Un énième éclair déchira le ciel, projetant à l’intérieur de la chambre, plongée dans le noir, une brève mais vive lueur. Maïa se recroquevilla davantage sous les couvertures et plaqua fermement ses mains sur les oreilles pour atténuer le bruit du tonnerre qui allait inévitablement suivre. Quand celui-ci explosa dans le silence de la nuit, elle ne put s’empêcher de trembler. Elle attendit quelques minutes que le grondement cesse complètement de résonner dans l’air avant de rejeter brusquement les couvertures et de bondir de son lit. Elle se précipita vers la porte de sa chambre, qu’elle ouvrit avec d’infinies précautions pour ne pas alerter les sens vampiriques de sa tante, susceptible d’être encore réveillée malgré l’heure tardive, puis elle s’engouffra sur la pointe des pieds dans le couloir sombre. Elle se figea brusquement lorsque le grincement d’une des lattes de parquet résonna dans la maison endormie.
Elle resta un instant immobile, l’oreille aux aguets pour s’assurer qu’aucun mouvement, autres que les siens, ne venait perturber le silence de la maison. Mais soudain, une nouvelle lueur, pénétrant au travers des interstices des volets clos, lui fit accélérer le pas sans qu’elle ne se soucie plus d’être surprise. La jeune fille ouvrit la porte mitoyenne à celle de sa chambre, pénétra à l’intérieur et se précipita vers le lit où gisait une masse endormie en partie camouflée.
– Ivan …, chuchota la jeune fille en secouant son frère.
Le jeune garçon n’émit qu’un vague grognement en guise de réponse et disparut sous les couvertures desquelles n’émergeaient plus que quelques boucles blondes.
– Ivan ! insista plus vigoureusement Maïa. Il y a de l’orage.
– Et c’est pour ça que tu me réveilles au beau milieu de la nuit? grommela-t-il en rejetant les couvertures et en levant vers sa sœur un visage mi-endormi mi-contrarié.
– Tu sais très bien que j’en ai peur. Laisse-moi dormir avec toi, ordonna-t-elle plus qu’elle ne demanda en poussant son frère pour se nicher à ses côtés.
– Bon sang Maïa ! Tu as 13 ans pas 2 ans, rouspéta-t-il en cédant sa place de mauvaise grâce.
Un long silence s’installa entre les deux adolescents.
Définitivement réveillé, Ivan, la tête reposée sur son avant bras, regardait les lueurs des éclairs danser sur le plafond de sa chambre et calculait malicieusement les secondes qui séparaient chaque éclair du bond que sa sœur faisait inévitablement à chaque coup de tonnerre.
Au bout d’une heure, l’orage s’éloigna enfin et ne fut plus qu’un lointain grondement.
– Il faisait de l’orage aussi la nuit où maman est morte. C’est peut-être pour ça que j’en ai peur, lâcha soudain Maïa.
Surpris par cette évocation inattendue, Ivan se raidit. Le jeune garçon était toujours stupéfait de voir avec quelle facilité sa sœur parvenait à mettre son entourage mal à l’aise en l’espace de quelques secondes. L’adolescent se renfrogna et décida d’ignorer la remarque en sachant pertinemment que cette dernière n’avait pas été lâchée au hasard et que la jeune fille avait certainement une idée derrière la tête. Mais les souvenirs de cette nuit avaient trop souvent hanté ses cauchemars d’enfant et il répugnait à se laisser embarquer sur ce terrain par sa fouineuse de sœur.
Maintenant encore, presque dix après, il lui arrivait de se réveiller en pleine nuit, le souffle coupé, le visage baigné de larmes qu’il essuyait d’un geste rageur en se maudissant de se laisser aller comme un enfant de sept ans. Ces nuits là, une angoisse étrangement mêlée à un sentiment de culpabilité l’envahissaient immanquablement. Il avait bien cherché un temps à en connaître la cause mais l’évocation de leur passé le mettait toujours extrêmement mal à l’aise même lorsque Noura ou son père s’attardaient sur une quelconque anecdote plaisante. Certes, sa tante n’avait rien caché de sa véritable nature, n’omettant aucun détail sur les êtres surnaturels qui hantaient leur histoire. Mais elle était toujours restée extrêmement vague sur certains aspects et envoyait allègrement au diable ceux qui s’aventuraient à poser des questions auxquelles elle ne voulait pas répondre. Bien qu’il se refusait à reconnaître une telle lâcheté, il devait bien avouer que le sale caractère de sa tante lui donnait un parfait alibi pour ne pas fouiller de lui-même les secrets de famille de peur de ce qu’il pourrait découvrir. Mais avec les années, le poids des non-dits et des secrets devaient de plus en plus lourds à porter non seulement pour lui mais, il s’en rendait compte ce soir-là, également pour Maïa.
La voix de Maïa le tira soudain de ses rêveries :
– Je ne me souviens pas de grand-chose de cette nuit-là. Je me rappelle de cette auberge dans laquelle nous sommes restés plusieurs jours, de l’orage qui faisait trembler les fenêtres et curieusement j’entends cette berceuse que maman nous chantait. Pourtant, elle n’était déjà plus là…, insista Maïa en espérant délier la langue de son frère qui se murait automatiquement dans le silence à chaque fois que l’on parlait de leur mère.
Ivan garda le silence un long moment. Finalement après cette longue hésitation et pressé par le regard insistant et patient de sa jeune sœur, il se décida enfin à répondre :
– C’était Noura qui te la fredonnait.
La jeune fille se redressa, subitement intéressée par ce chapitre de sa vie que tous les membres de la famille se refusaient à évoquer. Elle s’assit en tailleur face à son frère, qui gardait obstinément les yeux tournés vers le plafond, pour l’inciter à poursuivre.
– Raconte-moi.
Contrarié à cette idée, Ivan pinça les lèvres et expira bruyamment mais s’exécuta malgré tout :
– Tu n’avais pas arrêté de pleurer ce soir là après ce qui s’était passé dans la soirée. Noura avait réussi à te calmer et tu sommeillais dans ses bras. Moi, je m’étais assis à une des tables de l’auberge en face de père. Je contemplais son visage fatigué et crispé par une angoisse que je ne comprenais pas. Après tout, la sorcière était morte et le vampire avait été emmené loin de nous par son frère, je pensais qu’il n’y avait plus aucune raison de s’inquiéter. Je croyais qu’Elijah allait bientôt ramener maman et qu’on repartirait chez nous comme avant.
Ivan s’interrompit et émit un bref ricanement méprisant face à sa naïveté d’enfant. La gorge nouée, il inspira profondément avant de pouvoir reprendre.
– J’ai lutté un moment pour ne pas m’endormir la tête posée sur cette table inconfortable mais le sommeil a eu raison de moi. J’ai été réveillé à l’aube par le bruit d’une chaise renversée. Quand j’ai ouvert les yeux, père était debout devant moi. Il te serrait farouchement dans ses bras, le visage fermé, tourné vers Noura qui se tenait devant la fenêtre, immobile, les yeux rivés sur quelqu’un ou quelque chose au dehors. Elle a essuyé à la dérobée ses larmes quand elle m’a vu approcher pour voir ce qui accaparait son attention. Elle savait déjà. A la minute où elle avait vu s’avancer la silhouette d’Elijah, elle avait compris. J’ai cherché la présence de maman, au travers de cette brume matinale qui recouvrait la campagne. Mais Elijah était seul. Noura a baissé son regard vers moi pour m’adresser un sourire qui se voulait rassurant mais dans lequel je n’ai vu que de l’angoisse. Puis elle est sortie le rejoindre. Elle l’a écouté, sans bouger, pendant un moment qui m’a paru une éternité. Et puis soudain, elle a poussé un cri déchirant, frappant de ses poings fermés la poitrine du vampire qui semblait tout aussi bouleversé qu’elle. Il a encaissé un moment les coups sans réagir avant de se saisir de ses poignets. Sa colère s’est peu à peu apaisée et a laissé place à une détresse que je ne lui avais connue. Elle s’est laissée doucement glisser à genoux sur le sol boueux de la cour. Il a suivi son mouvement et l’a étreinte pour calmer ses pleurs qui résonnaient dans le silence. J’étais tétanisé, incapable de bouger. Les larmes me brouillaient de plus en plus la vue. Une main posée sur son épaule m’a tiré de mon engourdissement. J’ai levé les yeux vers le visage ravagé de douleur de notre père dont les lèvres tremblantes étaient incapables de prononcer la moindre parole…
– Arrête, ça suffit, décréta soudain Maïa bouleversée par le récit de son frère.
– C’est toi qui a voulu savoir, rappela froidement Ivan pour cacher son propre trouble à l’évocation de ces souvenirs.
– J’en sais assez, décréta la jeune fille en se laissant retomber sur son coussin et en lui tourna le dos pour masquer le désarroi qui s’était emparé d’elle.
Pendant les minutes qui suivirent le frère et la sœur se murèrent dans le silence. Les adolescents, perdus dans leurs pensées, regardaient les premières lueurs de l’aube pénétrer à travers les interstices des volets clos.
– Tu sais ce qu’est devenu Elijah après cette nuit-là? demanda soudain Maïa sans se retourner.
– Il est revenu plusieurs jours plus tard, après l’enterrement de maman. On était sur le point de partir définitivement de cette maudite auberge lorsqu’il est arrivé. Noura n’était pas là. Elle était allée à Sofia pour mettre de l’ordre dans notre ancienne maison dans laquelle il était hors de question de retourner.
– Pourquoi est-il revenu ?
– Pour ramener le grimoire de grand-mère. Il l’a remis à Goran qui nous avait rejoints. Il n’est pas resté très longtemps. Il nous a juste dit qu’il allait partir lui aussi.
Maïa se retourna vers son frère avec un sourire malicieux.
– Je te parie qu’il a été la rejoindre.
Ivan lui jeta un regard interrogateur.
– Qu’est-ce que tu racontes ? Rejoindre qui ?
– Mais Noura imbécile ! Après ce que tu m’as raconté, je suis sûre qu’il devait y avoir quelque chose entre eux, s’emballa Maïa en se redressant.
– On parle bien de la même Noura là ? Celle qui montre les crocs dès qu’un homme s’approche de trop près ? se moqua Ivan.
– Eh bien oui justement ! Il doit bien y avoir une raison. Et cette raison je suis sûre que c’est Elijah.
Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de l’adolescent :
– N’importe quoi, dit-il en secouant la tête. Si le malheureux a eu la mauvaise idée d’aller la rejoindre ce soir-là, il y a fort à parier qu’il ne soit plus de ce monde aujourd’hui vu l’état d’esprit dans lequel elle était. C’est bien des idées de filles de voir de la romance partout.
– Tu n’es pas curieux de savoir ? demanda-t-elle malicieusement.
– Non, mais libre à toi d’aller fouiner dans la vie privée de Noura. Je te demanderais juste de me prévenir avant, que j’aille me cacher loin d’ici ce jour là, ironisa-t-il pour cacher sa propre curiosité.
– Tu n’es vraiment pas drôle! conclut Maïa en lui envoyant un coussin à la figure pour effacer ce sourire torve irritant dont il avait l’habitude de se parer lorsqu’il voulait se moquer du monde.
La jeune fille se releva d’un bond et se dirigea, agacée, vers la porte sous le regard amusé de son frère. Alors qu’elle en avait déjà franchi le seuil, Maïa passa à nouveau la tête par l’entrebâillement pour s’adresser à nouveau à lui :
– Merci de m’avoir raconté. J’aimerais bien avoir des souvenirs de cette époque malgré ce qu’il s’est passé ou du moins en avoir plus d’elle, dit-elle avant de disparaître.
A nouveau seul, Ivan se saisit du coussin qu’elle lui avait jeté quelques secondes plus tôt et le plaça d’un geste impatient derrière la tête en expira entre ses dents. Et voilà, une fois de plus elle avait le dernier mot et était parvenue à le faire culpabiliser.
Des souvenirs de sa mère, bien sûr qu’il en avait mais aucun d’eux n’avait le pouvoir de le réconforter. Derrière ses yeux clos s’imposait à lui l’image d’une jeune femme toujours un peu distante dont chaque sourire, chaque éclat de rire était entaché par une mélancolie qu’elle ne pouvait longtemps dissimuler. Combien de fois l’avait-il surpris les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées, essuyant avec précipitation ses larmes lorsqu’il s’approchait timidement d’elle. Elle posait alors sur lui ce regard qui le glaçait toujours d’effroi. Ce regard dans lequel il pouvait lire autant de tristesse que d’inquiétude. Inconsciemment, dans son esprit d’enfant, il en avait déduit qu’il devait être entièrement responsable de cette détresse. Dans ces moments là, il battait en retraite, désemparé, pour se précipiter dans les bras réconfortants de son père ou vers le sourire toujours bienveillant de Noura qui, devinant la cause de son soudain désarroi, trouvait toujours une quelconque facétie pour détourner son attention.
Pourtant, une fois il était resté près d’elle.
Il avait été tiré du sommeil par les éclats de voix de Noura et surtout ceux de son père. Il avait patiemment attendu que le silence n’envahisse à nouveau la maison. Il était alors descendu sans bruit dans la cuisine d’où provenaient ses sanglots étouffés. Il s’était approché de sa mère et posé une main timide et hésitante sur son épaule. Elle avait sursauté en sentant ce léger contact et avait levé vers lui un visage défait qu’elle ne prit plus la peine de cacher. Il s’était attendu à être renvoyé au lit mais contre toute attente elle l’avait enlacé avec une telle force qu’il en avait eu le souffle coupé. La surprise passée, il s’était laissé aller dans les bras maternels. Bercé par ses battements de cœur, rassuré par cette main qui caressait ses cheveux, il avait rapidement sombré dans le sommeil. Au petit matin, lorsqu’il ouvrit les yeux, il avait constaté avec étonnement qu’ils n’avaient pas bougé de la nuit. Elle lui avait alors adressé un sourire bienveillant avant de lui expliquer sur un ton déterminé :
– Maïa, papa et toi vous allez devoir partir mais je vous rejoindrai plus tard.
Il avait simplement acquiescé de la tête sans chercher à ce moment-là à en savoir d’avantage.
Quelques heures plus tard, il voyait sa silhouette disparaître peu à peu au milieu de la foule au fur et à mesure que la charrette qui les emmenait s’éloignait d’elle. A ses oreilles résonnaient encore ses derniers mots :
– Je suis tellement désolée, Ivan. Quand je reviendrai j’aurai des tas de choses à te dire.
Cette dernière image lui arracha des larmes qui s’échappèrent malgré ses yeux clos pour venir se perdre dans ses boucles blondes. Ivan se redressa subitement, rejeta d’un geste ample les couvertures et se leva d’un bond. La clarté du jour avait envahi sa chambre et des voix familières provenant du rez de chaussée montaient jusqu’à lui.
Mais le jeune garçon ne les rejoignit pas. Il s’approcha d’un coin de sa chambre resté encore dans l’ombre et s’agenouilla sur le sol. Il enfonça ses ongles dans les interstices du parquet et souleva l’une des lattes désolidarisée des autres. Il plongea la main dans le trou poussiéreux et, après avoir tâté dans le vide quelques secondes, en retira une petite boîte de bois qu’il épousseta avant d’ouvrir. Ivan se saisit du bijou qu’il conservait précieusement comme une relique depuis dix ans déjà.
Depuis que cet homme inconnu l’avait apostrophé au bord du ruisseau qui coulait près de l’auberge. Il s’était réfugié là peu après l’enterrement de sa mère. Il voulait fuir les pleurs incessants de sa sœur, fuir l’atmosphère pesante qui régnait dans cet endroit qu’il ne supportait plus, fuir une absence qui quoi qu’il fasse le poursuivrait toujours.
Il s’était assis à même le sol, le regard accaparé par le filet d’eau claire qui ruisselait devant lui. Les mains fermement plaquées sur ses oreilles pour ne pas entendre les appels angoissés de son père, il avait sursauté et s’était relevé précipitamment lorsqu’il avait perçu la présence de cet homme à quelques mètres de lui.
– Tu n’as rien à craindre, lui avait-il -rassuré en s’approchant. C’est toi le Ivan que l’on cherche aussi activement ?
Ivan avait gardé le silence et l’avait dévisagé avec un air farouche et méfiant qui avait arraché un bref sourire à l’inconnu.
– Je ne te veux aucun mal, avait-il- répété. Je suis un ami d’Elijah et je suis venu d’apporter quelque chose qui appartenait à ta maman.
Ivan se souvint s’être figé en entendant cet étranger parler de sa mère et avoir retenu son souffle en le voyant plonger sa main dans une de ses poches. Lorsqu’il lui avait tendu le médaillon, l’enfant avait regardé un moment l’objet sans oser le toucher. Après une longue hésitation, il s’était approché et avait saisi le bijou qu’il avait admiré avant de lever des yeux embrumés vers l’homme.
– Merci, avait-il murmuré doucement la gorge serrée.
– De rien, avait répondu l’autre en souriant et en passant une main sur ses boucles blondes.
L’inconnu avait promptement brisé ce contact et avait fait volte face. Ivan l’avait regardé s’éloigner. Mais alors qu’il allait pénétrer à nouveau dans les bois d’où il était sorti, le jeune garçon n’avait pu s’empêcher de l’interpeler :
– Qui êtes-vous ?
Klaus s’était figé et s’était mordu la lèvre avant de tourner légèrement la tête sans pour autant regarder l’enfant :
– Cela n’a aucune importance. Tu devrais retourner là-bas, ton père va s’inquiéter.
L’homme avait disparu aussi rapidement qu’il était apparu. Ivan avait curieusement gardé le secret sur cette rencontre. Il n’en avait jamais parlé à personne sans doute pour conserver égoïstement cet objet pour lui seul. Mais également parce que cette rencontre, bien que brève, l’avait toujours intrigué et que le visage de cet homme était venu souvent hanté ses rêves sans qu’il sache vraiment pourquoi.
Le jeune garçon se releva soudain furieux, serrant si fort le bijou dans sa main que l’attache lui blessa la main. Il en avait assez de ne pas savoir, d’avoir des milliers de questions sans réponses. Il s’habilla à la hâte et sortit en trombe de la chambre.
Arrivé au milieu des escaliers, il marqua un temps d’arrêt. Réunis autour de la table, son père, sa sœur, sa tante et son oncle Anton discutaient bruyamment sur des sujets les plus anodins. Ivan hésita un instant à briser cette scène familiale d’une banalité déconcertante. Mais soudain, son regard croisa celui de Noura dont le sourire disparut en voyant le visage crispé du jeune garçon.
– Ivan ? Tout va bien ? , s’enquit-elle.
Les sourcils froncés et inquiète de l’attitude étrange de son neveu, elle le regarda descendre les dernières marches et s’approcher d’eux. Trois paires d’yeux perplexes se posèrent alors sur l’objet qu’Ivan plaqua du plat de la main au milieu de la table.
Seule Noura jeta sur le bijou un regard à la fois stupéfait et horrifié devant l’objet qu’elle avait vu pour la dernière fois dans les mains de Klaus la nuit où il l’avait transformée:
– D’où sors-tu cette médaille ? Qui te l’a donnée ? demanda-t-elle précipitamment.
– C’est justement ce que je veux que me dise. Je veux savoir qui est l’homme qui me l’a donnée il y a dix ans. Je veux savoir ce que vous me…nous cachez, s’emporta-t-il en échangeant un regard complice avec Maïa qui, bien que surprise par l’attitude de son frère, approuva en silence d’un signe de tête.
Les deux mains jointes devant sa bouche, totalement abattu, Milan ferma les yeux. Il avait redouté ce moment depuis des années, repoussant sans arrêt cette échéance qu’il savait inévitable. Lorsqu’il rouvrit les yeux, son regard croisa celui interrogateur de Noura :
– Raconte-leur. Il est temps, répondit-il sur un ton las.
Noura inspira profondément et invita d’un geste de la main son neveu à s’asseoir face à elle.
– Assieds-toi Ivan. C’est une longue histoire. Une très longue histoire.
FIN DU TOME 2
Rendez-vous dimanche pour le premier chapitre du troisième et dernier tome ;)
