Attirance
Noura resta plantée au milieu des marches du perron de l’imposante bâtisse pendant qu’Elijah conduisait les chevaux dans ce qui restait de l’écurie. L’endroit, laissé à l’abandon depuis des années, était envahi par les mauvaises herbes. La façade lézardée recouverte de lierre laissait apparaître de nombreuses fenêtres brisées. Les habitants avaient fui les alentours, considérant ce lieu maudit comme le point de départ de tous les meurtres commis sept ans auparavant, y compris ceux perpétrés par Ludwik et ses frères. Lorsqu’une nuit, un peu avant le départ de la famille, ils virent au loin les lueurs du brasier qui consumait le grand chêne, ils prirent peur et désertèrent définitivement les lieux.
Elijah sortit de l’écurie quelques minutes plus tard et rejoignit la jeune femme qui resta immobile, même lorsque le vampire lui passa devant. Il força d’un simple geste la serrure de la lourde porte qui céda avec un craquement lugubre. Puis il se retourna vers Noura un sourire aux lèvres :
– Me feriez-vous l’honneur… ? dit-il en l’invitant d’un geste ample et exagéré.
– Vous invitez toujours les femmes dans des endroits pareils ? demanda-t-elle en reprenant de mauvaise grâce l’ascension des marches du perron.
– Les femmes, non. Mais là je ne vois qu’une gamine capricieuse et horripilante qui m’a fait perdre un temps considérable donc…. dit-il en réitérant son geste d’invitation.
Noura le fusilla du regard en lui passant devant avec humeur. Elle avait à peine franchi le seuil qu’une odeur de poussière et de renfermé la saisit à la gorge. Leurs pas résonnèrent dans le vaste vestibule, dérangeant les quelques pigeons qui avaient élu domicile dans ces lieux désertés. Les volatiles quittèrent précipitamment leur perchoir soulevant de leurs ailes un nuage de poussière. Surprise, Noura recula vivement mais se heurta au vampire qui se trouvait derrière elle et qui n’avait pas bougé. Ce dernier la saisit par les épaules et lui susurra à l’oreille :
– Ne vous inquiétez pas, je vous protégerai contre ces horribles monstres, se moqua-t-il.
Noura retint sa respiration en sentant son souffle chaud dans son cou. Troublée et à bout de nerfs, elle se dégagea vivement, furieuse contre elle-même :
– Ne me touchez pas ! Allez au diable ! s’emporta-t-elle avant de ressortir précipitamment.
Elle courut jusqu’aux écuries. Embarrassée par sa robe qui gênait sa course, elle trébucha sur les cailloux de la cour, manquant à plusieurs reprises de tomber, et se blesser les chevilles. Mais peu lui importait : il fallait qu’elle parte de cet endroit, qu’elle s’éloigne de lui. Il voulait cette maudite pierre : elle allait la lui chercher dès maintenant pour qu’il retourne au plus vite auprès de son frère, pour qu’elle puisse retourner … Retourner où ? Elle ignorait où Milan et les enfants s’étaient réfugiés et le souvenir de la trahison d’Anya était encore trop vif pour qu’elle puisse passer outre. Elle ne la comprenait plus. Elle ne voulait plus la comprendre.
La jeune femme pénétra dans l’écurie le souffle court. Elle appuya son front et ses mains sur les flancs de son cheval. Elle tâcha de retrouver son calme, calant sa respiration sur celle régulière et apaisante de l’animal et de contenir les larmes qui lui brouillaient la vue.
– Où comptez-vous aller comme ça ?
Noura sursauta en entendant la voix d’Elijah juste derrière elle. La gorge nouée, elle ne lui répondit pas et ne se retourna pas, refusant d’offrir au vampire le spectacle de ce moment de faiblesse. Elle se saisit de la selle posée près de son cheval et entreprit de le seller. Elijah, qui pensait assister à une énième fantaisie de la part de la jeune femme, commençait sérieusement à s’impatienter.
– Ça suffit maintenant ! Ce petit jeu a assez duré, gronda-t-il en la saisissant par le bras pour la forcer à lui faire face.
En voyant la détresse et les larmes sur son visage, Elijah relâcha sa prise, complètement décontenancé par cette femme qu’il avait décidément beaucoup de mal à cerner et qui savait si bien mettre à mal son assurance et ses convictions. Noura baissa vivement la tête pour échapper au regard de cet homme qui la scrutait sans retenue et dont la trop proche proximité la rendait extrêmement nerveuse. Elle priait pour qu’il la laisse seule mais il n’était pas manifestement pas disposé à bouger. Elle fit alors un geste pour s’écarter dans l’espoir de pouvoir sortir de ce lieu exigu mais le vampire lui barra la route de son bras avant de placer un pouce sous son menton pour l’obliger à relever la tête et à lui faire face. Il planta son regard dans le sien. Ils restèrent ainsi un long moment, chacun luttant contre ses propres doutes, ses propres réticences.
Elijah se détacha des grands yeux bruns et contempla le visage de la jeune femme. Son regard se posa sur ses lèvres douces et entrouvertes d’où s’échappait un souffle saccadé. En le voyant s’approcher davantage, Noura aurait voulu s’enfuir mais sa volonté venait de lâchement l’abandonner. Elle le laissa poser une main délicate sur sa joue. Encouragé par cette approbation silencieuse, il approcha son visage, mêlant son souffle au sien.
Il allait abolir définitivement la distance qui les séparait lorsqu’il s’écarta brusquement, les sourcils froncés, les sens aux aguets. Noura l’interrogea du regard.
– Klaus est ici…, murmura-t-il.
Prise d’une soudaine panique, Noura repoussa brutalement le vampire :
– Vous saviez qu’il allait venir ici ! s’énerva-t-elle.
– Bien sûr que non, sa sorcière a dû nous localiser ! Reste ici pour le moment. Et par pitié, tâche de tenir ta langue pour une fois, chuchota-t-il.
Elijah laissa la jeune femme en prise à la confusion la plus totale. Noura concentra son attention sur l’abreuvoir sur lequel elle s’était appuyée et dont elle avait agrippé les rebords pour tenter de reprendre son souffle et de maîtriser les tremblements qui agitaient tous ses membres. Soudain, l’eau saumâtre et mal odorante qu’il contenait se mit à frémir. Noura recula vivement en tentant d’éviter le cheval qui manifestait sans raison apparente des signes de nervosité. Quand l’eau s’embrasa brusquement, l’animal se cabra faisant perdre l’équilibre à la jeune femme qui tomba brutalement au sol risquant ainsi d’être piétinée à tout moment par les sabots qui frappaient nerveusement le sol à quelques centimètres d’elle. Répondant à la frayeur qui envahissait la jeune femme, les flammes qui s’échappaient de l’abreuvoir s’animèrent de plus belle. L’animal émit un hennissement de panique avant de se cabrer à nouveau. Noura voyait déjà les sabots s’abattre sur elle lorsqu’elle se sentit soudain soulevée et transportée à l’extérieur du box.
– Je ne peux pas te laisser cinq minutes sans que tu ne fasses des âneries ! Que s’est-il passé ? demanda Elijah en la reposant à terre.
– Je ….ne sais…pas, bredouilla-t-elle en jetant un œil à l’abreuvoir duquel les flammes avaient disparu aussi inexplicablement qu’elles y étaient apparues.
– Ce n’est pas le moment de mourir aussi bêtement, j’ai encore, malheureusement, besoin de vous ma chère Noura, dit une voix familière derrière elle.
Noura se retourna aussi vite que ses jambes flageolantes lui permettaient pour faire face au regard froid de Klaus.

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Merci Julie! :D . Je suis contente de voir que ce couple te plait finalement.