassés par le tavernier à grand renfort de coup de pieds dans le derrière, les deux garnements fuirent prestement les lieux, bousculant au passage quelques clients mécontents. En passant près du vampire, ce dernier surprit leur discussion:
– On inverse les rôles maintenant : c’est moi le seigneur et toi le voleur, décréta l’un d’eux en se saisissant du bouclier de bois que l’autre tenait devant lui.
– Non ! je ne veux pas qu’on change déjà : on vient juste de commencer. J’ai pas encore eu le temps de m’habituer et puis je n’ai pas encore trouvé le trésor que tu m’as volé, reprit l’autre en reprenant de force son bouclier.
L’autre haussa les épaules et lui tourna le dos :
– De toute façon, tu ne sais pas faire semblant : tu fais tout de travers. Il faudrait être bête pour ne pas s’en rendre compte! lâcha-t-il en s’éloignant vexé.
Klaus, qui portait une coupe à sa bouche, suspendit son geste en entendant les propos des enfants. Il ferma les yeux de dépit devant sa propre bêtise. Une évidence venait de lui éclater en pleine figure. Ses propos, son attitude incompréhensible, certains de ses gestes qui l’avaient troublé sans qu’il comprenne pourquoi : tout devait subitement très clair.
« L’espèce de garce manipulatrice ! » lâcha-t-il hors de lui en posant brutalement sa coupe de vin sur la table dont une partie du contenu se répandit sur la table. Il se leva rageusement et quitta la taverne. Il ignorait comment elle s’y était prise pour mettre au point ce tour de passe –passe mais si c’était à ce jeu là qu’elle voulait jouer, elle devrait désormais se soumettre à ses propres règles…
~*~
« Quelle fichue tête de mule ! Où est-elle encore passée ? », maugréait Elijah qui cherchait Noura dans les environs de la ferme depuis plus d’une heure.
Le vampire évoluait au milieu de la forêt environnante, les sens aux aguets dans l’espoir de percevoir sa présence. Le soleil allait se lever dans moins d’une heure et la jeune femme restait introuvable. Plus le temps passait, plus l’exaspération faisait place à l’inquiétude. Elle était partie une bonne partie de la nuit et Elijah avait conscience que sa condition de vampire était encore trop récente pour qu’elle en maîtrise encore tous les aspects.
Soudain, le vampire se figea en entendant un léger bruissement au loin. Il se dirigea dans la direction d’où venait le bruit qui avait attiré son attention. Rapidement, il se trouva à découvert. La forêt s’ouvrait sur une vaste clairière dans laquelle se trouvait un immense lac dans lequel se reflétaient les rayons de la lune. En voyant, la tête de Noura dépasser de la surface de l’eau à quelques mètres de lui, Elijah ne put réprimer un soupir de soulagement très rapidement suivi d’un autre soupir mais cette fois d’impatience :
– Est-ce que tu as une idée de l’heure qu’il est ? cria-t-il pour se faire entendre de la jeune femme qui en le voyant arriver s’était éloignée du bord.
– Parce que tu me crois assez stupide pour oublier ? Je n’ai pas besoin que tu me surveilles comme si j’étais une gamine ! lança-t-elle sans se retourner.
– Dans ce cas, cesse de te conduire comme tel et sors de là immédiatement ! ordonna-t-il.
La jeune femme se retourna vers le vampire qui la considérait sur le bord les bras croisés sur la poitrine et qui cachait mal son exaspération. De là où il était, il ne put remarquer le regard plein de malice qu’elle lui avait brièvement lancé alors, et en la voyant nager à nouveau vers lui, il fut surpris de la voir soudainement si obéissante et se tint sur ses gardes. Arrivée à quelques mètres du bord, elle s’arrêta, encore totalement immergée dans l’eau :
– Tu veux que je sorte ?…. Très bien…, dit-elle en sortant de l’eau dans le plus simple appareil.
Pris au dépourvu, Elijah se détourna vivement en levant les yeux et les bras au ciel comme pour implorer une quelconque aide divine sous le regard amusé de Noura.
– Si je ne suis qu’une gamine, ça ne devrait pas te mettre si mal à l’aise. Tu ne faisais pas autant de manières lorsque tu pénétrais en pleine nuit dans la tente d’Anya il y a quelques années. Je ne te croyais pas aussi prude, s’amusa-t-elle.
– Et moi, je ne te croyais pas aussi impudique. Tu crois vraiment que c’est le moment de jouer à ce genre de chose ? reprit-il en s’espérant que la jeune femme était en train de revêtir une tenue plus descente ou plutôt une tenue tout court.
Alors qu’il s’efforçait de jeter un coup d’œil le plus discret possible par-dessus son épaule pour s’en assurer, Noura se planta devant lui, vêtue d’une simple chemise qu’elle avait enfilée sur sa peau encore trempée et qui, au final, ne dissimulait pas grand-chose.
– Ça ne sera jamais le bon moment, surtout si tu t’obstines à jouer les âmes torturées incapable de choisir entre son frère et une femme, ironisa-t-elle en posant une main sur la poitrine du vampire et en jouant avec les boutons de son pourpoint.
– Et c’est de cette manière que tu comptes régler mon dilemme ? C’est plutôt déloyal comme procédé, tu ne trouves pas ? répondit-il en posant son regard sur la dentelle qui ornait le décolleté de la chemise et qui dissimulait à peine l’harmonieuse poitrine de la jeune femme.
Pour toute réponse, elle afficha un large un sourire qui fit fondre les dernières résistances du vampire. Il posa une main sur sa joue en souriant et la fit doucement glisser sur son épaule nue et encore humide. Noura s’approcha davantage, se dressa sur la pointe des pieds pour lui offrir ses lèvres et nouer ses bras autour de son cou. Il fut stupéfait par l’ardeur qu’elle mettait à venir à lui, sans arrière-pensée, sans réserve, sans doute. Il s’en voulait d’être incapable d’en faire autant. Puis lentement, presque hésitant, Elijah posa ses lèvres sur les siennes et resserra son étreinte, impatient de laisser libre court à cette envie irrépressible de la posséder et de découvrir entièrement cette femme qui avait mis à mal tous ses principes et qui s’offrait à lui en cet instant sans hésitation.
Mais soudain les deux jeunes gens s’écartèrent dans un même mouvement. La même inquiétude se lisait sur leurs deux visages :
– Tu entends ? demanda Elijah les sens aux aguets.
– Oh mon Dieu ! Milan, les enfants…, paniqua Noura.

Grrrrr! Je veux la suite!!! Super chapitre Elora
Merci Julie ;)
Les deux soeurs vont se mettre dans de beaux draps :p
J’étais certaine que Klaus s’était rendu compte du changement du changement de corps Vera/Anya… Je pensais même qu’il s’en était aperçu avant mais qu’il faisait semblant de ne pas voir pour lui ressortir en plein visage au moment voulu… Parce qu’à Klaus on ne là lui fait pas!!!
Oui mais Anya est une tête de pioche mais elle est loin d’être nouille. Il n’est pas sorti de l’auberge avec elle :) . Dans la seconde partie de la fic’, vous en apprendrez plus sur leur histoire passée