Les mille talents d’Euridice Gusmão de Martha Batalha

 

:star: Les mille talents d’Euridice Gusmão de Martha Batalha

Broché: 256 pages
Editeur : Denoël
Date de parution : 12 janvier 2017
Collection : GRAND PUBLIC
Langue : Français
ISBN-10: 2207134202
ISBN-13: 978-2207134207
Prix éditeur : 19€90
Disponible sur liseuse : oui

Son résumé:

L’histoire d’Euridice Gusmao, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à qui on explique qu’elles ne doivent pas trop penser. Et qui choisissent de faire autrement. « Responsable de l’augmentation de 100 % du noyau familial en moins de deux ans, Euridice décida de se désinvestir de l’aspect physique de ses devoirs matrimoniaux. Comme il était impossible de faire entendre raison à Antenor, elle se fit comprendre par les kilos qu’elle accumula. C’est vrai, les kilos parlent, les kilos crient, et exigent – Ne me touche plus jamais. Euridice faisait durer le café du matin jusqu’au petit déjeuner de dix heures, le déjeuner jusqu’au goûter de quatre heures, et le dîner jusqu’au souper de neuf heures. Euridice gagna trois mentons. Constatant qu’elle avait atteint la ligne, cette ligne à partir de laquelle son mari ne s’approcherait plus d’elle, elle adopta à nouveau un rythme alimentaire sain ».

Mon avis:

Forcément avec un résumé pareil, je ne pouvais qu’être tentée par cette histoire à la fois « banale » et exceptionnelle de par l’écriture de l’auteur. Cela faisait très longtemps que je ne m’étais pas fait surprendre par un auteur et avec Les Mille talents d’Euridice Gusmão, j’ai été conquise.

Les années 50 -60. Euridice est une femme au foyer brésilienne désespérée par une vie étriquée pour laquelle elle a été conditionnée dès son adolescence. Parce que chez les Gusmão, on ne plaisante pas avec les rôles ou tout du moins, Antenor, son mari compte bien ne pas perdre ses prérogatives d’homme de la famille. Pour lui, une bonne épouse est tout d’abord une bonne mère qui doit tenir son intérieur. Or, Euridice, derrière une apparence qui ne paie pas de mine, est une femme exceptionnelle qui réussit tout ce qu’elle entreprend: cuisine, couture, écriture… Et c’est tout le drame.

J’ai été littéralement emballée tant par ce personnage complexe que par la manière dont le sujet de la place de la femme dans la société brésilienne a été traité. Aucun sentimentalisme ou dénonciation virulente, mais une écriture pleine d’ironie, d’humour qui permet de ne pas tomber dans le pathos mielleux tout en offrant une vision très sarcastique de la société. L’auteur dépeint ainsi le poids de l’image parentale dans le développement des filles. Une fille bien est une fille qui ne fait pas de vagues, bonne épouse et bonne mère qui ne pose pas trop de questions. Les hommes en prennent pour leur grade, mais tout en subtilité. Le roman dénonce l’esprit étriqué des uns, la lâcheté des autres ou les profiteurs de misère.

Parallèlement aux multiples projets d’Euridice, le roman met également en avant des personnages secondaires qui viennent compléter ce tableau pas très reluisant de la condition de la femme. Nous découvrons Guida, sœur ainée d’Euridice, Zelia, la commère et d’autres aussi qui montrent les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes lorsqu’elles se retrouvent seules avec des enfants et sans emploi, l’importance de la famille, une vision sombre du mariage… C’est peut-être le seul point qui m’a gênée dans ce roman. On s’écarte parfois trop du personnage principal pour s’intéresser à des personnages secondaires dont l’auteur tente d’expliquer le comportement en fonction de leur histoire personnelle.

Mise à part cette petite réserve, j’ai adoré ce roman et le style incisif de l’auteur. Les personnages sont haut en couleur et tout repose sur eux, car en guise d’intrigue, on a la vie, tout simplement, le quotidien de ces femmes qui osent tenter, qui échouent ou que l’on fait échouer parce que bouger les frontières bien délimitées est toujours un combat, mais qui ne se laissent pas abattre. Derrière une apparente fragilité, le roman dépeint des femmes fortes et pleine d’espoir, mais nées trop tôt. Une leçon de vie à lire absolument.

 » Dans l’impossibilité d’être le Saint-Esprit, Zélia s’était contentée d’un poste plus modeste, s’autoproclamant prophète. Ses observations empiriques débouchaient sur des prédictions précises, qui avaient pour dénominateur commun d’être sinistres, Zélia parvenant à être plus terrifiante que Dieu dans l’Ancien Testament. Celle-ci finira par mener son mari tout droit à la ruine, déclara-t-elle, le menton bien haut. »

 

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3 Commentaires

  1. Je pense que tu aimerais beaucoup Les lettres de Rose de Clarisse Sabard (dont je suis en train de rédiger la chronique en ce moment même d’ailleurs). Des femmes qui comptent bien ne pas rester à la place qu’on veut bien leur octroyer ^^

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