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Léo, Partie 1

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     La première fois que la « chose » s’est produite, j’avais à peine quatorze ans. Au début j’ai pensé que ma mère avait voulu me faire plaisir en déposant cette peluche sur mon lit avant que je me réveille. Mais plusieurs éléments m’avaient rapidement convaincue qu’un truc n’allait pas. 1/ J’étais trop vieille pour qu’on m’offre des peluches même si je les adorais, 2/ Maman emballait toujours ses cadeaux dans du beau papier avec un joli ruban autour, 3/ La peluche était sale, vraiment sale, c’était une sorte de chat ou de panthère noire et ses poils étaient couverts d’un mélange de poussière et de morceaux de feuilles sèches, comme si elle avait trainé par terre trop longtemps. Bien sûr j’avais demandé à maman pourquoi cette peluche s’était retrouvée dans ma chambre mais elle n’avait jamais compris de quoi je parlais, elle n’avait même jamais pu voir cette fameuse peluche alors que je la lui mettais devant les yeux. Elle n’avait pas non plus pu voir les autres centaines de peluches qui avaient fait leur apparition sur mon lit jusqu’à ce que je quitte le domicile parental et que j’emménage dans mon propre appartement à 18 ans.

     Je n’expliquais pas ce phénomène. Elles apparaissaient et ne disparaissaient jamais. Elles envahissaient mon espace. Bien sûr j’avais déjà essayé de m’en débarrasser, de les mettre dans des bennes à ordures, de les jeter dans la mer, d’y mettre le feu mais rien n’y faisait. Elles réapparaissaient toujours le lendemain. J’avais espéré qu’avec mon déménagement tout ce cirque cesserait. Ce ne fut évidemment pas le cas. J’étais à peine entrée dans ma chambre qu’une vague de peluches avait déferlé à l’intérieur. J’avais dû changer d’appartement deux semaines à peine après mon arrivée pour en trouver un plus grand, avec deux chambres : une pour moi et une pour entreposer tous mes copains attrape-poussière. J’avais fini par m’y habituer et aujourd’hui, à vingt-cinq ans, je ne me posais plus de questions sur leur origine, sur le pourquoi du comment j’étais leur cible. J’avais déjà effectué des centaines de milliers de recherches sur internet mais forcément je n’avais rien trouvé. Une routine s’était donc mise en place : tous les matins en me levant, avant de préparer mon petit déjeuner, de me doucher ou même d’aller aux toilettes, je ramassais la ou les nouvelles peluches qui étaient apparues dans la nuit et j’allais les ranger dans ma pièce à peluches. Parfois il n’y en avait pas pendant des semaines voire des mois, parfois j’en trouvais dix d’un coup.

     A l’heure actuelle j’avais en ma possession le nombre impressionnant de 999 peluches et je me préparais à me coucher en imaginant comment serait la millième. Qui sait, peut-être qu’elle apparaitrait dès le lendemain. Serait-elle spéciale ? J’en doutais fortement, je pariais plus sur un lapin, bleu clair, les lapins étant prédominants dans ma collection, juste avant les oursons. Après avoir lu quelques chapitres de mon livre en cours, je m’endormis rapidement en rêvant de la grasse matinée à venir que m’offraient mes vacances.

     Au matin, ce fût le poids que je sentis à mes pieds qui me fit dire que la millième peluche était bel et bien arrivée dans la nuit. Allez savoir pourquoi, il fallait toujours qu’elles atterrissent à droite de mon lit, là où je dormais (et n’allez pas croire que je suis stupide, j’ai déjà tenté d’intervertir). Je penchais pour une peluche géante, vu qu’elle avait l’air de prendre plus de place et d’être plus lourde que ces consœurs. J’ouvris difficilement les yeux, m’attendant à me retrouver nez-à-nez avec un panda (oui en ce moment c’est la mode des panda géants, c’est blanc et noir, plus facile à assortir à n’importe quelle couleur choisie pour peindre ou tapisser les chambres des enfants qu’un Winnie l’ourson) mais avant que j’aie pu poser mon regard sur la bestiole, celle-ci bondit par terre me faisant sursauter et me cogner la tête contre ma tête de lit. Devant moi ne se tenait pas du tout un panda géant, ni une quelconque peluche ressemblant de près ou de loin à celles que j’avais déjà en stock. Devant moi se tenait un petit garçon. Un vrai je veux dire, pas un en tissu tout mou avec des cheveux en fil de laine. Je me redressai les yeux ébahis devant cette apparition ce qui eut l’effet de le faire rire aux éclats.

« – On dirait que t’as vu un fantôme ! se moqua-t-il alors que je faisais basculer mes jambes sur le bord de mon lit pour me mettre debout. »

     Bien sûr le fait que le garçon-pas-peluche se mette à parler me fit sursauter à nouveau, mon cœur allait lâcher bientôt c’était certain. Voyant que je ne riais pas du tout et qu’au contraire j’étais dans un état à la limite de la syncope, il s’avança vers moi et posa sa main droite sur mon épaule.

« – Pourquoi tu as peur Laure ? me demanda-t-il comme si on se connaissait depuis toujours.
– Comment est-ce que tu connais mon prénom ? murmurai-je de peur de le rendre plus réel qu’il n’était en m’entendant prononcer ces mots trop forts.
– Léo, répondit-il en accentuant le « o », sûrement pour ne pas que je confonde avec « Léon ». T’as vu, on a tous les deux un prénom qui commence par un L ! »
– Je… »

     Je perdais complètement les pédales ! Il se passait clairement un truc pas net dans mon cerveau, je devais encore être en plein sommeil et je rêvais. Oui c’était certain, comment ce petit bonhomme de cinq ans pouvait-il se retrouver dans mon appartement sinon ?

« – J’ai pas cinq ans, j’ai six ans et demi ! me corrigea-t-il. »

     Ah oui j’oubliais que je ne savais jamais donner un âge aux enfants… Et donc, comment ce petit bonhomme de six ans et demi pouvait… Attendez !

« – Tu lis dans ma tête ?! m’exclamai-je si fort qu’il recula de deux pas.
– Bah euh j’en sais rien moi, répondit-il en haussant les épaules, je sais pas très bien lire encore, à l’école on a appris que quelques mots.
– Non mais je veux dire, tu entends ce que je dis quand je réfléchis ? »

     Et moi, est-ce que je m’entendais en ce moment-même, en train de parler avec un gamin qui est apparu comme ça d’un coup et de lui demander s’il n’aurait pas, par hasard, des dons de télépathie.

« – Je comprends rien à ce que tu racontes ! s’énerva-t-il en me regardant comme si j’avais un pet au casque, ce qui était fort probable si vous voulez mon avis. Et c’est quoi la  « télépathie » d’abord ? »

     Je ne pris pas la peine de répondre, a priori il pouvait entendre mes pensées, c’était suffisant pour qu’il comprenne, ce qu’il venait apparemment de faire puisqu’il poussa un cri de surprise. Pour m’assurer que ce n’était pas une pure coïncidence, je lui demandai mentalement de m’attendre gentiment dans la cuisine pendant que j’allais me rafraichir les esprits (et par là je veux dire trouver une façon de me réveiller de ce cauchemar) dans la salle de bains. A peine cette pensée avait-elle fait son chemin dans mon crâne que Léo soupira et quitta ma chambre pour, d’après ce que ses pas sur le parquet me laissaient entendre, gagner la cuisine.

     Toujours sous le choc, je pris quelques instants avant de me lever de mon lit et de me diriger vers la salle de bain (enfin salle d’eau comme me rectifierait Stéphane Plaza puisqu’elle ne comporte pas de baignoire). De Léo tout à l’heure ou de mon reflet dans le miroir, je ne sais pas ce qui me fit le plus peur, j’étais pale comme la partie blanche d’un panda géant en peluche, peluche que j’aurais nettement préféré au truc vivant qui devait être en train de sortir toutes les casseroles de ma cuisine au vu du bruit de vaisselle que j’entendais. J’ouvris le robinet d’eau froide et me passai de l’eau glacée sur le visage, espérant que le choc thermique me ramène à la réalité mais tout l’effet qu’elle fit ce fut de rougir ma peau. Me souvenant de la célèbre expression « pince-moi je rêve », expression favorite de Molière lorsqu’il parcourt la page facebook de Bescherelle ta mère, j’enfonçai mes ongles sur le dos de ma main. J’eus mal, deux traces d’ongles dans la peau mais aucun réveil à l’horizon. J’enfilai un sweat et un jean et récupérai mon téléphone sur ma table de nuit. Il indiquait bien la bonne date : 19 février 2017 et le réseau avait l’air de fonctionner parfaitement (enfin autant qu’il peut fonctionner avec un forfait Free à 2€). Histoire de confirmer que non, je ne dormais pas, je composais le numéro de mes parents. Ma mère répondit après la troisième sonnerie et j’échangeai avec elle quelques banalités pendant cinq minutes, les yeux rivés sur la porte de ma chambre de peur que Léo ne surgisse. Evidemment je ne mentionnai pas sa présence de peur qu’elle ne me reconduise chez le psychiatre qui m’avait suivie pendant quelques mois après l’épisode de la première peluche jusqu’à ce je décide de mentir en disant que c’était une plaisanterie et que non, je ne voyais pas des peluches imaginaires.

     Un calme étrange me saisit alors que je raccrochai. Plus aucun bruit de casseroles ni de pas ni quoique ce soit qui pourrait évoquer le fait qu’un enfant soit présent. J’espérais secrètement que Léo ait disparu en avançant dans le couloir. Malheureusement je le trouvai rapidement dans la pièce d’à côté. Il se tenait immobile, bouche bée, comme moi lorsque je l’avais vu en me réveillant.

« – Laure, prononça-t-il sans se tourner vers moi, t’es pas un peu grande pour jouer avec autant de peluches ? »

     Mes jambes se transformèrent en coton et je me sentis tomber.

Suite prochainement…

Texte de Lily

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About Lily (98 Articles)
Chroniqueuse chez Songe d'une nuit d'été, je me consacre surtout aux romans jeunesse et YA mais je lis aussi des thrillers, des romans contemporains et des BD. J'écris également de temps en temps des nouvelles que vous pouvez retrouver sur le webzine.

2 Comments on Léo, Partie 1

  1. Géniale l’idée de départ!Avoue : c’est encore un rêve bizarre que tu as fait ? 😆
    En tout cas j’adore tes idées farfelues !

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    • Même pas ! Et ça ne vient pas non plus d’une idée que j’ai eue sous la douche xD En fait je ne sais même pas comment elle est venue… En cherchant une photo inspirante sur Pixabay certainement, j’ai dû tomber sur la photo de « Léo » et avoir un flash (c’est très bizarre dit comme ça XD).

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