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[fanfiction Harry Potter] Antje #4

En vous souhaitant une bonne lecture.

Chapitre 4

Unhappy girl

Je quittai l’infirmerie sans faire de bruit et traversai le château dans l’autre sens. Je ne croisai personne à part le Baron Sanglant qui, comme à son habitude, flottait au-dessus du sol en regardant dans le vide d’un air sinistre. Ce fantôme me faisait de la peine pour les Serpentard qui avait hérité de cet être silencieux et perpétuellement déprimé tandis que nous, à Gryffondor, pouvions profiter des anecdotes cocasses et du caractère jovial de Nick Quasi-Sans-Tête. On a le fantôme qu’on mérite, j’imagine.

Je retirai la cape d’invisibilité devant l’entrée de la salle commune. La Grosse Dame se fendit d’un nouveau commentaire sur ma propension à aller et venir à pas d’heure avant de m’ouvrir la porte. A l’intérieur, il ne restait plus grand-monde et je repérai rapidement James qui semblait m’attendre. Il voulait sans doute récupérer sa cape avant d’aller dormir… et savoir ce que j’étais allé faire dans les couloirs sans lui.

« Les autres sont allés au lit ? demandai-je.

— Tu les connais, répondit James. Remus a besoin de plus de sommeil que nous et Peter vit une aventure passionnée avec son oreiller. Tu me rends ma cape ? »

Je lui tendis son bien que j’avais plié sous mon bras. Bien évidemment et ainsi que je l’avais prévu, mon meilleur ami attaqua ses questions :

« Qu’est-ce que tu es allé faire avec ?

— Espionner les amoureux bécoteurs dans les couloirs désaffectés », plaisantai-je.

James rit.

« T’es con, dit-il. Tu crois vraiment que je vais avaler ça ? »

Je ne répondis pas. Il me faudrait, bien sûr, lui expliquer ce que j’avais fait. Ses questions étaient légitimes et je lui devais bien ça même cela signifiait lui raconter que j’avais lu le journal intime d’Antje Ziegler. Il n’était toujours pas au courant. Par ailleurs, je n’étais pas sûr de vouloir entendre ses commentaires. Il ne manquerait pas de tirer des conclusions farfelues du fait que j’aie passé un peu de temps à regarder cette fille dormir à l’infirmerie.

Mon silence sembla inquiéter James. Il perdit son air rieur et il fixa sur moi ses yeux marron au regard tout à fait sérieux.

« Sirius, tu es mon meilleur ami, dit-il. Même si tu as fait la pire des bêtises ou quelque chose de parfaitement ridicule, je ne te jugerai pas. Alors sois gentil et explique-moi ce que tu es allé faire dehors avec ma cape. »

Je soupirai et m’assis dans un fauteuil face à lui.

« D’accord, répondis-je, mais dans un premier temps, j’aimerais que tu gardes ça pour toi ou du moins que tu n’en parles pas à Peter.

— Ça a un rapport avec Antje Ziegler ? Qu’est-ce qui s’est passé quand tu es allé à l’infirmerie ? »

Je constatai avec satisfaction que James avait renoncé à l’affubler d’un de ces sobriquets insultants. Je réfléchis une minute au meilleur moyen de lui présenter les choses de façon concise avant de me lancer. Je lui racontai rapidement ma découverte du journal intime caché sous un siège et évoquai son contenu sans entrer dans les détails. De toute façon, je n’en avais retenu que l’essentiel, le fait qu’Antje Ziegler ait du mal à supporter les brimades dont elle était victime au point d’espérer une délivrance définitive.

« Je comprends, dit James. C’est pour ça que tu l’as accompagnée à l’infirmerie ce matin et que tu t’es posé toutes ces questions…

— Je l’aurais accompagnée même si je n’avais rien su, rectifiai-je. Si tu avais vu dans quel état elle était… elle faisait presque peur ! Ç’aurait été injuste de ne pas l’aider et puis pense aux elfes de maisons qui aurait dû nettoyer le vomi ! »

James eut un petit rire avant de demander :

« C’est bien joli mais quel est le rapport avec ton escapade de ce soir ?

— Quand je suis allée prendre des nouvelles d’Antje à l’infirmerie, j’ai vu son sac par terre dans la salle de soins. J’ai jeté un coup d’œil dedans, j’ai vu son journal et je l’ai pris pour voir si elle avait écrit quelque chose depuis hier. C’était le cas, alors je suis allé lire dans une classe vide et je t’ai emprunté ta cape pour remettre le journal à sa place sans être vu.

— Tu aurais pu te faire pincer en fouillant dans son sac, fit remarquer mon pote. Qu’est-ce qu’elle a écrit ?

— Pas grand-chose. Elle raconte ce qui s’est passé ce matin et elle parle un peu de moi et de mon frère.

— Et alors ?

— Regulus est un salopard et elle ne comprend pas pourquoi je l’ai aidée alors que je suis populaire et pas elle.

— Elle se pose trop de questions. Ce n’est pas parce que tu es populaire et que tu te la pètes un peu que tu es un monstre incapable d’aider son prochain. Cela dit, tu en as mis, du temps, à lui rendre son machin. L’infirmerie n’est pas à l’autre bout de Poudlard, que je sache. Tu as traîné en chemin ou quoi ? »

Je rougis malgré moi.

« En fait, marmonnai-je, un peu honteux, quand j’ai remis le journal dans son sac, j’ai vu que les rideaux de son lit était ouverts. J’ai voulu voir sa tête quand elle dort.

— Tu es bizarre, Sirius. Qu’est-ce qu’il y a de particulier à regarder une fille endormie ?

— Ça n’a rien à voir avec sa tête quand elle est réveillée. Elle n’avait l’air ni en colère ni au bord des larmes. En fait, elle était détendue, presque souriante… et puis je n’avais jamais vu qu’elle avait les cheveux frisés. »

Un sourire légèrement moqueur éclaira le visage de James.

« Eh bien, à t’entendre, on croirait presque que tu l’as trouvé mignonne… »

Voilà le genre de commentaire auquel je m’attendais et dont je me serais bien passé.

« Ne dis pas n’importe quoi, rétorquai-je. Antje Ziegler n’est pas moche mais de là à ce que je la trouve mignonne…

— Allons, Sirius, il n’y a pas de honte à avoir. Elle t’a plu, c’est tout.

— Ça suffit, James ! » grondai-je, agacé de le voir insister.

Il leva les mains en signe de paix.

« C’est bon, d’accord, je ne dis plus rien… N’empêche, si un jour tu prends le temps d’y réfléchir, tu verras bien que j’ai raison. Et puis de toute manière, ça ne veut rien dire. Ce n’est pas parce qu’elle te plait ou que tu la trouves jolie que tu en es tombé amoureux…

— Il ne manquerait plus que ça, dis-je d’un ton boudeur qui fit rire mon pote.

— Allez, au plumard, bourreau des cœurs. Si tu veux en reparler, je serai là. Et je te promets sur la vie de Lily de n’en parler à personne.

— D’accord. Si je vois Evans mourir dans d’atroces souffrances, je saurai que tu as vendu la mèche.

— Très drôle. »

James bouda un peu, sans doute pour la forme. Il n’aimait pas qu’on dise du mal de la préfète. Quelque part, je fus satisfait de le voir faire la grimace. Ça lui apprendrait à dire n’importe quoi.

Quelques instants plus tard, j’étais en pyjama, blotti au fond de mon lit et le nez dans l’oreiller. Les yeux clos, je visualisai une fois de plus le visage endormi de la fille à l’infirmerie, son demi-sourire et ses mèches de cheveux ambrées sur les draps. Au fond, James avait peut-être raison. Antje Ziegler m’avait touché. Bien entendu, ça ne signifiait rien. Mes relations avec la gente féminine avaient toujours été superficielles. Je prenais plaisir à observer celles que je trouvais jolies. Il m’était arrivé d’en inviter une ou deux à boire une Bièraubeurre lors de nos sorties à Pré-au-Lard mais ça n’avait jamais été plus loin. Faire des bêtises avec mes copains était pour moi un loisir plus intéressant que d’avoir une petite amie. Je n’étais jamais tombé amoureux et c’était tant mieux. Quand je voyais l’attitude de James quand Lily Evans se trouvait dans le secteur, j’avais honte pour lui, il était à la limite du ridicule.

Progressivement, je perdis le fil de mes pensées. Je bâillai et m’enfouis plus profondément sous les couvertures. Il était temps pour moi de rattraper mon retard de sommeil. Je m’endormis presque sans m’en rendre compte et aucun cauchemar ne vint peupler ma nuit cette fois-ci.

oOØOo

 

Quand je m’éveillai le lendemain matin, je constatai que mes amis étaient déjà levés bien qu’il soit encore tôt. Je leur en voulus un peu de m’avoir laissé dormir. Il ne me restait plus qu’à m’habiller rapidement pour espérer les rattraper avant le petit-déjeuner. Je fis donc le plus vite que je pus, prenant à peine le temps de lacer mes chaussures avant de quitter le dortoir. Par chance, ils étaient encore dans la salle commune mais je constatai immédiatement que quelque chose n’allait pas. James était assis dans un fauteuil, pâle comme un vampire, et il se tenait la tête à deux mains. Remus semblait inquiet et Peter se rongeait nerveusement les ongles.

« Qu’est-ce qui se passe ? » m’enquis-je.

James leva la tête vers moi. Ses yeux étaient cernés comme s’il avait à peine dormi.

« J’ai une crise de migraine, grogna-t-il. Ça m’a pris au milieu de la nuit. C’est comme si quelqu’un m’avait jeté un maléfice d’Écrabouillage sur le crâne.

— Allons, ce n’est pas si grave, répliquai-je pour le rassurer. Je ne savais pas que ton seuil de douleur était aussi bas.

— Bien sûr que si, c’est grave ! rétorqua James d’un air revêche. J’ai super mal et ce soir, c’est la reprise des entraînements de Quidditch après les cours. Si jamais je manque la première séance pour un prétexte aussi nul, j’aurai l’air malin ! Faut que j’aille à l’infirmerie prendre une potion pour que ça passe. Qui vient avec moi ?

— J’y vais », déclara Remus sans me laisser le temps de placer un mot.

J’étais un peu déçu. J’aurais voulu accompagner mon meilleur ami à l’infirmerie, rire sous cape en le voyant singer de façon outrancière les symptômes de son atroce migraine sous l’œil désapprobateur de Madame Pomfresh mais au lieu de ça, je devrais rester seul avec Peter. Ce dernier me poserait des questions sur ma visite à Antje la veille au soir et ne manquerait pas de me dire que j’ai perdu mon temps puisque ce n’était qu’une pauvre fille qui n’en valait pas la peine. J’imaginais d’ici ses jérémiades. Si j’avais pu venir avec James, j’aurais peut-être pu la voir en passant et…

Au nom de Merlin, qu’est-ce qui était en train de m’arriver ?

Nous nous séparâmes tous les quatre au détour d’un couloir et je me rendis dans la Grande Salle avec Peter pour le petit-déjeuner. Contre toute attente, ce dernier ne me parla pas beaucoup. Il avait apporté son livre de potions dans lequel il se plongea entre deux bouchées de tartines à la confiture. Je jetai un œil sur la formule qu’il lisait et fus surpris de le voir lire les instructions de préparation du Philtre de Paix. Le professeur Slughorn nous en avait parlé mais nous n’étions pas sensés l’étudier avant plusieurs semaines. Je m’en étonnai auprès de mon ami qui me répondit :

« J’ai hâte d’apprendre à faire cette potion. Comme je suis tout le temps anxieux, j’aimerais la maîtriser très vite et m’en faire une petite réserve pour tenir le coup au moment des examens. On a nos BUSE, je te rappelle.

— C’est vrai, admis-je, mais il faut faire attention quand on dose les ingrédients. Si c’est mal fait, c’est du somnifère.

— Je peux savoir de quoi vous parlez ? »

Peter et moi levâmes la tête de concert pour constater que Remus était revenu. Tandis que Peter refermait son livre, Remus s’assit à côté de moi et se versa un peu de café.

« Comment va James ? demandai-je.

— Madame Pomfresh lui a donné quelque chose contre la migraine et l’a engueulé parce qu’il a sauté le petit-déjeuner mais ça devrait aller. Il viendra en classe après les deux heures de potions.

— Ce veinard, il saute un double cours », soupira Peter qui semblait un peu jaloux.

 

oOØOo

 

La classe de potions, deux heures en commun avec les Serpentard, se passa dans le calme. Sans James pour faire l’idiot, je me tins tranquille et suivis le cours correctement, à l’instar de Remus et Peter. Le professeur Slughorn semblait satisfait qu’aucun incident ne perturbe la séance, quoiqu’il ne puisse s’empêcher de me jeter un regard soupçonneux de temps en temps. Ce type, peut-être trop gentil pour un directeur de Serpentard, tolérait mes écarts tant que je ne provoquais pas d’accidents. Hélas, ça s’était déjà produit une ou deux fois et toujours avec le chaudron de Rogue. Partager un cours avec ce cafard était une belle occasion de lui faire subir quelques misères de premier choix. D’ailleurs, tout en prêtant une oreille au cours, je ne manquai pas de l’observer de temps en temps pour constater que ses cheveux longs et gras menaçaient de tremper dans sa potion. Beurk. Pourquoi Evans, qui était à côté de lui et qui fronçait les sourcils à chaque fois qu’elle croisait mon regard, ne lui prêtait pas un élastique ? C’était dégoûtant ! En plus, le vieux Servilus avait une attitude chichiteuse consistant à couper ses ingrédients avec soin et à compter tout bas le nombre de tours de cuillère à donner dans le mélange. Il était zélé jusqu’à la nausée et excellait dans l’art de lécher les bottes, que ce soit des profs, de ses copains adeptes de la magie noir ou d’Evans. Répugnant. Au bout d’un moment, las de ses simagrées, je m’intéressai purement et simplement au contenu de mon chaudron. Je n’avais pas envie de l’embêter en l’absence de James.

Ce dernier réapparut au cours suivant. Il ne se plaignait plus de maux de tête mais semblait encore pâle et un peu fatigué. Il se laissa tomber sur une chaise à côté de moi et sortit un bout de parchemin de son cartable. Il y griffonna quelques mots avant de me le passer.

J’ai vu Antje Ziegler à l’infirmerie. On a parlé deux minutes et elle m’a dit de te remercier.

C’est gentil, pensai-je. Je pris ma plume et écrivis à la suite du message de James :

Elle va comment ?

La réponse me parvint l’instant d’après.

Ça a l’air d’aller. Elle dit qu’elle quittera l’infirmerie ce soir. Madame Pomfresh veut qu’elle se repose encore un peu. Au fait, tu avais raison, elle a les cheveux frisés. Je comprends que tu l’aies trouvée mignonne. Bien sûr, elle n’arrive pas à la cheville de Lily, je ne me lèverais pas la nuit pour l’espionner quand elle dort mais je la trouve bien mieux comme ça qu’avec les cheveux tirés comme une sainte-nitouche coincée !

Je levai mentalement les yeux au ciel. Merlin que mon meilleur ami était pénible. Je griffonnai rapidement :

Il me semble t’avoir dit quelque chose hier soir à ce sujet… arrêter de tirer des conclusions stupides de cette histoire, par exemple…

James essaya d’insister mais je finis par en avoir assez et mis fin à notre échange. Nous aurions pu continuer durant tout le cours puisqu’une invasion de dragons n’aurait pas dérangé le prof d’histoire de la magie mais mon meilleur ami m’agaçait. Je ne comprenais pas pourquoi il en faisait toute une histoire et de toute façon, ça ne le concernait pas.

 

oOØOo

 

Le reste de la journée se passa sans incident notable. James imposa une pause dans nos activités de terreurs de Poudlard pour éviter de se prendre une retenue au moment de son entraînement de Quidditch. Nous nous fîmes donc discrets ce jour-là. À titre personnel, ça ne me gênait pas : nous étions vendredi et nous aurions tout le week-end pour mijoter quelques blagues de notre crû. Après la dernière heure de cours, James alla chercher son balai dans le dortoir et partit en direction du terrain. Je décidai de ne pas assister à sa séance d’entraînement. Mes deux dernières soirées ayant été très occupées entre la retenue avec Rusard et les histoires d’Antje, j’avais pris pas mal de retard dans mon travail scolaire. Mes bêtises faisaient peut-être trembler Poudlard sur ses fondations mais je mettais un point d’honneur à rendre mes devoirs à l’heure et à récolter les meilleures notes. Ça compensait un peu mon statut de sale gosse, les profs pouvaient parfois se montrer un peu plus indulgents avec moi… et les bons résultats scolaires comptaient dans la Coupe des Quatre Maisons. Ça compensait un peu les points perdus à cause de nos mauvais coups.

Après avoir accompagné mon meilleur ami jusqu’au terrain de Quidditch et avoir profité un peu de l’air frais, je retournai au château pour m’abîmer la peau du nez derrière mes livres et mes rouleaux de parchemin. Au détour d’un couloir, tandis que je me dirigeais vers la salle commune de Gryffondor, je croisai un groupe de trois ou quatre élèves qui riaient bruyamment. Je m’apprêtais à passer outre sans leur prêter attention quand, entre deux ricannements, je reconnus la voix de Rogue. Il s’exprimait avec les consonnances mielleuses qu’il utilisait pour maltraiter un autre élèves, croyant se donner des mines de vilain sadique. Il se pensait supérieur alors que c’était un pauvre type qui aimait s’en prendre à plus faible que lui, surtout quand ses potes étaient là pour assurer ses arrières.

« Alors, espèce de sale petite pleurnicheuse, l’entendis-je dire. Tu as fini de jouer les grandes malades ? C’est tellement triste, après s’être planquée à l’infirmerie, de retrouver la vraie vie où les gens savent à quel point tu fais pitié, pas vrai ? Tu pourais répondre quand je te parle, pauvre tache ! »

Bon sang de Merlin, pensai-je. Antje. Je m’approchai d’un pas vif. Elle était coincée contre un mur entre Rogue et deux autres Serpentard, un boutonneux à l’air idiot et un sac à muscle patibulaire. Mon frère était présent, lui aussi, mais il se contentait de regarder le spectacle en rigolant. Comme James, il devait avoir peur de se faire pincer en s’en prenant à une élève parce qu’il risquait d’être privé d’entraînement de Quidditch.

Antje Ziegler, au bord des larmes, regardait autour d’elle comme un animal apeuré. Elle cherchait visiblement le moyen de s’enfuir. Rogue s’approcha d’elle, sa baguette magique tendue, et il en effleura le cou de la fille.

« Je pourrais te jeter un sort, Ziegler… un sort qui te rendrait vraiment malade, ou qui te ferait tellement mal que tu serais obligée de retourner chez les Moldus. Ça nous ferait de l’air, on n’a pas besoin de toi ici ! »

Antje émit un couinement étranglé. La voix de Rogue monta d’un ton :

« Tu vas me répondre ou tu vas te mettre à pleurnicher comme d’habitude ? »

J’en avais trop entendu. Il n’y avait que ces apprentis mages noirs pour débiter de telles horreurs entre les murs de Poudlard. Je sortis ma baguette magique à mon tour.

« Ça suffit, Servilus ! Fiche-lui la paix ! »

L’interpellé et ses poteaux se retournèrent sur moi comme un seul homme. Rogue fronça les sourcils un instant puis un petit rictus méprisant se dessina sur sa face d’abruti.

« Tiens, Black, dit-il. En voilà une surprise ! Tu es venu te joindre à la fête ou tu veux que je te jette un sort quand j’en aurai fini avec la Chialeuse ?

— Je t’ai dit de la laisser tranquille, t’es sourd ?

— Pourquoi je ferais ça ?

— Elle ne t’a rien fait !

— Je ne vous ai rien demandé non plus, à toi et à Potter. Ça ne vous empêche pas de m’humilier sans arrêt ! Elle, c’est différent. Elle est moche, inutile et ses parents sont des Moldus !

— Les parents d’Evans aussi sont des Moldus, à ce que je sache, rétorquai-je, et pourtant ça n’a pas l’air de te gêner ! »

Servilus piqua un fard et je compris que je venais de marquer un point. Il se reprit toutefois et se détourna d’Antje pour pointer sa baguette magique sur moi :

« Je t’interdis de prononcer son nom, Black ! Ziegler est un parasite ! Lily Evans est différente.

— Je ne vois pas en quoi. Tes arguments ne valent rien du tout. Maintenant tu vas la laisser tranquille ou je te jette un sort.

— Essaie un peu pour voir !

— Je vais me gêner ! »

Dix secondes et un maléfice Bloque-Jambes plus tard, Rogue s’écroulait comme un sac à patates et les trois autres prirent la fuite. Du coin de l’œil, je vis Antje se sauver en courant. Au passage, Regulus maugréa à mon attention :

« Tu t’enfonces, Sirius. En plus de fréquenter des traîtres et des sang-mêlés, tu défends des Sang de bourbe, maintenant. Qu’est-ce que Mère dirait si elle savait ?

— Je n’en ai rien à foutre. »

Sur ces mots, je partis dans l’autre sens et rejoignis la tour de Gryffondor, luttant contre une bouffée de colère. Antje était une sorcière et de fait, elle n’était pas indésirable à Poudlard. Eux l’étaient tous, avec leurs opinions dégoûtantes. En plus ils étaient nuls. Chacun d’eux aurait pu me jeter un sort pendant que je me disputais avec Rogue mais ils s’étaient contentés de nous regarder avec des yeux de Strangulot frit. Des minables juste bons à s’en prendre à plus faibles qu’eux.

J’étais à peine calmé en rejoignant la salle commune. Je jetai mon cartable près d’un fauteuil et m’assis en fermant les yeux pour évacuer mon reste de rage contre Rogue et les autres. Quand je les rouvris, Antje Ziegler était debout en face de moi. Elle était pâle et avait le souffle court. Une mèche de cheveux s’était échappée de sa coiffure à nouveau sévèrement tirée et elle fixait sur moi ses yeux marron et inquisiteurs.

« Black, pourquoi tu as fait ça ?

— Parce qu’ils t’embêtent et que c’est fatiguant, répondis-je brièvement.

— Et alors ? Ça dure depuis quatre ans et jusque là, personne n’en a jamais rien eu à faire. Y compris toi et tes copains. Qu’est-ce qui t’a pris, tout d’un coup ? »

Je haussai les épaules. Bien entendu, je ne pouvais pas lui dire que j’en avais appris bien plus sur son compte que je ne l’aurais dû ces deux derniers jours mais…

« J’avais envie de casser du Serpentard, j’imagine », dis-je d’un ton dégagé.

Elle sembla se contenter de cet argument puisqu’après tout, ce que je venais de dire correspondait à mon attitude habituelle, du moins à peu près. Elle saisit sa mèche rebelle et tira dessus. Une ombre de sourire éclaira son visage.

« Eh bien… merci.

— Il n’y a pas de quoi. »

Elle m’adressa un dernier regard puis se détourna pour se rendre dans les dortoirs des filles. Je me demandai si elle allait consigner cet événement dans son journal et si elle allait encore se poser des questions au sujet de ma personne. C’était possible. Tandis qu’elle disparaissait dans l’escalier, je constatai quelque chose de différent chez elle. C’était très subtil mais je le vis clairement. En temps normal, Antje Ziegler se tenait presque voûtée, comme si elle voulait se faire plus petite et insignifiante qu’elle ne l’était, ou pour éviter un coup ou un sortilège. Cette fois-ci, juste après m’avoir parlé deux minutes, elle avait traversé la salle commune de Gryffondor en se tenant parfaitement droite comme si mon intervention pendant qu’elle subissait les insultes des Serpentard lui avait redonné un peu de confiance en elle.

Bien malgré moi, je souris, toute colère envolée. J’ouvris alors mon sac et en sortis mon manuel de sortilèges pour me mettre au travail.

About Lilou Black (32 Articles)
Liloublack, trentenaire rêveuse et caféinomane qui vit chez son chat le jour et dans son palais mental la nuit. What else ?

2 Comments on [fanfiction Harry Potter] Antje #4

  1. Toujours aussi bon ce chapitre, peut-être un de mes préférés depuis le début. On fait face à une bande de monstres qui, pour paraître grands, s’en prennent à moins forts qu’eux. Absolument détestables !
    L’intervention de Sirius est salutaire et ça lui permet enfin de se positionner vis à vis d’Antje. Cette dernière apparaît de plus en plus sympathique et j’ai adoré la symbolique de la fin, concernant la posture de notre héroïne et le sourire de Monsieur Black ! 🙂

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    • Ça m’a pris du temps de le comprendre mais effectivement, il y a beaucoup de gens qui s’en prennent à plus faibles qu’eux le font pour se donner l’illusion d’être forts. Finalement, ce sont eux, les faibles, mais quand on est leur victime, on ne s’en rend pas vraiment compte. Concernant Sirius, il saisit l’opportunité quand elle se présente et ne réfléchit aux conséquences qu’après coup, même si bien sûr, il y a une part d’inconscient derrière 😉

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