Les Damnés: Les origines du mal – Chapitre 14

Tue-moi

— Que nous as-tu fait ? demanda Niklaus en considérant les deux jeunes filles avec un regard froid dépourvu de toute émotion.

— Je ne savais pas… Comment te sens-tu ? demanda Anyanka sur ses gardes.

— Comment je me sens ? Fort, rapide …et affamé depuis que j’ai goûté  ton sang, répondit-il en s’approchant d’elle.

Les deux jeunes filles reculèrent d’effroi en voyant le visage du vampire soudain métamorphosé. Ses yeux injectés de sang étaient cernés par des veines saillantes. Mais surtout, elles ne pouvaient détacher leur regard des deux crocs   qui étaient apparus dans la bouche du jeune homme.

—  N’essayez pas de vous enfuir, c’est inutile, prévint-il.

— Vous  comptez vous en prendre à la femme que vous aimez, demanda Noura dans une vaine tentative de dissuasion.

— Quand on y pense, c’est ironique comme situation. La femme que j’aime m’a jeté un sort qui me permet de ne plus rien ressentir pour elle.

Anyanka fit un pas vers lui.

— N’avance pas, Anya, intervint Noura en la retenant par le bras.

— Tout va bien. Laisse-moi faire, dit-elle en se dégageant doucement.

La jeune fille s’approcha lentement de Niklaus. Elle se planta face à lui et  posa une main sur sa joue et caressa du bout des doigts les veines saillantes. Elle se refusait à admettre que l’homme qu’elle aimait avait totalement disparu.

— Tu ne peux pas avoir oublié.

Niklaus posa à son tour sa main sur celle d’Anyanka, d’abord tendrement puis il l’agrippa violemment. Il lui tordit le bras qu’il ramena dans le dos de la jeune fille et la plaqua contre lui. Anyanka poussa un gémissement de douleur et de surprise.

— Lâchez-la, intervint Noura qui s’était précipitée pour venir en aide à sa sœur.

— Toi, tu ne bouges pas. Je m’occuperai de toi après, ordonna Niklaus en fixant Noura dans les yeux.

La jeune fille, stoppée dans son élan, resta figée comme si ses pieds étaient maintenus au sol par une force invisible. Elle lança un regard interloqué vers Niklaus qui la regarda, lui aussi, avec étonnement.

— Intéressant… Finalement, tout cela est de plus en plus plaisant. Mais revenons-en à nous Anya, dit-il en portant à nouveau son attention vers la jeune fille qu’il tenait fermement. Pour répondre à ta question : je n’ai pas oublié. Comme je n’oublie pas non plus qu’à la première occasion, tu m’as trahi avec mon propre frère.

— Je ne t’ai pas trahi, articula-t-elle difficilement, le souffle coupé par l’étreinte du vampire.

— Ne t’inquiète pas, je te pardonne. Et je vais même te faire une proposition que je n’aurais plus jamais l’occasion de renouveler, dit-il avec un sourire carnassier en l’agrippant par la nuque. Voudrais-tu me faire l’honneur, Anya, d’être ma toute première victime ?

Il s’apprêtait à planter ses crocs dans le cou de la jeune fille qui tentait vainement de se débattre lorsqu’il se sentit soudain tiré en arrière. Il heurta violemment un tronc d’arbre avant de tomber au sol, légèrement abasourdi.

— Ne la touche pas, souffla  Elijah la mâchoire crispée.

Niklaus se releva si vite qu’Anyanka poussa un cri de surprise.

– Tu n’es jamais très loin, Elijah, quand…

Le vampire s’interrompit soudain en voyant la silhouette de son père apparaître derrière son frère.

— Laisse-les partir, Niklaus. Il y a encore beaucoup trop de questions sans réponses. Nous pourrions avoir besoin d’elles, ordonna Viktor d’une voix sans appel.

— Tu veux leur laisser le temps de trouver un moyen de nous détruire ? répliqua Niklaus.

— Non, je veux éviter de leur donner une raison de nous détruire.

A quelques centaines de mètres de là, Zoran chevauchait à vive allure suivi par quatre des ses hommes. Alerté par des éclats de voix venant des sous-bois, il tira brutalement sur les rênes pour stopper son cheval, tendant l’oreille pour localiser et identifier les voix. Lorsqu’il entendit  le cri d’Anyanka, Zoran sauta précipitamment de son cheval, armé de son arc de chasse et s’engouffra dans les fourrés sans attendre ses hommes. Arrivé à quelques mètres du groupe, il s’immobilisa, rassuré de voir ses deux filles saines et sauves. Son regard se porta alors sur les silhouettes des trois vampires qui leur faisaient face. Il sortit silencieusement une flèche de son carquois, banda son arc et tira. La flèche vint se planter au beau milieu de la poitrine de Niklaus qui poussa un cri de douleur et de rage mêlées en tombant à genoux. Il saisit la flèche d’une main et la retira d’un coup sec sans effort et se releva furieux. Tous les regards se posèrent sur la poitrine du vampire dont la plaie, à leur grande surprise, s’était déjà refermée. A peine eurent-ils le temps de comprendre que Niklaus se trouvait déjà face à Zoran et  lui planta ses crocs dans la gorge.

~*~

Anyanka resta pétrifiée, incapable de détacher son regard du  corps sans vie de son père, la bouche entrouverte dans un cri de douleur silencieux. Elle ne vit pas les quatre hommes du village se faire tuer par Niklaus, elle ne vit pas non plus Noura qui s’était précipitée vers leur père. Elle entendait confusément la voix d’Elijah qui la tenait par les épaules et qui tentait de la faire sortir de sa torpeur.

– Anya ! Partez d’ici, la supplia-t-il.

La jeune fille reprit progressivement ses esprits, recula vivement et dévisagea froidement Elijah. Un hurlement rauque les fit se retourner. Niklaus, à genoux, se tordait subitement de douleur.

— Niklaus ? Que se passe-t-il ? s’inquiéta Viktor en s’accroupissant près de son fils.

Lorsque le jeune homme releva la tête pour faire face à son père, ce dernier se releva brusquement. Son regard brillait d’une lueur intense. Ses yeux avaient pris une teinte jaune que Viktor reconnut aussitôt pour y avoir fait face quelques heures plus tôt.

— Comment est-ce possible ? s’exclama-t-il en reculant de stupeur.

Niklaus se releva péniblement. Son visage, encore souillé par le sang de ses premières victimes, avait repris forme humaine. Il dévisagea froidement son père avant de s’évanouir dans la nature.

— Que s’est-il passé ? Que lui arrive-t-il ? demanda Elijah perplexe.

— Ca ne s’est produit avec aucun d’entre nous. Je ne sais pas ce qui se passe, répondit Viktor  en interrogeant du regard Anyanka  qui avait rejoint Noura auprès du corps de Zoran.

Mais cette dernière ignora volontairement la question implicite du vampire. Déconcerté, devant le chagrin des deux jeunes filles, Viktor préféra battre en retraite. Il se tourna vers son fils :

— Occupe-toi d’elles, nous en aurons encore besoin pour comprendre ce qui s’est passé. Je vais tenter de le rattraper, dit-il avant de disparaître à son tour.

Resté seul avec les deux jeunes femmes, le vampire chercha les paroles qui auraient pu les réconforter mais  renonça devant la froideur d’Anyanka qui lui lança un regard plein animosité.

—  Laissez-moi vous aider à le ramener à votre village, finit-il par proposer.

—  Noura, va rechercher de l’aide, ordonna Anyanka ignorant la proposition du vampire.

—  Je ne te laisserai pas seule avec lui, décréta Noura.

— Je dois lui parler. Laisse-nous.

Devant le ton déterminé de sa sœur, Noura s’éloigna de mauvaise grâce après avoir caressé une dernière fois la joue de son père.

— Laisse-moi t’aider, insista Elijah.

— Tu veux m’aider, Elijah ? Regarde-toi. Tu ne peux même pas t’approcher tant l’odeur de son sang te met mal à l’aise. Ce n’est plus qu’une question de temps avant tu deviennes un monstre comme ton frère, dit-elle froidement.

Elijah baissa la tête, la mâchoire crispée. Il savait qu’elle avait raison. Il était parvenu à maîtriser jusque là cette faim qui lui dévorait les entrailles mais pour combien de temps encore.

— Waleda a voulu me prévenir mais je ne l’ai pas écoutée. J’avais des devoirs envers ma famille, j’aurai dû les protéger, eux, avant tout.  Au lieu de cela,  j’ai laissé mes sentiments m’aveugler, continua-t-elle en caressant l’épaisse chevelure noire de son père.

Elle s’interrompit soudain songeuse, contemplant son visage livide. Sa main posée sur la poitrine paternelle glissa jusqu’à la dague qu’il portait à la ceinture.

— Tu veux m’aider, Elijah ? demanda-elle en sortant la dague de son fourreau

Elijah regarda,  sans comprendre, la jeune femme se relever et s’avancer vers lui la dague à la main.

— Si tu veux m’aider alors tue-moi, dit-elle en appuyant la pointe de la dague sur sa gorge.

Un mince filet de sang s’écoula doucement de l’entaille le long du cou délicat de la jeune fille.

— Qu’est-ce que tu fais ? exclama Elijah stupéfait.

— Tue-moi, Elijah, pour ce que j’ai fait à ta famille et à la mienne aussi, dit-elle d’une voix déterminée en s’avançant vers le vampire.

— Arrête ! Tu ne sais plus ce que tu dis, lui intima Elijah en reculant.

Le vampire, la mâchoire serrée, s’efforçait de détourner son regard du cou de la jeune fille mais l’odeur obsédante de son sang  devenait une véritable torture. Il sentait sa volonté vaciller peu à peu.

— Recule-toi, je ne veux pas te faire de mal, la supplia-t-il.

— Moi non plus, Elijah, mais si tu ne le fais pas, je devrais trouver un moyen  de te  détruire pour protéger les miens et je n’en ai pas la force de choisir. Fais-le pour notre paix à tous les deux. Fais-le pour que je n’aie pas à mettre au monde l’enfant de ce monstre qui vient de tuer mon père sous mes yeux, le supplia-t-elle en agrippant les cheveux du jeune homme des deux mains.

Elijah, devant le sang qui s’écoulait du cou dégagé de la jeune femme, ne put se maîtriser plus longtemps. Des veines saillantes cernèrent ses yeux s’injectés de sang. Il plongea son regard une dernière fois dans celui  d’Anyanka avant de plonger ses crocs dans sa gorge. Il se délecta du liquide chaud qu’il sentait se répandre dans tout son être, apaisant cette douleur qui le mettait au supplice depuis des heures. Il percevait les battements de cœur d’Anyanka faiblir à mesure qu’une force nouvelle l’envahissait. Quand il sentit son corps s’affaisser  dans ses bras, il reprit soudain ses esprits et s’écarta brusquement. Le souffle court, il considéra horrifié la jeune fille assise au sol qui le dévisageait, une main sur sa gorge ensanglantée.

— Tu n’as pas la force de choisir : je vais le faire pour toi. Enfuyez-vous loin d’ici avant qu’on ne vous tue tous, dit-il avant de disparaître dans la forêt.

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