Belfond noirLES CHRONIQUES DE ROMANSLES LIVRESTHRILLERS & POLARS

Ecouter le noir – Collectif sous la direction d’Yvan Fauth

Barbara Abel, Jérôme Camut, Sonja Delzongle, François-Xavier Dillard, R.J. Ellory, Karine Giebel, Nathalie Hug, Nicolas Lebel, Sophie Loubière, Maud Mayeras, Romain Puértolas, Laurent Scalese, Cédric Sire

Nombre de pages : 288 pages
Editeur : Belfond
Date de sortie : 16 mai 2019
Langue : Français
ISBN-10 : 2714481892
ISBN-13 : 978-2714481894
Prix éditeur : 18,50€
Disponible sur liseuse : Oui – 12,99€

De quoi ça parle ?

Les grands noms du thriller français mettent nos sens en éveil.

Treize auteurs prestigieux de noir sont ici réunis et, si chacun a son mode opératoire, le mot d’ordre est le même pour tous : nous faire tendre l’oreille en nous proposant des récits qui jouent avec les différentes définitions de l’audition.

Mon avis 

Ravie de retrouver des auteurs que j’adore et de découvrir le style d’autres que je ne connaissais jusque-là que de nom, c’est avec un plaisir évident que je me suis lancée dans la lecture de ce sombre recueil.

Le thème général du livre tourne autour des différents sens du mot « audition », sujet qui sonne finalement comme une évidence pour Yvan Fauth, ce dernier souffrant d‘hyperacousie (intolérance au bruit) suite à un concert. En laissant carte blanche à des grands noms de la littérature policière française (et britannique), il nous offre une palette de nouvelles riches en surprises et en subtilités.

Barbara Abel et Karine Giebel ont choisi de donner vie à Anne, sourde de naissance, et David, qui a perdu l’audition suite à une méningite bactérienne, devenus inséparables depuis leur rencontre dans une résidence pour malentendants. Alors que la jeune fille lui annonce que sa famille a décidé de déménager, les deux adolescents décident de fuguer. Comme le lecteur, ils sont bien loin de se douter du pétrin dans lequel cela va les conduire… Les deux auteures nous livrent une histoire sordide et tragique qui est parvenue à me faire frissonner et à m’émouvoir à la fois, de par la présence d’une tierce personne qui, à cause d’un malheureux concours de circonstance, se trouvait simplement là au mauvais endroit au mauvais moment.

Du côté de Jérôme Camut et Nathalie Hug, duo dans la vie comme à la plume, on tend vers une histoire qui m’a beaucoup fait penser à de la science-fiction, et qui constitue une pièce singulière dans ce recueil. Koenig, l’un des derniers humains sur Terre, vit entouré de robots et de technologies qui lui permettent de vivre presque indéfiniment. Il communique avec d’autres êtres, morts, vivants, intelligences artificielles, par le biais d’hologrammes. Ils se réunissent pour se raconter des histoires. C’est d’un passé datant de plusieurs siècles et de la découverte de vestiges inestimables par ses ancêtres que Koenig choisit de parler lorsque vient son tour. J’ai trouvé qu’ici, l’allusion au thème de l’audition était réellement très subtile, dissimulée et vraiment très intéressante par rapport au thème, et à l’ensemble des histoires proposées.

Sonja Delzongle a choisi de travailler autour de la question du « hum« , dont j’avais déjà entendu parler sans pouvoir me souvenir où ni à quelle occasion. Un homme est poursuivi par le Bruit, ce fameux son de basse fréquence persistant et envahissant qui lui bourdonne en permanence dans la tête. En tant que migraineuse chronique, je peux imaginer ce qu’il endure. Ce hum qui apparaît, sorti de nulle part, c’est tout de même un comble, surtout pour un acousticien architectural, chargé d’évaluer la qualité acoustique de certains lieux. Prêt à tout pour tenter de sortir de cette prison sonore qui le détruit petit à petit, il envisage une solution des plus extrêmes, dont les effets se révéleront catastrophiques… Voila une nouvelle que j’ai aimé tout particulièrement, qui conduit le lecteur à une fin assez inattendue.

Le texte que propose François-Xavier Dillard est une petite pépite, et il me tarde de découvrir davantage cet auteur et sa plume si captivante. Abel Von Hoffen est un violoniste de renom. A la recherche d’une partition extrêmement rare de Tchaïkovski, jamais jouée à ce jour, il se rend à Saint Petersbourg. Cette oeuvre constitue pour lui une véritable obsession qui le ronge et le métamorphose complètement lorsqu’il finit par tomber dessus et se mettre en tête d’en apprendre la plus infime subtilité. J’ai trouvé cette histoire particulièrement belle et poétique, bien qu’assez morbide. Personnellement, j’adore la combinaison de ces deux aspects !

Connaissant déjà de longue date le style de R. J. Ellory que j’apprécie beaucoup, j’étais curieuse de lire ce que le seul auteur britannique de ce recueil avait choisi de proposer. Janine et Carol, deux sœurs jumelles, étaient indissociables l’une de l’autre, comme si elles ne formaient qu’un seul cœur, qu’un seul esprit, qu’une seule âme….jusqu’au décès brutal de Janine. On se rend compte que Carol a du mal à passer outre et ressasse sans cesse certains dialogues du passé avec cette sœur qui désormais n’est plus. L’auteur nous livre une belle histoire de vengeance, extrêmement bien goupillée et presque paramétrée à la seconde près, à laquelle on ne s’attend franchement pas. On récolte ce que l’on sème…

Nicolas Lebel, que j’aime beaucoup, s’est quant à lui tourné du côté de la parole des victimes d’agressions sexuelles que l’on cherche souvent à faire taire, à l’aide de divers moyens de pression, cette parole parfois dénigrée ou prise à la légère que l’on fait tout pour étouffer. Par le biais de Cassandra « Sandra » Valère, il semble adresser un message à toutes ces victimes qui se taisent et les incite à libérer leur parole. C’est du moins l’interprétation personnelle que je fais de ce texte. Ici, c’est finalement le bruit qui parvient à briser le silence, comme quoi, l’un et l’autre ne sont pas forcément toujours antagonistes.

J’ai découvert grâce à ce recueil la plume pleine de poésie de Sophie Loubière. Le récit tourne autour de Delphine, une cinquantenaire qui décède suite à un vol à l’arraché qui tourne mal. Dans cette histoire, on suit différents protagonistes, comme la fille et le mari de Delphine, mais également son amant, on voit le temps qui passe et on assiste à une chute complètement imprévisible, parce que l’auteure nous mène en bateau dès le départ sans que l’on s’en rende compte. J’ai adoré.

On poursuit avec Maud Mayeras que j’ai eu l’occasion de vous présenter, il y a quelque temps, dans ma chronique d’Hématome, son premier roman. Elle nous parle de Charlie, un enfant aux oreilles hyper sensibles qui font de lui un jeune garçon incompris et mis à l’écart par ses camarades, voire même brutalisé par les plus grands. On apprend que son frère aîné est décédé et qu’à la suite de cela, sa mère est partie de la maison, le laissant seul avec son père. Charlie a du mal à faire son deuil, et sent encore autour de lui la présence de son frère. Ce qu’il va finir par découvrir va toutefois bien au-delà de ce qu’il/nous pouvions imaginer… Encore une fois, j’ai trouvé la plume de l’auteure particulièrement entraînante.

Romain Puértolas semble nous livrer une histoire qui résulte d’un vécu personnel, assourdissant et comique à la fois. C’est LA petite touche d’humour et de légèreté qui vient napper ce lugubre recueil. Romain et Patricia, respectivement écrivain et journaliste, décident de s’accorder quelques jours de vacances en amoureux à Tenerife. Le contexte semble idéal : une location charmante et bien située, à un prix avantageux, le soleil, les oiseaux et la mer… Malheureusement pour eux, les déconvenues s’enchaînent, et vraiment, on compatit à leur malheur, sans toutefois s’empêcher d’esquisser un petit sourire à la fin.

Laurent Scalese apporte une petite touche de fantastique avec sa nouvelle. Xavier Deckard vient de se faire virer de son travail et alors qu’il roule à toute berzingue ivre et furieux, il percute une jeune femme. Envisageant de prendre la fuite, il constate finalement que la victime est encore en vie, et, pour éviter les ennuis, parce qu’il en a déjà suffisamment comme ça, il décide d’achever le travail, afin échapper à toute possibilité de condamnation. Loin de se douter des terribles conséquences de son acte, il va finir par être confronté à un homme télépathe et sensopathe capable de jouer et manipuler à sa guise avec les cinq sens d’une personne, qui saura lui rendre la monnaie de sa pièce… Oeil pour oeil, dent pour dent !

Ce recueil se conclut avec une histoire bien perverse  et machiavélique concoctée par Cédric Sire, que je suis depuis des années. On suit Joan, dont la femme Dahlia a été enlevée 12 ans auparavant avant d’être retrouvée morte quelques mois après sa disparition, vraisemblablement victime d’un tueur en série que la police ne parvient pas à identifier. Joan est à la dérive, mais on le rencontre au moment où il commence à faire progressivement à faire son deuil. Jusqu’à ce qu’il se fasse enlever à son tour…. Cette nouvelle désarmante, véritable bouquet final, vient conclure avec brio un recueil teinté de différentes nuances de noir.

Dignes des scénarios d’Esprits Criminels, j’ai pris plaisir à découvrir les divers visages que les auteurs de ce collectif avaient choisi de donner au thème finalement très vaste de l’audition. Voila un excellent moyen d’explorer l’univers d’écrivains, tout en passant un délicieux moment à écouter lire le noir !

Ecouter le noir - Collectif sous la direction d'Yvan Fauth

18,50€
8.9

La plume des auteurs

8.8/10

Le thème choisi

8.8/10

L'intérêt des lecteurs

9.0/10

On aime :

  • Différents visages pour un thème finalement plus vaste qu'on ne l'imagine
  • La découverte de nouveaux auteurs et la redécouverte de certains autres
  • L'univers du polar
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Zellena

Sur Songe depuis plus d'un an. Ex chroniqueuse litté, ciné et série de feu Artzone Chronicles. Tombée dans le chaudron de la lecture quand elle était petite. Nage au beau milieu des polars, de l'heroic fantasy, du fantastique et de la science-fiction.

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