Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XXIII

 

–    Tu ne peux pas t’empêcher de jouer avec le feu et de te mettre dans des situations impossibles, n’est-ce pas ? reprit Klaus en plantant froidement son regard dans celui d’Anya. Qu’est-ce que tu cherches au juste?

–   …les ennuis et apparemment je les ais trouvés, répliqua-t-elle en retenant son souffle.

Le rire tonitruant que Klaus lâcha alors fit sursauter Anya. Elle s’attendait  à être définitivement démasquée et à faire les frais de la colère du vampire lorsque, contre toute attente, il déposa délicatement ses lèvres sur son front. Elle se raidit à ce contact et écarquilla les yeux de surprise. Il plongea ses yeux dans les siens en souriant avant de  s’éloigner d’elle et de se diriger vers la malle qu’elle avait tentée d’ouvrir quelques minutes plus tôt :

–    J’ai ce qu’il te faut pour mettre la main sur elle, dit-il en sortant de sa poche la clé et en ouvrant la serrure de la malle.

Anya, qui n’osait pas bouger et qui tenait à garder ses distances, tendit le cou pour tenter de percevoir ce que le vampire cherchait. Lorsqu’il se releva, il tenait dans les mains le grimoire de Waleda qu’il déposa sur son bureau :

–   Il y a peut-être quelque chose là-dedans qui pourra t’aider, proposa-t-il en s’amusant en voyant l’air perplexe  d’Anya dont le regard se posait tour à tour sur le livre et sur le vampire.

Il laissa sciemment la malle ouverte et s’approcha à nouveau de la jeune femme :

–  Je te laisse jeter un œil, je descends. Rejoins-moi quand tu auras fini, reprit-il avant de plaquer ses lèvres sur les siennes pour le plus grand désarroi de la jeune femme qui ne savait plus très bien quoi penser de l’attitude étrange du jeune homme et qui n’osait pas le repousser pour ne pas compromettre ce qu’elle considérait alors comme une chance inespérée.

 Klaus sortit de la chambre en refermant la porte derrière lui en souriant de satisfaction. En quittant la taverne quelques heures auparavant, il avait mûrement réfléchi aux différentes options qui se présentaient à lui. S’il tuait Anya sur le champ, il y avait des chances pour que Véra soit tuée également et il ne  pouvait pas courir le risque de perdre une alliée aussi utile et entièrement acquise  à sa cause. De plus,  il comptait bien lui faire face à nouveau. Lui faire face à elle, Anya, sans sorcellerie, sans masque. Elle ne tarderait pas à s’enfuir avec ce qu’elle était venue chercher et qu’il venait de lui servir sur un plateau. Elle le conduirait sans le savoir là où se cachait son corps pour inverser  le sort.

Seule dans la chambre, Anya était debout face au livre de ses ancêtres qu’elle n’avait pas revu depuis sept longues années. Elle éprouvait un étrange sentiment en caressant le cuir épais et craquelé de la couverture. La dernière fois qu’elle l’avait ouvert, elle ignorait tout de son histoire, ne maîtrisait rien de ce qu’elle faisait et ne se souciait pas des conséquences tant elle était aveuglée par le désir de sauver Klaus et Elijah. Elle avait payé cher cet acte irréfléchi. Elle était, depuis lors, une proie traquée vivant dans la peur d’être retrouvée tôt ou tard. Maintenant, tout était différent. Elle savait ce que contenait ce livre, elle savait ce qu’il pouvait lui apporter : le pouvoir nécessaire pour vaincre Klaus et de libérer sa famille de cette menace. Mais avant cela, elle devait trouver le moyen de quitter le château et  de retourner à Sofia pour inverser le sort.

 Elle porta son attention sur la malle restée ouverte et qui contenait une multitude de documents et un coffret de petite taille dont elle se saisit. En voyant ce qu’il contenait, la jeune femme ferma les yeux, soudain assaillie par les images du rituel qui continuaient encore de la hanter après toutes ces années. Elle prit la pierre de lune dans sa main et contempla cet objet en apparence si insignifiant avec détermination. Non, jamais elle ne permettrait que le sort soit levé quelque soit le prix à payer…

 ~*~

Elijah avait devancé Noura moins rapide et surtout moins habillée. Il se trouvait encore à plusieurs centaines de mètre lorsqu’il se figea en voyant les  flammes qui envahissaient peu à peu le rez-de- chaussée d’une partie de la maison et se propageaient déjà aux étages supérieurs. La fumée de l’incendie s’élevait dans le ciel dégagé, masquant les dernières étoiles encore visibles, alors que les premières lueurs de l’aube dissipaient déjà l’obscurité. Il se précipita sans réfléchir vers le bâtiment dont la charpente craquait lugubrement sous l’effet de la chaleur et qui  menaçait de s’effondrer à tout moment.

Mais au moment où il allait pénétrer à l’intérieur, il fut brutalement projeté en arrière et maintenu au sol par une poigne de fer. Le vampire, le souffle court et encore abasourdi par la violence du choc, ne reconnut pas immédiatement son assaillant dont le visage était en partie enveloppé par la fumée de l’incendie. Il tenta en vain de se libérer de son emprise :

–  Je ne te laisserai pas intervenir Elijah !

–  Stanislas ? Mais qu’est-ce que tu fais ?! s’écria Elijah en reconnaissant son frère aîné.

–   La malédiction ne doit être levée et c’est le seul moyen de s’en assurer, décréta l’aîné.

–   Ce sont des enfants ! C’est notre neveu qui se trouve à l’intérieur ! Lâche-moi, s’emporta Elijah  en parvenant à se dégager.

Il affronta un instant son frère du regard, une main posée sur sa gorge endolorie. Stanislas le considérait interdit :

–  De quoi est-ce que tu parles ?

Elijah s’apprêtait à répondre lorsque, le ciel, jusque là dégagé, s’obscurcit d’épais nuages rendus encore plus menaçants par l’obscurité mourante de l’aube. La cime des arbres furent  agités par des bourrasques de vent et une pluie aussi soudaine que violente se mit à tomber. Interloqués par le déchaînement inexpliqué des éléments, les deux frères  regardaient les flammes être peu à peu vaincues par les flots qui s’abattaient sur elles. Lorsque les dernières furent totalement étouffées, ne laissant plus s’échapper que quelques volutes de fumée, la pluie et le vent cessèrent aussi soudainement qu’ils étaient apparus.

L’attention d’Elijah se détacha de l’incendie mystérieusement circonscrit et se porta vers l’orée de la forêt d’où Noura aurait dû sortir. Elle était effectivement là, immobile, les yeux rivés vers les deux hommes. En voyant la mâchoire crispée par la colère et le regard impitoyable qu’elle laissait à son frère, Elijah comprit soudain que la jeune femme douce et malicieuse qu’il avait tenu dans ses bras quelques minutes plus tôt venait subitement de disparaître pour laisser place à une redoutable sorcière capable de déchaîner les éléments avec une violence inouïe .

Mais soudain, des pleurs s’échappèrent du bâtiment en partie carbonisé. Elijah se précipita à l’intérieur en priant pour qu’aucun des occupants n’aient été blessés. Il dégagea sans effort les meubles renversés et les poutres écroulées qui lui barraient le passage. Il se dirigea vers les escaliers au bas desquels les deux enfants en larmes encadraient leur père.  Coincé  sous une poutre, Milan, qui respirait difficilement, tentait malgré tout de les rassurer. Se saisissant de la poutre d’une main, Elijah le dégagea rapidement et l’aida à se relever sous le regard abasourdi d’Ivan qui regarda le vampire sans comprendre.

–  Fuyez par derrière Milan. Emmenez les enfants au village voisin, Noura vous rejoindra, ordonna-t-il.

Elijah attendit que  les trois silhouettes disparaissent dans la forêt.  Avant d’y pénétrer Ivan se retourna encore une fois et échangea un dernier regard avec son oncle en lui adressant un sourire reconnaissant. Le cœur d’Elijah se serra. Sans vraiment savoir pourquoi, il eut soudain le sentiment qu’il n’était pas prêt de revoir ce petit garçon.

Des hurlements l’arrachèrent à ses pensées.  Il rejoignit rapidement  la cour de la ferme où il avait laissé Noura et son frère et se figea en voyant ce dernier au sol se tordant de douleur face  au regard insensible et froid de la sorcière qui tendait une main en sa direction.

Prudemment, Elijah s’approcha d’elle :

–  Noura, ça suffit. Arrête, laisse-moi lui parler. Laisse-moi le convaincre, supplia-t-il d’abord doucement.

Mais la sorcière ignora la demande et s’acharna davantage. Un lugubre craquement d’os fit hurler une nouvelle fois le vampire, faisant frémir Elijah qui ne supportait pas de voir son frère souffrir de la sorte malgré ce qu’il venait de faire. En désespoir de cause, il la saisit violemment par le bras et l’obligea à lui faire face :

–  Je t’ai dit d’arrêter ! souffla-t-il. Il ne savait pas pour Ivan. Laisse-moi lui parler.

–   Il vient de s’en prendre à ma famille Elijah, s’emporta la jeune femme en se dégagea vivement.

–   Laisse-le partir…s’il te plait, demanda-t-il à nouveau plus calmement.

Noura le dévisagea froidement un long moment.

–   D’accord…Je le laisse partir mais tu pars avec lui et ne reviens  pas. Tu n’auras plus à choisir entre ta famille et moi. Je prends la décision à ta place, décréta-t-elle d’un ton qui se voulait sans réplique.

Elijah serra les dents et détourna le regard vers son frère, qui péniblement tentait de se relever.

–  Je crois que c’est mieux comme cela effectivement. Milan et les enfants t’attendent au village voisin. Fais attention à toi.

Ils échangèrent un dernier regard avant que les deux frères ne disparaissent dans la forêt.

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