Les Damnés: Les origines du mal – Chapitre 11

 

Le lien du sang

 

Le lendemain, Noura quitta le village aux premières lueurs de l’aube sous les yeux inquiets d’Anyanka. La jeune fille se retourna une dernière fois avant de pénétrer dans la forêt pour un faire un dernier geste à sa sœur aînée pour l’inviter à rentrer. Elle tâchait de faire taire cette angoisse grandissante qui l’avait tenue éveillée une bonne partie de la nuit. Elle avait toujours été plus prompte que sa sœur pour déroger aux règles mais là tout était différent. La veille, l’aveu d’Anya l’avait plongée dans le plus grand désarroi. Quand bien même, elles parvenaient à sauver cette famille, qu’adviendrait-il de sa sœur aînée lorsqu’elle ne pourrait plus cacher cette grossesse ? Elle serait définitivement déshonorée et malgré la tolérance dont son père était capable, il y avait peu de chances qu’il lui pardonne un jour. Peut-être s’en prendrait-il également à cet homme, ce qui, tout compte fait, estima Noura, était une très bonne chose. Elle ne le connaissait pas encore mais nourrissait déjà à son égard une haine  vivace.

NataliePortman

Un brouillard épais plongeait encore la forêt dans une semi obscurité persistante, qui la ralentissait considérablement. Tout semblait encore endormi autour d’elle. Ce silence était oppressant.  Noura accéléra le pas en tâchant de ne pas trébucher sur les racines des arbres dissimulées par la brume qui l’entourait. Lorsqu’elle arriva à la clairière, elle distingua à peine la silhouette qui s’avançait vers elle.

— Qui êtes-vous ? Où est Anya ? demanda brusquement l’homme sans autre forme de préambule.

— Bonjour à vous aussi ! répliqua Noura agacée par le ton autoritaire de ce jeune homme blond qui la jaugeait sans retenue.

Sortant de l’ombre, un autre  homme s’avança vers eux, un discret sourire aux lèvres. Elle reconnut aussitôt celui qu’elle avait surpris sortant de la hutte d’Anya.

— Veuillez excuser mon frère, mademoiselle. Il a une conception bien particulière des bonnes manières, intervint Elijah.

Noura dévisagea un moment les deux frères. Alors même qu’elle ne les connaissait pas, leur différence de caractère sautait aux yeux autant que celle de leurs physiques. Ils étaient de même corpulence et de taille égale, grands tous les deux avec une certaine noblesse dans leur maintien. En dehors de cela tout les opposait. La brume qui les entourait atténuait les expressions de leurs visages. Pourtant, elle put remarquer le regard et le sourire chaleureux qui adoucissaient les traits sévères d’Elijah. Ce dernier lui aspira aussitôt confiance. Elle ne pouvait pas en dire autant de son frère. Son visage plus fin et sa bouche charnue ne parvenaient pas à adoucir l’expression dure et froide qu’elle percevait dans son regard clair. Il l’avait mise mal à l’aise à peine avait-il ouvert la bouche. Mais cela, il était hors de question qu’il s’en rende compte.

— Je m’appelle Noura, Anya est ma sœur. Vous, vous  devez être Elijah et, vous, surement Niklaus, dit-elle en dévisageant le jeune homme sans prendre la peine de dissimuler l’antipathie qu’elle avait immédiatement ressentie pour lui.

— Où est Anya ? reprit Niklaus sur le même ton.

— Je ne m’attendais pas à vous voir ici. Je pensais qu’Anya n’avait rendez-vous qu’avec Elijah, lança-t-elle avec un sourire provocateur.

Niklaus lui lança un regard noir avant de considérer plus attentivement  la jeune fille. Elle était à peine plus jeune qu’Anyanka et lui ressemblait beaucoup : les mêmes grands yeux et cheveux bruns, la même peau lisse et mate. Mais on lisait dans son regard  une insolence et une effronterie que l’on ne voyait pas chez sa sœur. Elle regardait ses interlocuteurs droit dans les yeux sans aucune pudeur, comme si elle les provoquait ou tentait de percer leurs pensées. Niklaus la détesta d’emblée.

— Anya a notre grand-mère sur le dos. Elle continue à travailler sur l’incantation mais il lui manque un ingrédient pour la potion, reprit-elle.

— Lequel ? demanda Niklaus toujours avare de paroles aimables.

— Elle doit, entre autre, mélanger votre sang à la préparation pour que toute votre famille soit protégée. Vous êtes tous liés par le sang, celui d’un seul d’entre vous suffira, expliqua-t-elle.

— Prenez le mien, proposa Niklaus en s’approchant.

La jeune fille le regarda avec un air de défi :

— Comme c’est noble de votre part, Monseigneur ! Mais j’estime que vous avez déjà suffisamment donné  de votre personne, ironisa-t-elle.

Elijah se mordit la lèvre pour réprimer un sourire de voir cette toute jeune fille tenir tête à son effronté de frère.

— Elijah, si vous voulez bien… Vous devez utiliser cette dague  faite d’un alliage pur,  expliqua Noura en écartant sans cérémonie Niklaus pour la présenter avec un grand sourire à son frère.

Elijah saisit la dague d’argent et s’entailla la main. Son sang  s’écoula le long de la lame et fut recueillie dans la fiole que lui tendait Noura, soudain très mal à l’aise par ce qu’elle voyait. Sa sœur se rendait-elle compte de ce qu’elle faisait ? Savait-elle seulement ce qu’elle faisait ?  Et si Waleda découvrait tout…

— Soyez-là demain soir avant le coucher du soleil, je vous apporterai la potion, bredouilla-t-elle précipitamment, pressée de repartir au plus vite.

— Merci pour tout ce que vous faites pour nous Noura, dit simplement Elijah.

—  Ne me remerciez pas. Je ne fais pas cela pour vous mais pour Anya. S’il lui arrive quoi que ce soit à cause de votre famille, vous regretterez de ne pas être définitivement morts demain, menaça-t-elle.

— J’en suis déjà mort de peur, lança Niklaus avec désinvolture en levant les mains devant lui dans un geste de pseudo défense.

Un nombre incalculable de répliques acerbes se bousculèrent  alors dans la tête de Noura. Elle pinça les lèvres pour ne pas envoyer paître ce sale type qui avait compromis l’honneur de sa sœur et se permettait une telle désinvolture alors que les évènements ne s’y prêtaient pas. Mais elle n’eut pas à réprimer très longtemps cette envie grandissante de lui dire ses quatre vérités en face. Niklaus lui  avait  tourné le dos et s’éloignait déjà. Alors qu’elle regardait la svelte silhouette à la démarche arrogante disparaître dans la brume, une question vint la tarauder :

— Comment ma sœur a-t-elle pu se laisser séduire par ce….

Elle s’interrompit brusquement réalisant soudain qu’elle parlait à voix haute devant Elijah.

— Malgré toute l’affection que je peux avoir pour lui: je me le demande aussi…, répliqua-t-il songeur en suivant son regard.

Les deux jeunes gens échangèrent un sourire complice avant de prendre chacun une direction opposée. Mais alors qu’il allait s’enfoncer à son tour dans les sous-bois, Elijah se retourna soudain et interpella Noura :

— Est-ce qu’elle va bien ?

Elle se retourna et inspira profondément avant de répondre :

— Non , Elijah, elle ne va pas bien…

Petite précision:  Ce chapitre est plus court que les autres mais il est aussi le dernier avant la transformation de la famille.  Et puis, mine de rien, il met en place certains liens entre les personnages qui seront importants dans le tome 2.

N’hésitez pas à me faire part de vos remarques ;).

2 réflexions au sujet de « Les Damnés: Les origines du mal – Chapitre 11 »

    1. Merci Julie! Le personnage de Noura prendra de plus en plus d’importance au fil des tomes. C’est une casse pied de première qui n’a pas la langue dans sa poche et quelque peu gaffeuse . Elle fait généralement l’unanimité :p

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