Les Damnés: Les origines du mal – Chapitre 6

Le début de ce chapitre est un peu différent. Il se place du point de vue de Mila. Ce sera le seul dans la fic’.

« C’est un trou de verdure où chante une rivière »

Bientôt ils vont venir et me trouver allongée là dans ce lieu si paisible où j’ai presque l’air de dormir, la main sur la poitrine, tranquille. Il m’a abandonnée là dans ce trou de verdure traversée par un ruisseau. Les branches des saules ont l’air de se pencher sur moi, de m’enlacer, protectrices, comme Maman lorsque je suis malade. L’une d’elle frôle mon visage, maintenant si pâle, comme pour essuyer mes larmes, mais je ne la sens pas. Je ne sens pas non plus la fraîcheur de l’eau qui caresse mon bras et déploie ma robe. Il aurait pu me laisser sur le chemin ou mieux devant la porte de la maison pour qu’ils me trouvent à leur réveil mais il a préféré les faire chercher, s’inquiéter, soigner sa mise en scène. Il a ramené mes longs cheveux souillés autour de ma gorge pour dissimuler la plaie béante que ses crocs ont laissée. Maman aura beaucoup de mal à les démêler cette fois mais je lui fais confiance, elle arrangera cela.
J’entends des voix d’abord lointaines puis de plus en plus proches…On appelle mon nom puis un « non » déchirant retentit…
Elijah, je savais que tu serais celui qui me retrouverait. Elijah, comme j’aimerais sentir tes bras réconfortants autour de moi, tes larmes qui se mêlent aux miennes mais je ne sens rien…
D’autres bruits de pas, d’autres voix, d’autres cris… Ils sont tous là maintenant autour de moi. Pauvre papa, il a l’air si vieux tout d’un coup. Je ne l’avais jamais vu pleurer, les autres non plus d’ailleurs. Eux d’habitude si forts et réservés, ils ont l’air de petits garçons désemparés, agenouillés près de moi. Je m’en veux de leur infliger tout cela. Et je m’en veux parce que je sais ce que ma mort va provoquer.
Je sais que par ma faute, ils prendront la mauvaise décision.
Je sais que par ma faute, ils seront damnés à jamais.

~*~

Suria veillait le corps de sa fille depuis des heures, totalement anesthésiée, incapable de bouger ou de quitter des yeux le doux visage de Mila. C’était un cauchemar, un cauchemar qui prendrait forcément bientôt fin. Sa petite fille finirait par se réveiller et lui sauter au cou en criant « Je t’ai bien eu, Maman » comme elle le faisait si souvent. Elle ne pouvait pas être morte, pas si tôt, pas comme cela. Une douleur insidieuse s’était propagée dans chaque parcelle de son corps. Elle aurait voulu crier, maudire le monstre qui lui avait enlevé son enfant mais aucun son ne parvenait à sortir dans sa bouche entrouverte.

Ce monstre…  Cela ne pouvait pas être lui, c’était impossible. L’homme qu’elle connaissait depuis si longtemps, son ami, son complice de ses jeux d’adolescente, l’homme qu’elle aurait dû épouser n’aurait pas pu commettre une telle horreur.

—Maîtresse ? demanda à voix basse une domestique en entrebâillant la porte.

— Que veux-tu ? demanda Suria en essuyant ses larmes du bout des doigts.

— Le maître demande que vous veniez les rejoindre au  salon.

Suria fit un signe de tête affirmatif en guise de réponse et congédia sa servante d’un geste las de la main.

Lorsqu’elle entra dans le salon, des discussions inaudibles enflammaient les esprits. Tout le monde donnait son avis mais personne ne s’écoutait. tvd 2x19 klausSuria chercha Niklaus et Elijah des yeux. Les deux jeunes hommes se trouvaient à l’opposé l’un de l’autre et ne participaient pas aux échanges. Elijah, les bras croisés, la mâchoire crispée gardait obstinément le regard baissé dans un coin de la pièce. Niklaus appuyé sur le chambranle de la porte, écoutait attentivement sans rien dire son père imposer le silence et répéter les prédictions de Waleda :

— Nous n’avons pas le choix, il faut se rendre là-bas et abattre ce monstre ! s’exclama Stanislas l’aîné des six frères.

— Nous ne sommes même pas sûrs qu’il s’agisse bien de Ludwik. On ne parle pas de n’importe qui, c’est un membre du conseil que Père et Mère connaissent depuis toujours, objecta Neklan désormais le plus jeune de la fratrie.

— Qui d’autre que lui s’en prendrait à nous de cette manière ? Tu as entendu ce que Père nous a relaté au sujet de cette malédiction. Elle ne se déclenche que lorsqu’un meurtre a été commis. Rappelle-toi les mauvais pressentiments de Mila lorsque ce domestique a été retrouvé mort il y a quelques mois. Elle savait que c’était Ludwik et à peine quelques jours plus tard on retrouvait le premier corps mutilé dans la forêt. Je ne vois pas quelle autre preuve il te faut ! On ne va pas attendre sans rien faire de se faire massacrer. Et nous devons venger Mila ! reprit Stanislas avec véhémence.

— Cette sorcière a prévenu Père qu’aucun humain ne pouvait le vaincre et que même sous forme humaine il nous surpasse en force, insista Neklan.

— Nous sommes sept, il est seul, déclara Stanislas d’un ton impérieux dont l’intonation rappelait celle de son père.

— Nous n’en savons rien, intervint Viktor, et c’est bien là le problème. Il se peut que ses fils et ses filles soient comme lui. D’après Waleda tout est lié au sang. Si l’un d’entre nous était tué par l’un d’eux, la malédiction se déclencherait aussitôt. Nous n’avons pas le droit de prendre le risque de créer d’autres créatures comme lui.

— Et cette Waleda, elle ne peut rien pour nous ? demanda Neklan.

— Elle s’y refuse, j’ignore pourquoi.

Elijah sortit alors du coin dans lequel il s’était retranché et traversa la pièce en direction de la porte où se trouvait Niklaus.

— Viens. Nous devons parler, ordonna-t-il en passant devant lui sans s’arrêter et sans attendre la réponse de son frère.

Elijah entraîna son frère jusqu’au vieux chêne qui se trouvait à la limite de la propriété. Arrivé au pied du grand arbre, il posa une main sur l’écorce rugueuse comme s’il espérait sentir un signe de vie à l’intérieur du large tronc :

— Tu savais que cet arbre avait été planté par nos ancêtres, les premiers à s’être installés ici. Il a vu naître, vieillir et mourir des dizaines de générations, il s’est développé et s’est fortifié au même  rythme que notre famille, expliqua-t- il pensif.

— Tu m’as amené jusqu’ici pour parler botanique et généalogie? Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le bon moment, répondit Niklaus en jetant un œil indifférent sur les larges ramures de l’arbre.

Elijah se retourna vers son frère pour lui lancer un regard noir :

— Ce que je veux dire, c’est que si nous ne faisons rien, nous serons la dernière génération que cet arbre verra mourir, reprit-il d’un ton grave.

— Qu’est-ce que tu proposes ?

— Quand dois-tu revoir Anyanka ?

Niklaus, surpris d’entendre son frère prononcer le nom de la jeune femme, garda le silence un moment. Il se doutait que son frère risquait de croiser Anyanka en se rendant à son village mais il ne s’attendait pas à ce qu’ils se soient officiellement présentés :

— Comment vous êtes-vous rencontrés ? demanda-t-il soudain agacé de savoir que son frère et la femme qu’il aimait aient pu se rencontrer en dehors de sa présence.

— Waleda est sa grand-mère, répondit simplement Elijah afin d’éviter d’entrer dans des détails qu’il n’avait nullement l’intention de partager avec son frère.

— Je vois. Elle m’a parlé de sa grand-mère mais je n’avais pas fait le rapprochement. Nous avons rendez-vous demain matin à la clairière.

— Je viendrai avec toi. Elle doit absolument convaincre Waleda de nous aider d’une manière ou d’une autre. L’inhumation de Mila aura lieu dans l’après-midi, il ne faudra pas trainer,  décréta Elijah sur un ton qui excluait tout refus de la part de son cadet.

Niklaus acquiesça de mauvaise grâce et s’apprêtait à rejoindre la maison lorsqu’Elijah  l’interpella :

— Que faisait Mila dehors ?

— Comment le saurais-je ? mentit Niklaus dont le regard fuyait celui de son aîné.

— Elle ne se serait jamais aventurée dehors à la nuit tombée sans raison. Je répète ma question, Niklaus : que faisait-elle dehors en sachant le danger qui rôdait ? poursuivit Elijah implacable ignorant le trouble qui se lisait sur le visage de Niklaus.

— Je me rendais au village et elle m’a suivi. Je lui ai ordonné de rentrer, avoua-t-il.

— Tu l’as renvoyée seule en pleine nuit ? demanda Elijah qui contenait de plus en plus difficilement sa colère.

— Ce n’est pas moi qui….

Un violent coup à la mâchoire empêcha Niklaus de terminer sa phrase. Il perdit l’équilibre et sa tête alla heurter violemment le tronc du grand chêne. Le jeune homme se redressa difficilement, essuyant du revers de la main le sang qui s’écoulait de sa lèvre fendue.

— Garde tes excuses pour ceux que cela intéresse. Ta conscience, elle, tu ne pourras la berner, souffla Elijah avant de tourner le dos à son frère et de rejoindre les autres.

Les deux frères passèrent le reste de la journée à soigneusement s’éviter. Le lendemain, ils quittèrent discrètement le village pour se rendre au rendez-vous.

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