Les Damnés: Les Origines du mal – Chapitre 15

L’héritage

Noura, assise près du lit, regardait le corps de sa sœur recroquevillée comme une enfant. Elle se concentrait  sur la respiration régulière et apaisée d’Anya de peur de la voir soudain s’arrêter. Elle avait bien cru l’avoir perdue, elle-aussi, en la découvrant étendue dans la forêt quelques heures plus tôt, le cou ensanglanté. Elle n’aurait jamais dû la laisser, seule, là-bas, mais jamais elle n’aurait pensé qu’Elijah s’en prendrait à elle. Certes, elle ne le connaissait que depuis quelques jours seulement mais il semblait si attaché à Anya, si respectueux de son bien être et si maître de lui-même, contrairement à Niklaus, qu’elle ne comprenait pas ce qui avait poussé le jeune homme à s’attaquer à sa sœur. Un gémissement la tira soudain de ses pensées. Anyanka tourna légèrement la tête, laissant apparaître la marque de morsure sur son cou. Mal à l’aise devant la blessure, Noura remonta les couvertures sur les épaules de sa sœur et sortit silencieusement de la tente.

Dehors, elle regarda le ciel sombre qui recouvrait le village comme une chape de plomb. D’épais nuages noirs, poussés par un fort vent, exécutaient un sombre ballet au dessus de sa tête. Elle fronça les sourcils devant ce lugubre spectacle. La pluie fine qui tombait depuis des heures lui collait désagréablement au visage, elle se remit rapidement en marche pour se mettre à l’abri.

 Des murmures venant de la tente de son père attirèrent son attention. Une foule de villageois s’était amassée tout autour pour veiller le corps et rendre un dernier hommage à leur chef. Elle savait que sa place était là-bas, près de lui,  mais supporter les visages désolés et apitoyés de tous ces gens lui était, à cette heure, insupportable. Elle avait besoin d’agir, de se rendre utile et ne pas rester là à attendre de les voir débarquer dans le village pour tous les massacrer. Elle tourna le dos à la tente paternelle et  se dirigea d’un pas décidé vers celle de Waleda, certaine de trouver sa grand-mère affairée à la conception d’une quelconque protection. Lorsqu’elle pénétra dans l’antre de la vieille femme, elle s’arrêta sur seuil, stupéfaite de la trouver assise devant la cheminée, le regard perdu dans le vague. Des larmes s’écoulaient doucement dans les sillons creusés par les rides de son visage qui avait perdu sa dureté habituelle. Noura, bouleversée de voir celle qu’elle avait toujours connue impassible et autoritaire, soudain si fragile et vulnérable, sentit, elle aussi, son courage vaciller. Elle s’approcha lentement de sa grand-mère, s’agenouilla près d’elle et posa, hésitante, sa tête sur ses genoux. Noura sentit les doigts amaigris se poser sur ses cheveux pour les caresser doucement. Ce geste de tendresse inhabituel eut raison des dernières tentatives de retenue de  la jeune fille qui laissa s’échapper des larmes trop longtemps contenues.

– Comment va Anya ? murmura Waleda d’une voix à peine audible.

– Elle dort toujours. Les herbes que tu lui as données l’ont apaisée, répondit Noura en essuyant ses larmes.

– Bien. Elle a besoin de reprendre des forces.

– Qu’allons-nous faire maintenant grand-mère ? demanda Noura en cherchant à capter le regard de la vieille femme qui fixait toujours les braises mourantes dans la cheminée.

– Nous allons faire ce qu’il faut pour protéger le village. Et tu vas m’aider, répondit Waleda  au bout d’un long moment en regardant les grands yeux bruns étonnés de Noura.

– C’est à Anya de le faire. Moi je ne peux pas, je ne sais pas.

– Il va falloir que tu apprennes. Anya avait raison : je n’aurais jamais dû te laisser à l’écart. Tu devras transmettre toi aussi notre héritage, répondit la vieille femme qui passa une main tremblante dans les cheveux de Noura.

– Anya va bien, elle va bientôt se remettre et elle t’aidera, elle !  Qu’est-ce que tu me caches grand-mère ? exclama Noura en se relevant brusquement effrayée par ce qu’elle comprenait des sous-entendus de sa grand-mère.

– Est-ce que tu as compris ce qui est arrivé à Niklaus dans la forêt après avoir …tué ton père ? commença Waleda d’une voix hésitante et tremblante.

– Non, admit Noura qui ne pouvait s’empêcher de trembler.

– Si ce que tu m’as décrit est exact, cela signifie que Niklaus est également touché par la première malédiction : celle de l’homme-loup.  En tuant ton père, elle s’est déclenchée. Cette malédiction est héréditaire, il vient donc d’une autre lignée que celle de Viktor.

Noura blêmit, comprenant soudain :

– Oh mon Dieu ! Anya…son bébé… Il sera comme son père? articula-t-elle avec difficulté.

– Il sera bien pire…

– Comment ça ? Pourquoi ? interrogea vivement Noura.

– Parce qu’il héritera aussi de nos dons et de nos pouvoirs. Et bientôt Niklaus et sa famille comprendront qu’ils ont le pouvoir de transformer, eux-aussi,  d’autres humains à leur image. Rien ne pourra les empêcher de transformer un jour ou l’autre cet enfant.

– Ils peuvent transformer des humains en vampires ? bredouilla Noura interloquée.

– Oui. Plus tard ils le sauront, mieux ce sera.

– Elle ne doit pas avoir cet enfant. N’est-ce pas grand-mère ? reprit Noura au bord des larmes.

– Un tel être ne doit pas exister, Noura, il serait incontrôlable et l’équilibre des forces serait définitivement rompu.

Noura se détourna de la vielle femme pour cacher son trouble et les larmes qui s’écoulaient malgré elle sur son visage atterré.

– Elijah… C’est elle qui lui a demandé de la mordre… Elle sait tout…

– Bien sûr qu’elle le sait, répondit simplement Waleda en se levant.

– Il doit forcément y avoir un moyen…une potion quelconque pour qu’elle n’ait pas cet enfant, exclama Noura en désignant d’un geste désespéré les étagères alourdies de bocaux d’herbes.

– Elle est trop faible, ça la tuerait aussi. Et puis quelles que en soient les conséquences, c’est son enfant. Je ne peux pas lui imposer cette solution. Mais pour le moment, nous avons du travail. Nous devons les empêcher s’attaquer aux habitants de notre village et nous devons trouver un moyen de brider les pouvoirs des vampires qu’ils vont tôt ou tard créer, reprit Waleda dont le visage et la voix avaient repris leur assurance et leur autorité habituelles. Et toi Noura, tu vas devoir m’écouter et apprendre.

Mea culpa: Je viens de me rendre compte qu’il manquait un passage entre le chapitre 13 et 14.  Je l’ai rajouté. Désolée :/


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3 réflexions au sujet de « Les Damnés: Les Origines du mal – Chapitre 15 »

  1. Je me disais bien qu’il y avait un petit manque entre le 13 et le 14!!! Enfin toujours aussi bien, j’ai hâte de voir l’évolution du personnage de Nourra. Vivement mardi :D

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