Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XIX

Anya avait béni cette  jeune domestique  qui lui avait proposé  de  monter de l’eau chaude dans sa chambre. Sans cette aide précieuse et involontaire, jamais elle n’aurait trouvé la chambre de Vera dans l’immense dédale de couloirs du château. Elle n’avait espéré qu’une seule chose : que la sorcière ait sa propre chambre et qu’elle ne soit pas obligée d’inventer un quelconque subterfuge pour fuir les lieux. Une chose devait malheureusement clair pour elle : trouver la pierre et le livre dans cet endroit immense ne serait pas une mince affaire. Elle espérait que Klaus fasse suffisamment confiance à Vera pour la conduire à eux à un moment ou un autre. Et le plus tôt serait le mieux.

 La domestique poussa une porte et  pénétra dans une pièce obscure et se mit en devoir d’allumer les lampes. Petit à petit, Anya eut une vision plus nette de ce qui l’entourait. La chambre de Vera était une pièce  meublée avec goût et simplicité.  Un lit à colonnes recouvert d’un simple couvre-pieds de coton piqué, une petite table de chevet, une armoire, une coiffeuse et un grand fauteuil à oreilles qui faisait face à une imposante cheminée composaient le seul mobilier. Au sol s’étalaient d’épais tapis aux couleurs vives. Par les hautes fenêtres, encadrées par d’épais rideaux, Anya put distinguer  la rivière qui coulait en contrebas et à l’ouest  les montagnes qui apparaissaient comme d’immenses masses sombres dans la pénombre grandissante. La jeune femme se sentit immédiatement à son aise dans l’environnement de la sorcière qui contrastait avec le décor ostentatoire et chargé qui régnait dans d’autres pièces du château.

Une fois seule, elle entreprit de verser l’eau chaude dans la bassine de cuivre et s’aspergea longuement le visage, un soupire d’aise lui échappa. Le voyage avait été long et éprouvant et elle se délectait de ce moment de solitude où elle pouvait relâcher un bref moment la pression causée par la présence de Klaus.

Ils avaient quitté la ville très tôt le matin même dans une chaleur accablante. Au loin le bruit menaçant d’un orage imminent se faisait entendre. Anya, qui n’avait pas quitté la capitale depuis bien trop longtemps, se surprit à oublier l’espace d’un moment son « compagnon » de voyage pour savourer le plaisir de retrouver les grands espaces et l’air frais de la campagne. Lorsque les premières gouttes de pluie s’étaient abattues sur eux, elle rejeta la tête  en arrière offrant son visage aux éléments. Klaus fut soudain troublé par ce mouvement de la jeune femme. Il n’arrivait à déterminer la cause de ce trouble  mais ce geste lui semblait étrangement familier.

–          Je croyais que tu détestais la pluie et être mouillée, lâcha-t-il les sourcils froncés.

Anya redressa vivement la tête et haussa les épaules pour seule réponse. Elle avait bien l’intention de réduire au minimum les échanges avec le vampire pour éviter de commettre un impair et surtout faire en sorte que la scène de la cour ne se reproduise pas. Ils avaient effectué le reste du trajet dans un silence oppressant.

A l’abri dans la chambre de Vera, elle espérait bien pouvoir profiter de ce moment de répit. Elle défit les lacets de sa robe maculée de boue qui tomba mollement au sol. Alors qu’elle fouillait les coffres de Vera pour y dénicher un peignoir, Anya entendit claquer une porte et se figea. Des pas se firent entendre derrière une porte qui communiquait probablement avec la pièce d’à côté et qu’Anya avait à peine remarquée et qui en toute logique devait conduire à la chambre de Klaus. Prise de panique, en entendant les pas se rapprocher, elle enfila rapidement un peignoir par-dessus sa chemise. Elle eut à peine le temps d’en nouer le cordon que la porte s’ouvrit brusquement. Torse nu, en pantalon, Klaus s’appuya à l’encadrement de la porte tout en essuyant le visage avec une serviette. Anya détourna vivement les yeux du vampire et  entreprit de ramasser ses affaires éparpillées sur le sol pour faire diversion et cacher son malaise, tout en évoquant tous les malheurs qu’elle souhaitait voir s’abattre sur la tête de ce satané vampire qui venait de faire irruption de manière impromptue.

–          Tu pourrais frapper ! lâcha-t-elle avec rancœur.

–          C’est nouveau ça ? ricana-t-il. Qu’est ce qui ne va pas ?

–          Rien …Je suis simplement fatiguée. Laisse –moi s’il te plait, répondit-elle.

Elle n’eut pas besoin de se forcer à mentir la tension permanente de cette journée l’avait épuisée. Elle se dirigea vers  la coiffeuse et tenta désespérément de dompter les boucles rebelles de la chevelure de Vera en espérant qu’il finirait par la laisser tranquille. Mais Klaus n’entendait pas se faire congédier aussi facilement. Il jeta sa serviette sur son épaule et s’approcha d’elle. En voyant son reflet près du sien dans le miroir, Anya se raidit. Il passa une main devant elle et lui présenta un bijou que la jeune femme reconnut aussitôt :

–          Localise-la d’abord, ordonna-t-il.

Anya regarda la broche, qui avait appartenue à sa grand- mère et qu’elle était persuadée d’avoir perdue il y a des années, en tâchant de dissimuler le trouble qui l’envahissait.

–          Ça attendra demain. Elle ne va pas s’envoler bien loin en une nuit, décréta-t-elle.

–          Tu te conduis bizarrement aujourd’hui, reprit-il froidement  tentant de percer l’expression du visage de la jeune femme dans le reflet du miroir.

–          Peut-être en ai-je assez de t’entendre me parler sur ce ton ? Je me demande ce qu’el… je fais encore ici.

Elle n’était pas sûre que provoquer une dispute soit réellement une bonne idée mais au moins  elle aurait la paix pour ce soir. Elle s’attendait à ce qu’il s’écarte et réplique mais contre toute attente il passa son bras autour de sa taille et de sa main libre dégagea sa nuque. Anya se crispa en sentant le souffle chaud du vampire lui susurrer à l’oreille :

–          Tu restes ici parce que sans moi tu serais coincée dans un mariage qui t’aurait étouffée tôt ou tard, parce que, contrairement au conseil, je te laisse utiliser tes dons à ta guise et parce que je te laisse libre d’aller et venir comme bon te semble.

La jeune femme ferma les yeux et retint sa respiration, le cœur battant. Chaque mot qu’il venait de prononcer l’avait atteinte plus surement qu’un coup tant ils transcrivaient ses propres sentiments et ses désirs. Elle fit un effort pour tenter de se ressaisir mais déjà le vampire resserrait son étreinte et laissait promener ses lèvres sur son cou. Prise de panique, elle se retourna pour se dégager et réalisa soudain son erreur lorsqu’il la plaqua contre son torse et s’empara de sa bouche. Elle se rendit soudain compte qu’il avait glissé une main sous son peignoir dont la ceinture était dénouée. La chaleur de cette main au travers du fin tissu de sa chemise éveilla en elle des échos en dans des endroits qu’elle préférait ignorer.  Elle se sentait dépitée d’être trahie de la sorte par son propre corps. Elle était sur le point de le repousser lorsqu’elle se sentit soulevée de terre. Klaus la porta jusqu’au lit, s’agenouilla sur le matelas et l’y déposa doucement. Avant qu’elle ait pu esquisser un mouvement, il la tenait prisonnière sous son poids. Klaus plongea sa tête dans l’épaisse chevelure et respira avidement son parfum. Lorsqu’elle sentit sa main relever lentement sa chemise et remonter le long de sa cuisse, elle tenta de se redresser :

–          Niklaus, je t’en prie arrête, supplia-t-elle haletante.

En sentant le corps de Klaus se raidir soudain, Anya réalisa ce qu’elle venait de dire. Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre en se maudissant. Lorsqu’elle les rouvrit, le regard froid du vampire la transperça :

–          Comment m’as-tu appelé ?

Un commentaire ?