Les Damnés: La Malédiction des Petrova – Chapitre XI

 

Propriété de Goran

–          Anya, vous ne vous êtes jamais demandé ce que l’incantation que vous avez utilisée pour ressusciter cette famille faisait dans le grimoire de votre famille? demanda Goran en se retournant vers la jeune femme.

–           Oui …souvent, admit Anya.

 Goran s’arracha de sa contemplation du patio pour s’installer à nouveau derrière  son bureau,  face à Anya qui le regardait avec intérêt et perplexité mêlés. Il était temps pour elle de tout savoir. Goran espérait secrètement que ce qu’il allait lui révéler la dissuaderait d’avoir à nouveau recours à la magie quelle qu’elle soit, même s’il doutait fortement que la jeune femme déterminée et obstinée qui lui faisait face se laisse si facilement convaincre.

–          Je suppose que Waleda a dû vous raconter les origines de la malédiction des loups-garous.

–          Elle m’a en effet dit qu’elle avait été lancée par l’une de nos ancêtres pour se venger du meurtre de son fils par des villageois.

–          Vous a-t-elle dit qu’il s’agissait de sa grand-mère ?

Anya se redressa sur son siège, surprise d’entendre que cette fameuse ancêtre avait été aussi liée à Waleda.

–          Donc je présume que vous ne connaissez pas non plus l’identité de ce jeune homme qui a été tué par les villageois et dont le meurtre est le point de départ de tout ce….désastre ?

Anya, de plus en plus troublée par les questions du sorcier, fit un simple  geste de dénégation en guise de réponse.

–          Cet homme qui avait été vu avec la jeune femme retrouvée morte était le frère de Waleda.

Anya ouvrit la bouche de surprise et resta un moment silencieuse se demandant pourquoi sa grand-mère lui avait raconté cette histoire en omettant les informations les plus importantes. La jeune femme tâcha alors de se remémorer les détails du récit de Waleda.

–          Je ne comprends pas. Waleda m’a dit que toute la famille de cet homme avait été massacrée.

–          Oui c’est exact : sa femme, ses enfants…et plus tard après le rituel la mère de Waleda et sa grand-mère, celle-là même qui avait lancé le sort sur le village.

Atterrée par ce qu’elle venait d’entendre, Anya se leva et commença à arpenter nerveusement le bureau. Goran, qui suivait chaque mouvement de la jeune femme, attendit que cette dernière assimile ces révélations sur le passé familial avant de poursuivre. Compte tenu de ce qui lui restait à lui apprendre, il préféra ne pas brusquer les choses.

–          Et cette femme qui a été tuée par le frère de Waleda, qui était-ce ?  demanda-elle au bout d’un moment en arrêtant ses va et vient.

–          Une simple couturière à qui il avait fait une commande pour sa femme. Les habitants cherchaient un coupable et la rumeur sur les dons de votre famille avait déjà fait le tour du village depuis un certain temps. Comme ils ne trouvaient pas de cause rationnelle à la mort de cette femme, cela ne pouvait être, pour eux,  que l’œuvre de la sorcellerie. Même si à ce moment là les dons de votre famille servaient essentiellement à guérir et à protéger.

–          Comment  a-t-elle acquis les pouvoirs qui lui ont permis de lancer la malédiction ?

–          C’est précisément ce jour-là que tout à basculer pour votre famille. L’aïeule de Waleda venait de perdre son petit fils et elle craignait par-dessus tout que tôt ou tard les villageois s’en prennent à sa fille et à sa petite fille. Lorsque son peuple lui a demandé de trouver un moyen de les protéger, elle a fait bien plus. Mais il lui a fallu acquérir des pouvoirs qu’elle n’avait pas et elle  a invoqué d’autres forces et énergies que celle de la nature dont toute sa famille tirait jusque là ses pouvoirs.

–          J’avais posé la question à Waleda sur l’origine de nos dons. Elle m’a parlé vaguement de ces forces mais elle n’est jamais entrée dans les détails.

–          Pour l’avoir expérimenté vous-même, vous savez maintenant de quoi il en retourne. Il n’y a rien de plus grisant que ce sentiment de pouvoir et d’impunité que vous procure la magie noire. On doit se sentir invulnérable et au dessus de tout et de tous, n’est pas Anya ? demanda-t-il avec un regard insistant.

Anya baissa vivement la tête comme une enfant prise en faute. Bien sûr qu’elle le savait : comment oublier ces sensations une fois qu’on les a ressenties ?

–          Comment s’est-elle approprié l’incantation pour invoquer ces forces ?

Goran se releva péniblement de son siège pour se replacer à nouveau devant la large fenêtre. Anya venait de poser l’inévitable question. Il y avait plus échappatoire possible. Il inspira profondément avant de se retourner vers la jeune femme dont le regard interrogateur ne le quittait pas.

–          Cela  me coûte de l’avouer mais c’est moi qui l’aie donnée  à Waleda.

 ~*~

A plusieurs lieux de là, quatre cavaliers s’enfonçaient dans une forêt dense dont le dôme de verdure était si épais que seuls quelques fins raies de lumière parvenait à le franchir.

–          Noura, j’espère que vous savez où vous allez et que vous n’êtes pas en train de tenter stupidement de gagner du temps, s’impatienta Klaus.

–          Comment si c’était son genre…, ironisa Elijah malgré lui.

La jeune femme qui chevauchait devant eux sur le sentier forestier, se retourna et fusilla les deux vampires du regard.

–           Je ne suis pas venue ici depuis sept ans. Vous avez l’éternité devant vous, ça ne vous tuera pas d’attendre cinq minutes que j’arrive à me repérer ! fulmina-t-elle.

Les deux frères échangèrent un regard emprunt d’agacement pour Klaus et d’amusement pour Elijah.

–          Je ne trouve pas ça drôle, Elijah, maugréa Klaus de mauvaise humeur depuis la veille.

Il n’avait qu’une hâte c’était de quitter au plus vite ces lieux maudits et ne plus jamais avoir à y revenir. Après cette discussion avec Elijah, il avait préféré s’éloigner de cette maison dans laquelle l’ombre oppressante de cette famille qui l’avait rejeté  était encore trop présente. Ne pouvant se rendre au village, son errance nocturne l’avait malheureusement conduit dans des lieux trop familiers qui firent resurgir des souvenirs qu’il aurait aimé étouffer à jamais. Il avait maudit Elijah une partie de la nuit. Il avait tenté de se persuader avec une mauvaise foi certaine que s’il ne lui avait pas reparlé d’Anya, il ne se serait jamais retrouvé dans la clairière, où ils avaient l’habitude de se retrouver, à se remémorer leurs rencontres. Heureusement, ou malheureusement selon les points de vue, l’irruption de deux chasseurs mit fin à ce moment de nostalgie qui le rendit fou de rage contre lui-même. Après s’être abreuvé du sang du premier, il avait hypnotisé le second pour le contraindre à le suivre.

« Il est hors de question que je déterre cette vieille bique moi-même », se dit-il à ce moment-là.

–          C’est là, dit soudain Noura en indiquant un espace déboisé au pied d’une falaise.

La jeune femme, pétrifiée à l’idée de voir la tombe de Waleda profanée, ne bougea pas de sa selle lorsque les deux frères descendirent de cheval et attachèrent les rênes aux branches basses d’un arbre. Mais en passant près d’elle, Klaus l’agrippa par la taille et la fit descendre sans ménagement de sa monture. Elijah ne put réprimer une grimace lorsqu’elle laissa échapper un cri de douleur en atterrissant brutalement au sol.

–          On a perdu assez de temps comme ça. Où est la tombe ? demanda Klaus d’une voix ferme et sans appel.

La jeune fille désigna d’une main hésitante un monticule de pierre à l’abri de la falaise et se détourna lorsque Klaus ordonna au chasseur hypnotisé d’ouvrir la tombe. Alors que l’homme s’affairait, le vampire scruta un moment les lieux avec attention.

–           Où est Anya ? demanda-t-il soudain en promenant son regard sur les sous bois.

Pris au dépourvu par la question, Elijah et Noura se figèrent et s’échangèrent un regard inquiet.

–          Comment ça, bredouilla Noura le souffle court.

–          Je vous demande où est enterrée Anya, répondit-il en se plantant devant la jeune femme.

–          Euh…avec notre père….au village, prononça-t-elle en tâchant de maîtriser le tremblement de sa voix et en fuyant le regard du vampire.

« Misère … elle est encore plus piètre menteuse que moi… Il ne va jamais avaler ça », pensa Elijah inquiet.

Klaus garda un moment le silence, absorbé par ses réflexions :

–          Pourquoi avoir enterré Waleda ici et Anya au village ? reprit-il.

«  Satané vampire et ses fichues questions ! Il se doute de quelque chose, j’en suis sûre. Et pourquoi Elijah ne m’aide-t-il pas au lieu de me regarder avec cet air consterné… Cela dit,  il ne peut pas répondre à ma place…Trouve une idée Noura…Trouve une idée… », pensa-t-elle en tentant de cacher la panique qui l’envahissait.

–          Parce que…, commença-t-elle.

«  Seigneur ! Pourvu qu’elle ne sorte pas une stupidité dont elle a le secret… », songea Elijah.

–          …parce que j’enterre ma famille où bon me semble ! s’emporta-t-elle soudain. Est-ce que je vous demande où votre foutu père a enterré votre mère après lui avoir arraché le cœur ?

«  Voilà…, une stupidité dans ce genre là… » pensa Elijah en secouant la tête dépité.

La réaction de Klaus ne se fit pas attendre : il empoigna la gorge de la jeune femme et la souleva de telle sorte que seule la pointe de ses pieds  touchait  le sol.

–           Je l’ai, annonça soudain le chasseur en brandissant la pierre.

Klaus relâcha sa prise. Noura s’effondra à genoux sur le sol rocailleux en tentant de reprendre son souffle une main posée sur sa gorge endolorie. Alors que Klaus admirait la pierre tant convoitée avec un sourire de contentement, Elijah s’approcha de la jeune femme pour l’aider à se relever :

–          Bravo ! Bien joué…, gronda-t-il à voix basse.

–          Bien… nous en avons fini avec cet endroit. Partons, décréta Klaus.

–          Tu n’as qu’à rentrer au château. Je la ramène à Sofia, proposa Elijah dans l’espoir d’éloigner au plus vite son frère de Noura.

Un sourire torve se dessina sur les lèvres du vampire.

–          Non… une petite promenade jusqu’à Sofia me fera le plus grand bien. Je vous accompagne…

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