Noah se leva avec d’infinies précautions pour ne pas réveiller la jeune femme endormie à ses côtés. Il se rhabilla à la hâte et sortit discrètement de la maison. A peine en avait-il franchi le seuil qu’il se sentit happer et coller contre le mur humide d’un porche quelques mètres plus loin.
– J’ose espérer que vous ne me faites pas poireauter depuis des heures pour rien et que ce petit jeu auquel vous jouez avec cette sorcière à un but bien précis ! souffla Viktor en serrant la gorge du sorcier.
Noah soutint le regard froid de l’originel dont le visage menaçant se trouvait à quelques centimètres du sien.
– Lâchez-moi ! articula-t-il difficilement en saisissant la main qui l’étranglait pour la faire lâcher prise.
Viktor desserra son étreinte et considéra le sorcier d’un œil mauvais.
– Il m’est venu aux oreilles que Klaus et Elijah étaient ici. Et vous ne savez toujours pas où Noura a caché le grimoire des Petrova. Rappelez-moi pourquoi je n’arrache pas dès maintenant votre misérable tête ? Vous m’avez fait perdre suffisamment de temps comme ça!
– Parce que vous savez pertinemment que sans moi vous ne pourrez pas accéder au grimoire et que sans lui vous n’avez aucun moyen de vous débarrasser définitivement de Klaus, répliqua le sorcier en massant sa gorge endolorie.
– Nous aurions dû suivre mon plan. J’aurais pu la contraindre. Elle nous aurait menés à lui dès le début, Klaus serait mort et nous en aurions fini avec cette histoire. En supposant bien sûr que cette fameuse formule supposée nous tuer existe. Et j’espère pour vous que c’est le cas…
– Elle existe, je vous le certifie. Quant à votre plan : vous avez, vous et vos fils, essayez d’user de la force contre elle à plusieurs reprises déjà, pour le résultat que nous connaissons. Elle n’est pas Anya : les pouvoirs des Petrova ne l’affaibliront pas si elle s’en sert. L’arrivée de Klaus et Elijah va modifier quelques détails mais tenons-en au plan. Si elle sent sa famille en danger, elle mettra tout en œuvre pour les sauver, quitte à risquer d’avoir le Conseil à nouveau sur le dos. Et grâce à mes précieux conseils, elle sait maintenant que le livre est peut-être la solution à ses problèmes. Dès qu’elle m’aura conduit à lui, nous n’aurons plus besoin d’elle : je me chargerai du reste. Elle est sur le point de céder. Faites-moi confiance.
– C’est ce que j’ai cru voir, reprit ironiquement Viktor avec un sourire narquois. Vous n’êtes pas sans savoir que mon fils et elle étaient, comment dire… assez proches. Vous jouez avec le feu Noah et je me demande si c’est vraiment le moment.
Noah lâcha un ricanement dédaigneux.
– Je le sais bien. Il tentera surement de la dissuader d’utiliser le grimoire pour ne pas que le Conseil la repère. Maintenant, elle sera moins prompte à suivre son avis, fanfaronna-t-il.
– Vous ne laissez rien au hasard à ce que je vois. Et maintenant que faisons-nous ?
– Ils savent tous que vous êtes ici. Il est grand temps que vous fassiez votre entrée en scène. Noura doit être persuadée que le grimoire est sa seule issue. Et pour cela, il faut que le danger qui pèse sur sa famille devienne enfin concret. Si l’un des siens se retrouve menacé, elle cédera et nous conduira au livre.
Noah s’interrompit et réfléchit un instant avant de reprendre.
– Ivan est sans doute la cible la plus facile à atteindre. Je l’ai tiré à plusieurs reprises de mauvais pas- que j’avais certes provoqués- mais ce qui me valent maintenant sa totale confiance. Je n’aurai aucun mal à le persuader de fausser compagnie à ses deux pères. Quand il sera seul et sans défense, vous n’aurez plus qu’à intervenir. Et moi, je tâcherai pour une fois de jouer le héros qui sauvera le jeune inconscient des crocs du méchant vampire.
Viktor plissa les yeux et considéra le sorcier avec perplexité. Décidément depuis leur rencontre, il ne cessait d’être étonné par le manque de scrupule de cet humain. Et malgré ses tentatives pour en savoir plus, ses motivations lui échappaient encore. Il connaissait les liens qui unissaient sa famille au Conseil depuis des décennies. Pourtant le jeune homme bafouait allègrement toutes les règles qui régissaient cet ordre ancien. Lorsqu’il avait compris que son père n’était autre que le sorcier qui avait pris la place de Goran à la tête du Conseil, il pensait avoir saisi ce qui le poussait à vouloir détruire les Petrova. Noura avait tué son père. Pour Viktor, il ne pouvait s’agir que d’une vengeance.
Pourtant au fil des semaines, une évidence s’était imposée à lui : venger un père aurait été une motivation beaucoup trop noble pour cet homme égoïste et manipulateur. Autre chose le poussait à agir. Mais quoi ? Cela il l’ignorait. Et cette incertitude dérangeait de plus en plus Viktor. Mais pour le moment, cela lui faisait mal de l’admettre, il avait besoin de lui car il était hors de question de réitérer les fiascos précédents et de se retrouver à nouveau avec une dague dans le cœur.
Lorsque Noah lui avait parlé pour la première fois de cette formule capable de détruire les originaux, il avait cru à une mauvaise plaisanterie. Mais quand il lui mit entre les mains le journal de son père, il s’était mis à douter. Le sorcier y avait consigné sur des pages entières ses découvertes et des hypothèses sur cette formule dissimulée aux yeux des profanes entre les pages du grimoire. Il courrait un risque à mettre au jour cette arme qui pourrait l’exterminer lui aussi mais peu importait. Le désir de se débarrasser à jamais de Klaus, de cette tâche qui salissait son honneur et sa fierté, était plus fort que tout.
– Tachez de mettre cela au point le plus rapidement possible. Nous avons suffisamment perdu de temps, décréta le vampire avant de disparaître dans la nuit.
~*~
Quand Noura pénétra dans la cour de la propriété, le soleil n’était pas encore levé et elle espérait de tout cœur que tous les habitants étaient encore assoupis pour ne pas avoir à justifier son absence prolongée et, elle devait bien l’admettre, complètement déplacée compte tenu des circonstances. Dans le doute, elle décida d’éviter l’entrée principale et contourna le bâtiment pour pénétrer par la cuisine. Elle espérait ainsi faire une entrée la plus discrète possible. Mais malheureusement pour elle, elle était dans une période manifeste de déveine. Lorsqu’elle ouvrit la porte avec d’infinies précautions, elle resta pétrifiée sur le seuil face aux cinq paires d’yeux braquées sur elle. Réunis autour de la table, sa famille essayait de se composer une attitude la plus détachée possible face à la présence envahissante de Klaus. Assis en maître en bout de table, le vampire, en la voyant penaude et embarrassée, ne loupa pas l’occasion de l’enfoncer davantage.
– Vilaine fille ! C’est à cette heure-ci que tu rentres ? la réprimanda-t-il avec un sourire facétieux en s’adossant à son siège et en s’accoudant au dossier.
Noura inspira profondément pour conserver son calme et se dirigea vers la porte de la cuisine en tâchant d’ignorer le regard fuyant d’Elijah resté à l’écart. Appuyé sur le montant de la cheminée, il lui adressa un rapide coup d’œil avant de baisser le nez dans sa tasse visiblement aussi mal à l’aise qu’elle. Mais Klaus était manifestement d’humeur joueuse et n’était pas disposé à laisser s’échapper sa victime préférée aussi facilement malgré les mises en garde de la veille.
– Tu as l’air fatigué. Tu ne devrais pas te…
Il n’eut pas l’occasion d’achever sa remarque. La fin de sa phrase fut noyée par le pichet de lait que Maïa reversa par fausse inadvertance et dont le contenu se répandit sur le pantalon du vampire. Klaus bondit de sa chaise et gratifia la jeune femme d’un regard assassin. Profitant de la diversion habile de sa nièce, Noura disparut dans le couloir en jetant par-dessus son épaule un regard amusé au vampire qui épongeait rageusement ses vêtements détrempés. Furieux, Klaus s’approcha dangereusement de Maïa les lèvres pincées et lui pointa sous le nez un index menaçant. Mais avant qu’il n’ait ouvert la bouche, la jeune femme écarta les bras pour exposer son ventre rebondi :
– Vous n’allez pas frapper une femme enceinte tout de même! répliqua-t-elle avec un air angélique si exagéré que Milan et Elijah peinèrent à garder leur sérieux.
Sérieux qu’Ivan ne prit pas la peine de garder, lui. Devant l’impuissance de son tortionnaire de la veille, mis une fois de plus en échec par sa sœur, le jeune homme éclata d’un rire franc. Mais lorsqu’il croisa le regard furibond de Klaus, il ravala son hilarité derrière un raclement de gorge.
– Méfie-toi, toi ! Je ne peux rien lui faire, à elle, mais en ce qui te concerne, je peux encore mettre mes menaces d’hier à exécution, menaça-t-il avant de sortir furieux.
Maïa adressa à la porte que venait de franchir le vampire un sourire satisfait. Elle ignora sciemment le regard faussement désapprobateur de son père et porta son attention sur Elijah. Le vampire se redressa, soudain inquiet en comprenant que la jeune femme venait de changer de cible et que la dite cible n’était autre que sa personne.
– Qu’est-ce que vous attendez ?
Elijah fronça les sourcils et lui lança un regard interrogateur.
– Qu’est ce que vous attendez pour aller vous excuser ? précisa-t-elle en regardant vers la porte que Noura avait empruntée quelques minutes plutôt.
Le vampire se renfrogna :
– Surement pas !
– Elle ne serait pas partie rejoindre ce type si vous ne vous étiez pas conduit comme un crétin! Alors mettez votre fierté de côté si vous ne voulez pas que ça se reproduise et bougez-vous, insista la jeune femme en saisissant la tasse que le vampire s’apprêtait à porter à ses lèvres et en faisant un geste autoritaire vers la porte. N’oubliez-pas ce que je vous ai dit hier soir.
Elijah considéra un instant le visage décidé de la jeune femme. Maïa ressemblait davantage à son père qu’Anya. Ses yeux clairs offraient un contraste saisissant avec cette masse de cheveux sombres qui encadrait un visage plus anguleux que celui des Petrova. Pourtant cette expression butée, qui lui faisait plisser les yeux et pincer ses lèvres charnues, lui rappela terriblement à cet instant sa mère lorsqu’elle s’entêtait. Cette pensée lui arracha un sourire las emprunt de tristesse. La veille au soir déjà, il n’avait pu s’empêcher de repenser à ce que la vie de cette jeune femme aurait pu être si les choses n’avaient tourné de manière si tragique.
Ils avaient passé une partie de la nuit à parler alors que tous s’étaient retirés. Il l’avait écoutée raconter les détails de l’existence qu’ils avaient menée jusque là, faite de fuites incessantes, traversée par la peur toujours omniprésente d’être retrouvés. Elle avait évoqué du bout des lèvres l’angoisse qui l’étreignait à l’idée que son enfant puisse être en danger, que son époux puisse ne pas revenir de la guerre.
La nuit était déjà passablement avancée lorsqu’elle avait interrompu son récit. Elle avait hésité un instant et avait fini par poser les questions qui lui brûlaient les lèvres depuis le début de la soirée. La curiosité de la jeune femme était insatiable. Elle voulait tout savoir des événements qui avaient conduit sa mère à venir en aide à sa famille. Elle voulait connaître les circonstances qui avaient conduit à sa mort. Elle avait la version de Noura, elle voulait connaître la sienne et l’avait abreuvé de questions une bonne partie de la nuit. Elijah s’était prêté au jeu en omettant sciemment d’évoquer certains détails pouvant la blesser.
Tout au long de son récit, il avait également espéré le retour de Noura. Maïa l’avait rapidement compris. Elle surprit à plusieurs reprises ses coups d’œil impatients vers la porte, ses sursauts lorsqu’il pensait entendre un bruit. L’attitude du vampire confirmait les doutes qu’elle nourrissait depuis des années sur ses liens avec sa tante. Avec d’infinies précautions oratoires pour ne pas braquer le vampire, elle avait fini par aborder le sujet. Elle avait habilement manœuvré commençant par exposer ses inquiétudes au sujet de ce sorcier qui avait fait irruption dans la vie de Noura. Quand elle lui avait fait part de ce malaise inexplicable qu’elle ressentait à chaque fois qu’elle se trouvait dans la même pièce que lui, Elijah s’était soudain levé et ne prit pas la peine de masquer son agacement et son inquiétude. Maïa n’avait pas insisté davantage. Elle s’était levée à son tour et l’avait laissé seul à ruminer jusqu’au petit matin.
Quelques heures plus tard, elle l’avait retrouvé à la même place, les traits tirés et le regard perdu dans le vide complètement absorbé dans ses pensées ou ses souvenirs. Malgré l’accablement du vampire, Maïa n’avait pu s’empêcher d’éprouver un réel contentement. Elle savait pertinemment que Noura ne pourrait pas rester à leurs côtés encore très longtemps. La perspective de la voir condamnée à la solitude après avoir jouer un rôle de mère auprès d’eux l’avait toujours révoltée. Elle en était maintenant certaine : ce vampire allait pouvoir changer tout cela. A condition bien sûr qu’il se décide à bouger :
– Allez ! Ne restez pas planté là ! s’impatienta la jeune femme en le poussant vers la sortie.
A la fois dépité et amusé par l’entêtement de la jeune femme, Elijah finit par capituler et disparut dans le couloir.
– Maïa, je ne crois pas que Noura apprécierait si elle savait que tu te mêles de sa vie privée, la réprimanda Milan.
La jeune femme balaya la remarque d’un geste de la main.
– Ceci dit, si personne ne s’en mêle dans 1000 ans on y est encore, admit Ivan avec fatalisme.
Réfugiée dans sa chambre, Noura s’était adossée contre sa porte, les yeux clos. Elle resta ainsi un long moment, le temps que ses envies de meurtre à l’encontre de Klaus ne s’estompent- en admettant qu’elles puissent s’estomper. Tout en faisant l’inventaire de toutes les tortures possibles et imaginables qu’elle aurait souhaitées lui infliger, elle entreprit de verser de l’eau dans une vasque et s’aspergea longuement le visage. Lorsqu’elle releva la tête, elle croisa son reflet dans le miroir et se dévisagea. Ce qu’elle voyait la dépita littéralement : ses cheveux défaits, ses yeux cernés donnaient vraiment une image d’elle peu flatteuse. Elle agrippa le rebord de la table et baissa la tête pour échapper à ce reflet qu’elle peinait à reconnaître. Mais derrière ses yeux clos, ce furent les images de la nuit précédente qui s’imposèrent subitement à elle et finirent de l’achever. Il fallait absolument qu’elle se ressaisisse. Comment avait-elle pu faire une telle stupidité à un moment pareil ? Comme si les choses n’étaient assez compliquées comme ça, il avait fallu qu’elle vienne rajouter un autre problème à la longue liste de ceux qu’elle avait maintenant à gérer.
Et en parlant de problèmes à gérer, des coups discrets à sa porte lui firent comprendre qu’elle allait devoir en affronter un à l’instant même.
Elle inspira profondément, leva les yeux au ciel pour implorer une aide quelconque et invita le vampire à entrer.
– Je ne suis pas vraiment d’humeur à écouter tes reproches, Elijah, prévint-elle de but en blanc en lui faisant face aussi dignement que lui permettait son état d’esprit plus que confus.
« Bon….ça commence bien… » , constata intérieurement le vampire en refermant la porte derrière lui.
– Je suis venu m’excuser….pour hier. J’ai parlé sans réfléchir…. Je ne voulais pas te…blesser, hésita Elijah qui, devant son attitude renfrognée, se demanda soudain s’il n’était pas en train de sacrifier son amour propre pour rien.
En entendant ses excuses confuses et surtout inattendues, la jeune femme se redressa et fronça les sourcils.
– Maïa t’a fait la leçon à ce que je vois, en déduit-elle.
Embarrassé, l’originel pinça les lèvres et opina simplement du chef en guise de réponse avec un air si dépité et contrit d’enfant que l’on a réprimandé qu’elle ne put s’empêcher de sourire.
– Bien fait ! lâcha-t-elle obstinée.
Elle connaissait suffisamment l’entêtement du vampire et de sa nièce pour comprendre que cette dernière avait dû sévèrement batailler pour parvenir à le faire s’excuser. Décidément, elle adorait sa nièce. Mais elle n’allait pas le laisser s’en tirer à si bon compte. Il était hors de question qu’elle lui pardonne aussi facilement même si Elijah, beau joueur, laissa apparaître un sourire en coin pour signifier sa défaite face à Maïa.
Après un bref instant d’hésitation le vampire reprit sur un ton grave :
– Je suis désolé pour Goran et pour tout ce qui s’est passé après mon départ.
La gorge de Noura se serra à l’évocation de son grand-père. La perte de ce dernier était encore, après toutes ces années, un souvenir douloureux. Un sentiment de culpabilité dont elle n’arriverait probablement jamais à se départir, l’assaillait à chaque fois qu’elle se remémorait cette nuit là. Il était mort en lui venant en aide. Parce qu’elle n’avait pas su mettre en application ses enseignements et maîtriser ses pouvoirs, elle avait conduit son meurtrier jusqu’à eux.
La jeune femme baissa la tête et ferma les yeux pour réprimer les larmes qui lui brouillaient la vue. Devant son désarroi soudain, Elijah esquissa un mouvement dans sa direction. Mais très vite la jeune femme s’était ressaisie et le regard distant et froid qu’elle lui lança l’arrêta net dans son élan. Elle n’avait manifestement pas l’intention de faire le moindre effort ni de lui faciliter la tâche. Agacé par son manque de bonne volonté, l’originel expira bruyamment et fit un effort surhumain- ce qui devrait être facile pour un vampire mais qui ne l’était pas vraiment à ce moment là- pour ne pas quitter la chambre sur le champ. Se laissant une dernière chance, il tâcha de se remémorer les conseils avisés de Maïa.
« Qu’avait-elle dit déjà ? Ah oui : patience et finesse….patience et finesse…patience et finesse…», se répéta Elijah. « Tu parles… »
Soudain une lueur malicieuse, qui échappa à Noura trop occupée à paraître indifférente, apparut dans le regard de l’originel. Une autre stratégie s’imposait.
– Est-ce que tu as eu l’occasion de demander à…
« Cet immonde salopard qui a osé poser ses sales pattes sur toi.. » pensa –t-il en son for intérieur.
-…ton ami de nous aider ? demanda-t-il finalement le plus posément possible.
Interloquée, Noura se figea et bredouilla un oui pathétique avant de baisser le nez au sol pour dissimuler tant bien que mal le rouge qui lui était monté aux joues.
– Bien. Il nous sera sûrement utile…. autant qu’une invasion de cafards d’après ce que j’ai compris….. Mince… j’ai bien peur d’avoir parlé à voir haute ce coup-ci, exclama-t-il en feignant un air consterné et désolé.
La jeune femme releva brusquement la tête et le fusilla du regard :
– Je peux savoir de quoi d’autre Maïa et toi avaient parlé derrière mon dos ? demanda-t-elle en se disant que finalement elle n’adorait pas tant que ça sa fouineuse de nièce.
– Oh trois fois rien…. Elle m’a juste dit que tu avais tendance à oublier d’utiliser ta cervelle en sa présence, lâcha Elijah avec un sourire narquois qui fit, comme il l’avait prévu, sortir immédiatement Noura de ses gonds.
– Je t’interdis de fourrer ton nez dans ma vie privée ! Tu as perdu ce droit le jour où tu as préféré ton frère à moi…, fulmina-t-elle en venant pointer un index rageur sur la poitrine du vampire.
Elle s’interrompit en voyant les yeux du vampire s’écarquiller devant l’ambigüité de sa phrase.
– Tsss…Tu m’as très bien comprise ! s’emporta-t-elle en faisant des gestes désordonnés des mains.
Elijah ne put réprimer plus longtemps un éclat de rire devant l’état d’énervement et d’embarras de la jeune femme :
– Je préfère nettement te voir comme ça que silencieuse et dépressive, lâcha-t-il.
– Je suis ravie de voir que tout cela t’amuse aut….
Ses derniers mots eurent malheureusement une fin tragique : étouffés par les lèvres d’Elijah qui vinrent contre toute attente se plaquer contre les siennes. Noura fut si abasourdie par ce geste aussi inattendu que saugrenu venant de la part de cet homme d’habitude si réservé, qu’elle en oublia de respirer jusqu’à ce qu’il ne écarte légèrement pour plonger son regard dans le sien.
– Non, ça ne m’amuse pas, murmura-t-il. Mais je n’aime pas reproduire deux fois les mêmes erreurs.
Noura resta un moment interloquée, la bouche ouverte pour laisser passer une phrase quelconque qui avait décidément beaucoup de mal à sortir.
– C’est très…déloyal, ce que tu viens de faire. Ce n’est pas digne de toi, articula-t-elle avec peu de conviction en espérant de tout cœur qu’il ne s’éloigne pas.
Elijah saisit son visage et lui adressa un sourire en coin :
– Tu as raison c’est très déloyale. Je devrais le provoquer en duel, lui arracher la tête et le cœur, peu importe dans quel ordre. Ne t’inquiète pas, c’est prévu, dit-il avant de s’emparer à nouveau de ses lèvres qu’elle lui abandonna sans réserve.
