Propriété de Goran, Sofia, Bugarie.
– Viktor … ? murmura Anya d’une voix mal assurée.
Anya dévisagea tour à tour les deux hommes sans comprendre. En voyant le trouble se peindre sur le visage de la jeune femme, un rictus suffisant apparut sur les lèvres de Viktor.
– Prenez un siège. Nous allons vous expliquer, même si votre présence ici me laisse penser que vous êtes déjà au courant, répondit Goran en l’invitant à s’asseoir sur le large fauteuil placé près de celui du vampire.
Anya déclina l’invitation à s’asseoir d’un mouvement de tête.
– Que fait-il ici ? demanda-t-elle d’une voix sourde.
– Viktor est ici pour nous aider. Vous savez certainement que le grimoire a été volé et que Klaus veut lever la malédiction, vous ne seriez pas venue jusqu’ici sinon. Et malgré toutes nos….comment dire…. divergences, nous avons au moins une volonté commune de ne pas voir cette malédiction être levée. Je suppose qu’il vous a retrouvée pour récupérer la pierre ?
Anya prit un moment de réflexion avant de répondre. Comment pouvait-elle faire confiance à cet homme qui venait de s’allier à l’un de ces pires ennemis. Percevant les doutes qui agitaient la jeune femme, Goran se leva et se dirigea vers la porte:
– Viktor, voulez-vous bien nous laisser ? J’aimerais m’entretenir avec Anya seul à seul.
Le vampire se leva de mauvaise grâce, vexé d’être congédié de cette manière par ces deux misérables humains. Avant de quitter le bureau, il s’arrêta devant la jeune femme et la jaugea un moment :
– Si vous êtes encore là, c’est que Klaus ignore que vous êtes en vie et que c’est Elijah est chargé de retrouver la pierre. Je ne donne pas cher de votre peau quand il apprendra la vérité, lança-t-il avant de quitter la pièce.
Goran referma la porte derrière le vampire et s’installa dans le fauteuil que ce dernier avait occupé et invita à nouveau Anya à prendre place face à lui.
– Je comprends vos réticences, Anya, mais le fait est que nous n’avons qu’un pouvoir limité contre cette famille et qu’ un allié comme Viktor peut nous être utile…
– C’est un monstre dépourvu de toute humanité, l’interrompit Anya.
– …et qu’il vaut mieux avoir de notre côté, poursuivit-il. A moins que vous ne préfériez qu’il ne s’en prenne directement à votre famille pour que votre lignée s’éteigne avant que la clé ne fasse son apparition.
Devant la menace, les mains de la jeune femme se crispèrent sur les accoudoirs du fauteuil.
– Ne vous méprenez pas, Anya, je ne suis pas votre ennemi. Bien au contraire. Nous devons œuvrer ensemble pour empêcher Klaus de mener à bien ces projets.
– Il est sur le point de récupérer la pierre. Elijah est en ce moment même en route pour la retrouver, admit Anya.
– Oui je sais…avec votre sœur dont vous aviez tenté de me cacher l’existence, reprit-il.
Anya baissa les yeux comme une enfant prise en faute. Cet homme l’exaspérait de plus en plus. Il semblait toujours avoir une longueur d’avance sur elle. Il lui rappelait de plus en plus Waleda mais en plus aimable. Ils avaient grossièrement le même âge et la manière même de fixer leur interlocuteur en leur faisant parfaitement comprendre qu’ils détenaient des informations que les autres ne possédaient pas.
– Qu’est-ce que vous attendez de moi ?
– Klaus se terre quelque part et bénéficie sans aucun doute de l’aide de l’un d’entre nous. Cet allié s’est emparé du grimoire et a fait en sorte que nous ne puissions pas les localiser. Nous voulons récupérer la pierre parce que sans cela Viktor s’en prendrait à votre famille pour s’assurer que Klaus ne parvienne pas à ses fins. Mais il nous faut récupérer également et avant tout le grimoire.
– Pourquoi ? demanda la jeune femme perplexe.
– Il y a beaucoup de choses que vous ignorez sur votre famille. Et Waleda aurait dû vous les enseigner au lieu de vous les cacher. Cela aurait évité que l’histoire ne se répète à nouveau. Mais je vous expliquerai tout en temps voulu, pour le moment nous devons trouver où Klaus cache le livre. Mais pour cela, il va falloir l’approcher.
Anya, qui commençait à comprendre où il voulait en venir, se redressa sur son siège et planta son regard dans celui du sorcier.
– Si je comprends bien : vous voulez vous servir de moi pour l’attirer ici.
– Nous serons là, vous ne risquez rien. Et puis, Klaus ne vous fera pas de mal tant qu’il n’aura pas récupéré ce que vous lui avait enlevé…, dit-il en lui lançant un regard plein de sous-entendus.
La jeune femme se releva brusquement. Il savait aussi pour Ivan. Une sourde colère l’envahit : elle avait tout fait pour le garder à l’écart de ce monde et en quelques heures elle voyait son fils menacé de toute part.
– Je vous interdis de vous approcher de lui, menaça-t-elle.
Goran se leva à son tour pour lui faire face :
– Si j’avais voulu nuire à votre famille d’une manière ou d’une autre, ce serait déjà fait. Je vous ai prévenue lors de notre première rencontre : nous gardons un œil sur votre famille. Tant qu’aucun de vous ne représente une menace, nous n’avons aucune raison d’intervenir. Allez-vous nous aider oui ou non ?
Anya prit le temps de la réflexion. Elle n’allait certainement pas se laisser manipuler sans imposer ses conditions :
– Si je me dois me retrouver face à Klaus, rendez-moi mes pouvoirs, imposa-t-elle d’une voix ferme et assurée.
– Je suis navré, Anya, il en est hors de question. Je ne prendrai pas ce risque.
– Mais quel risque ? s’emporta la jeune femme que les non dits du sorcier commençaient à exaspérer.
– Je vous l’ai dit : il y a beaucoup de choses que vous ignorez sur votre famille.
– Alors dites-les moi ! insista-t-elle.
Goran se détourna de la jeune femme pour se diriger vers les hautes fenêtres de son bureau. Dehors le soleil commençait à décliner, projetant ses derniers rayons dans le patio sur lequel donnait la pièce. Il hésita un long moment avant de répondre à la jeune femme. Il n’était pas certain qu’elle soit prête à entendre ce qu’il avait à lui dire. Il inspira profondément avant de se lancer :
– Anya, vous ne vous êtes jamais demandée ce que l’incantation que vous avez utilisée pour ressusciter cette famille faisait dans le grimoire de votre famille.
~*~
A des lieux de là, une silhouette se faufilait le plus discrètement possible dans le vestibule du château des deux frères. Véra s’approcha à pas de loups de la porte du bureau et passa la tête par l’entrebâillement. Depuis le matin, elle s’était éclipsée du château, fuyant la mauvaise humeur manifeste du vampire qu’elle avait entendu hurler après les domestiques dès les premières heures du jour. Elle avait très vite compris qu’il était dans son intérêt de ne pas se trouver sur son chemin lorsque ce dernier était contrarié. En découvrant le cadavre exsangue de l’une des domestiques au beau milieu de la cuisine, elle avait battu en retraite sans demander son reste.
Appuyé sur le chambranle de la fenêtre, Klaus regardait sans vraiment le voir le paysage peu à peu enveloppé par l’obscurité qui s’étendait en contrebas du château. En voyant sa main crispée sur la poignée de la fenêtre et sa mâchoire serrée, Véra se rendit compte qu’elle était manifestement rentrée beaucoup trop tôt. Elle s’apprêtait à s’en aller le plus discrètement possible lorsque la voix profonde du vampire stoppa net son mouvement.
– Où étais-tu ? demanda-t-il froidement sans se retourner.
Véra ferma les yeux de dépit en maudissant les sens surdéveloppés du vampire. Elle poussa doucement la porte et pénétra dans le salon plongé dans la pénombre.
– Je te cherche depuis des heures, reprit-il en se détachant de sa contemplation stérile pour s’approcher d’elle.
– Je suis descendue au village pour échapper à ta mauvaise humeur. Tu me cherchais pour une raison particulière ? répliqua-t-elle sur ses gardes.
– J’ai besoin de toi pour localiser Elijah.
– Elijah ? Mais tu sais très bien où il est.
– Je n’ai aucune nouvelle depuis des jours et je ne supporte plus d’être cloîtré ici, s’impatienta-t-il.
– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Goran et ses acolytes doivent être sur leur garde depuis la disparition du grimoire. Et s’ils savent que tu te trouves à Sofia…
Klaus laissa échapper un rire moqueur qui agaça profondément la sorcière.
– Eh bien que feront-ils ? demanda-t-il d’un air suffisant.
– Je te rappelle que tu es celui que tu es par la faute d’une sorcière. Si j’étais toi, je ne ferai pas preuve d’autant d’arrogance, le mit-elle en garde.
– Localise-le et garde tes conseils ! Je vais le rejoindre…
